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La voix des poètes

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Antonin Artaud / Je ne délire pas
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Pablo Neruda / Alturas de Machu Picchu
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Quelques musiques et chansons

Ci-dessous, vous pouvez écouter quelques musiques et chansons. Il en manque beaucoup ! Notamment, celles de certains de mes amis, car je n'ai pas encore les outils nécessaires pour les mettre en ligne.

 

 

à suivre...
1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 16:22

Une fugue à deux voix

par Christian Vallery

Lire est question d’œil et question d'oreille. La poésie s'entend au moins autant qu'elle se lit, à voix haute ou intérieure, en scandant la phrase du pied, comme j'aime à le faire, au rythme de la marche. On peut compter les pieds comme on compte les pas, lire avec sa bouche, avec ses mains, ses bras, compter tout cela en nouvelles ou anciennes mesures -coudes, pouces, mètres- peu importe. Alors j'ai ouvert Les îles de l'oubli et j'ai écouté, marché, réécouté, debout, assis, jusqu'à ce qu'un mot s'impose en moi : fugue.

Sens premier de ce mot : indiscipline, refus de l'ordre établi, chemins buissonniers, qui ne cherche pas à être conforme, qui refuse la ressemblance. Le premier allait de pair avec l'autre sens, musical, sur le principe d'un motif, d'une suite de notes, qui connaît divers développements s'additionnant et se mêlant les uns aux autres.

Fugue. Parfois la poésie est comme un pur hasard. Un hasard parfois si pur qu'il ne peut être tout à fait un hasard. Fugue. Une fugue à deux voix. Un chant, parfois austère; un sentier caillouteux; une gueule un peu de travers... Il faut dire ici que pour écrire les auteurs ont choisi un exil singulier, celui qui consiste à se rapprocher non pour annuler sa propre solitude mais au contraire pour l'additionner à celle de l'autre. Alors il y a quelque chose de tremblant dans cette écriture, quelque chose qui vacille dans et entre les phrases. Ça ne cherche pas la lumière à tout prix, ça trébuche, ça se cherche, avec délicatesse, comme éclairé par derrière; ça sentirait plutôt la pluie, ou la buée sur les carreaux; ça bruisse et ça murmure; ça ne crie pas, ne clame pas, n'affirme pas, "incertains que nous sommes hors des nuits silencieuses"...

Je ne sais pas ce qu'est la poésie, mais je sais que cette phrase-là est poésie, car elle ne se contente pas de me toucher, elle m'atteint.  Des "îles de vent" - pourtant la chair les habite, une chair affamée, certes, démunie, solitaire, mais une chair ardente à défaut de certitudes - "pas même une transcendance, à peine une joie de vivre"-  une chair qui cherche, au-delà de l'oubli, à prendre vie.

 

 

Les mots, on s'en rend si souvent compte, sont à la fois le miracle et le désastre, le cru et le cuit, l'apogée et la noire misère. Où voulez-vous qu'ils frayent, les mots, sinon du côté de l'amour et de la chair ? Car - et si je fais là preuve d'indélicatesse, qu'ils me le pardonnent -  ces deux-là s'aiment, non ? Et derrière le poème, la phrase, la scansion, il y a le chant, chant tendre et aimant, pudique, troublant... On ne pourrait le dire mieux qu'eux : "un rien de tendresse assise au bord des choses".

 

 

 

 

Christian Vallery

Article publié dans :  revue de L'Ours Blanc, Chemins de Traverse, n°29, décembre 2006  /// revue en ligne Vendémiaire n°23, janvier 2007

 Les Îles de l'Oubli, B. Giusti & M.-A. Roch, Ed. Dossiers d'Aquitaine, 2006, 10 euros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Bernard Giusti - dans Poésie bernardgiusti
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