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La voix des poètes

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Quelques musiques et chansons

Ci-dessous, vous pouvez écouter quelques musiques et chansons. Il en manque beaucoup ! Notamment, celles de certains de mes amis, car je n'ai pas encore les outils nécessaires pour les mettre en ligne.

 

 

à suivre...
26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 10:00

Certains patients affectés par des maladies chroniques fréquentent régulièrement les hôpitaux. Ils ont vu les changements intervenus ces dernières années, et leurs témoignages sont édifiants. Nous avons rencontré l’une de ces patientes à l’hôpital Cochin, Mme Françoise J., secrétaire dans une P.M.E.

Mme J. est suivie en Rhumatologie pour un syndrome de type Fiessinger-Leroy-Reiter, une maladie inflammatoire dégénérative et douloureuse. Elle consulte depuis 15 ans.

« Il y a quinze ans, dit-elle, l’accueil était bien différent. Le personnel était très à l’écoute de mes problèmes et toujours disponible. Si je devais venir à jeun pour des examens, on m’offrait ensuite une collation. Aujourd’hui, le personnel n’a plus le temps de nous écouter, et l’accueil est beaucoup moins chaleureux, et il n’y a plus de collation… » Pour la CGT de Cochin, il est évident que Mme J. subit les suppressions de personnel – plus de 800 postes en moins en 4 ans – et les sous-effectifs. D’une façon générale, le personnel de l’hôpital a conscience de mal faire son travail, car la relation aux patients est devenue quasiment inexistante alors qu’elle fait partie des soins. Mme J. subit aussi les restrictions budgétaires qui portent même sur des économies de bouts de chandelle et dégradent les conditions d’accueil des patients de l’hôpital public.

Mme J. ajoute que « les rendez-vous sont de plus en plus difficiles à obtenir rapidement, près de six à huit mois d’attente pour un spécialiste. Aussi lorsque j’ai des poussées inflammatoires importantes, qui sont toujours très douloureuses et invalidantes, il m’arrive souvent de devoir improviser moi-même les adaptations de mon traitement, faute de pouvoir consulter mon médecin. » Ce que Mme J. ne dit pas mais que la CGT Cochin dénonce depuis longtemps, c’est l’instauration d’une médecine à deux vitesses. Si Mme J. avait les moyens de payer une consultation privée (de 150 à 200 euros), elle serait reçue rapidement…

« Je n’ai pas vraiment le choix de toute façon, déclare Mme J., car mon spécialiste me suit depuis des années et il connaît bien mon dossier et ma pathologie. » La CGT Cochin ajoute que depuis la réforme de la Sécurité Sociale, les patients sont de toute façon obligés de passer par un médecin traitant qui fait office de « référent » avant de pouvoir consulter un spécialiste, ce qui complique le parcours de soins… Certains généralistes peuvent être réticents à indiquer au patient un autre spécialiste, et il faut alors changer de médecin traitant ou garder le spécialiste. La CGT Cochin observe en outre que ces changements de spécialistes ne sont pas dus aux compétences du médecin, mais aux difficultés rencontrées à l’hôpital public.

« Ayant dû être hospitalisée à plusieurs reprises au cours de ces 15 ans, j’ai pu constater une nette dégradation de mes conditions de séjour, notamment pour la nourriture. Et puis on se connaissait bien avec les infirmières et les aides-soignants, et on parlait de nos familles, de nos enfants… Etre hospitalisée me semblait moins dur car je savais que je verrais mes « copines ». Maintenant le personnel change souvent et on ne le voit plus que pour les soins et les médicaments. Lors de mes dernières hospitalisations, je n’avais pas toujours le moral et je me sentais un peu seule… Et pour obtenir des antalgiques je devais appuyer plusieurs fois sur la sonnette avant que quelqu’un puisse venir me voir… »  Depuis le début des restructurations à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP), le personnel a subi de plein fouet les suppressions d’emploi, d’où la dégradation évidente des conditions de travail. Il n’est pas rare que dans un service une seule infirmière ait à s’occuper de 30 patients… Les patients se voient donc « soignés à la chaîne », au grand dam du personnel qui n’en peut mais. Les études montrant l’importance du « moral » dans la guérison ne sont manifestement pas prises en compte par des décideurs uniquement préoccupés de rentabilité.

Mme J. nous a confié aussi que sa fille, qui était suivie en gynécologie à Saint-Vincent de Paul (hôpital d’excellence désormais fermé par l’Assistance Publique), éprouve le même sentiment de dégradation lorsqu’elle va consulter dans la maternité flambant neuve de Cochin-Port Royal : files d’attente interminables, difficultés pour se renseigner afin de savoir où se diriger, personnel surchargé et stressé, donc moins disponible, etc.

De fait, le témoignage de Mme J. et de sa fille met en lumière ce qui se passe dans tous les services de l’hôpital, souvent de façon plus sévère encore. Les sous-effectifs organisés par la direction centrale de l’APHP sous les ordres du ministère s’accentuent d’année en année. La CGT Cochin ne cesse de dénoncer et mettre en garde la population et les décideurs sur les dangers engendrés par le manque de personnel, lequel par conscience professionnelle doit très souvent sacrifier ses repos. Au premier rang de ces dangers, il y a les conséquences pour la santé des patients (1). Cette diminution drastique des personnels est opérée au nom d’une politique libérale qui soumet la Santé publique à une logique comptable, au détriment de la logique médicale, donc de la santé des citoyens.

Le seul moyen de s’opposer à cette logique comptable dévastatrice est d’imposer une nouvelle politique de partage et de solidarité, donc un nouveau système économique.

Marise Dantin & Bernard Giusti – CGT Cochin (Paris)

(1)   : récemment, dans la maternité flambant neuve de Port-Royal, une femme a accouché seule…

Article publié dans l’Huma Dimanche

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