Partager l'article ! L’art d’aimer revu et corrigé par Claude Chanaud: ou Religion de l’amour versus amour de la religion ...
Bernard Giusti
Religion de l’amour versus amour de la religion
Le style vif et impeccable de Claude Chanaud – dont nous avons eu à maintes reprises le plaisir d’apprécier le talent (Fatoumata la Berrichonne, Pas toutes urbaines, Gens de plume et vin chaud à la cannelle…) – se met ici au service d’une noble cause : expurger de toute pudibonderie nauséabonde et de toute morale frelatée l’une des activités les plus sacrées de l’être humain, celle qui consiste à prendre du plaisir à faire l’amour, ou comme le diraient les Brennous patentés, « à prendre son pied ». Peut-il d’ailleurs y avoir un « amour sacré » sans les émois fondateurs de « l’amour charnel » ? C’est une des question à laquelle le ci-devant Claude le Brennou vous donnera une réponse sans détour.
Ces quelques textes – chacun constituant une nouvelle à part entière – ordonnés en forme de chronique nous livrent les souvenirs réels ou supposés (mais qui s’en soucie ? D’ailleurs, l’auteur fait un éloge vibrant du mensonge…) d’une enfance et d’une adolescence passée dans la Brenne profonde, baignée d’une part de légendes et de pratiques païennes, et d’autre part de traditions religieuses passéistes. On s’en doute, la confrontation entre un hédonisme savamment entretenu par des générations besogneuses, certes, mais inventives, et des dogmes castrateurs ne tournera pas à l’avantage de ces derniers.
Avec sa verve et sa truculence, ses paillardises et ses finesses par en dessous, saint Claude Chanaud remet les pendules à l’heure de la Brenne
et de la joie de vivre. Il nous dresse un portrait salvateur que des Villon, des Rabelais ou des Dubout ne renieraient pas, portrait d’une société de la France-d’en-bas-à-qui-on-ne-la-fait-pas,
malgré des tentatives politiques et religieuses réitérées.
Aidé par son amour de la langue, Claude Chanaud fait feu de tout bois, y compris et surtout les bois de lit (notamment dans sa savoureuse
nouvelle, Les Mordeuses de bois de lit), sans oublier l’usage de contrepèteries gaillardes (par exemple les cousins « avec leurs mines à lapin »).
Un grand nettoyage efficace et plein d’humour, un livre sain et plein d’esprit…
A lire !
Bernard Giusti
Claude Chanaud, Chroniques gaillardes de Bourg-en-Brenne, Le bruit des autres, 2009, 144 pages, 15 euros
publié dans le numéro 35 de la revue Chemins de Traverse, décembre 2009