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La voix des poètes

Louis Aragon / Antonin Artaud / Pablo Neruda /


Louis Aragon / Sacre de l'avenir

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Antonin Artaud / Je ne délire pas
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Pablo Neruda / Alturas de Machu Picchu
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Quelques musiques et chansons

Ci-dessous, vous pouvez écouter quelques musiques et chansons. Il en manque beaucoup ! Notamment, celles de certains de mes amis, car je n'ai pas encore les outils nécessaires pour les mettre en ligne.

 

 

à suivre...
20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 19:51

Pierre Drachline ou de la difficulté d'être vivant

 

Le thème des "enterrés vifs" est un thème récurrent de la littérature. Toutefois, Pierre Drachline, dans son roman "Une si douce impatience", a réussi à renouveler le genre.

Le narrateur est-il un cadavre ou est-il enterré vivant ? Si incertitude il y a, nul doute qu'elle soit volontaire. Pour Drachline le mort et le vif sont intimement liés, et ce depuis la naissance, et le texte fourmille de phrases lapidaires qui vont en ce sens. Par exemple lorsque le narrateur prend conscience qu'il est dans un cercueil :

"Un médecin a dû constater ma mort clinique. [...] Cela me chagrine moins que d'avoir été déclaré vivant à la naissance."

Les vivants vivent comme s'ils étaient déjà morts. Toute la dialectique du texte est fondée sur ce glissement permanent entre la vie et la mort. C'est que le monde se réduit un espace étroit, semblable à un cercueil, dans lequel on s'enferme entre des parois de conventions, d'idéaux illusoires, de libertés conditionnelles, d'esclavages consentis comme ceux du travail ou de l'amour, de lendemains qui n'ont jamais chanté que pour les exploiteurs et les tyrans... Le seul amour que le narrateur consent à reconnaître c'est celui d'une femme qui lui a toujours demandé ce qu'il ne pouvait lui donner, ou ce qu'il s'est toujours appliqué à ne pas lui donner. C'est sans doute dans ce livre la forme la plus douce de la non-communication générale. Et finalement la seule communication vraie qu'il y aura entre cet homme et cette femme se fera non par l'intermédiaire du langage mais par le martèlement des poings de la femme sur le cercueil...

 

L'humour n'est jamais absent de ce tableau en forme de bilan. A priori, on pourrait penser qu'il s'agit de cynisme, c'est-à-dire de quelqu'un qui se moque de la jouissance des autres. Mais rien n'échappe à la plume de l'auteur, et surtout pas lui-même. L'humour de Drachline est sans doute l'illustration même de la fameuse formule "l'humour est la politesse des désespérés". Car à la lecture apparaît paradoxalement en filigrane le portrait d'un être condamné à la déception pour avoir une trop haute opinion de l'être humain... Et c'est peut-être là le véritable "cercueil" de Pierre Drachline : de n'avoir jamais accepté que la médiocrité soit partie intégrante de l'humanité. Il ne s'y résigne pas, mais il ne la combat pas ni ne la dénonce, il l'observe et s'en tient éloigné. Autant dire qu'il garde une distance prudente vis-à-vis de ses semblables, même si, rarement, il reconnaît en certains d'entre eux des frères de captivité : "Je ne me suis senti proche que d'individus. Singuliers. Inattendus. Souvent mes contraires. En aucun cas ils n'auraient pu former un groupe."

 

Pierre Drachline n'est pas de ceux qui s'engagent : "L'énergie des combats inutiles m'a manqué. Baisser les bras avant de les avoir levés est le seul exercice physique ou mental que j'aurai pratiqué. Avec une conviction jamais démentie." En réalité, ses engagements sont autres et se font sans tambour ni trompette, sans grandes déclarations et sans effet d'annonce. Ils se font au quotidien, par exemple dans un verre pris au comptoir et partagé en silence, ou dans la complicité inavouée avec ceux qui savent que l'ordre du monde n'est jamais qu'un désordre consensuel... Il se définit lui-même comme un "voyageur immobile", celui qui laisse le monde traverser sa conscience, et réciproquement. Car dans ce cercueil incontournable qu'est la condition humaine, la seule liberté est bien celle de l'imaginaire. Quand le monde se réduit un espace étroit, que reste-t-il ?

 

Ce roman pourrait être qualifié d'existentiel en ce qu'il touche aux interrogations les plus profondes de l'être humain (pour peu qu'on ait eu le courage de soulever un peu le couvercle du cercueil...). Mais même cette liberté-là, la liberté du prisonnier selon Sartre, finit par se heurter aux murs de la prison et, quand vient l'heure  du vrai cercueil, l'heure que l'on a passé sa vie à attendre avec une douce impatience, on n'aspire plus qu'à l'inconscience définitive...

 

"Une si douce impatience" a le grand mérite, que l'on partage ou non la vision du narrateur, de nous amener à nous interroger sur ce qui constitue le tissu de notre vie sociale et sentimentale, sur notre relation au monde et sur le sens de notre propre vie. Le roman est écrit en phrases courtes qui servent parfaitement le propos, et le style impeccable rappelle celui de certains écrivains comme Antoine Blondin, très présent dans le livre. À une époque où selon la formulation de Roland Barthes nous avons le plus souvent affaire à des écrivants plutôt qu'à des écrivains, on se réjouira de lire un auteur qui fait œuvre de littérature.

 

Bernard Giusti

 

Pierre Drachline, Une si douce impatience, Flammarion 2006, 200 pages, 17 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2006

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Published by Bernard Giusti - dans Critiques
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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 19:49

Que les Lumières soient

 

Janvier 1789 : à la suite d'un accident, un avocat parisien, Marc-Antoine Doudeauville, éprouve le besoin de narrer

ses souvenirs. Il fait appel à un jeune homme de lettres, Georges de Coursault, afin de lui dicter ses mémoires.  De cette narration, mais aussi de la relation entre les deux hommes, naîtront une vaste fresque historique, couvrant les années 1766 à 1789, et un roman passionnant.

Valère Staraselski nous brosse le tableau saisissant d'une société en pleine mutation, perdant peu à peu ses valeurs traditionnelles et partant à la dérive. On sera sans doute étonné par " l'étrange modernité " des sentiments qui agitent les personnages et par les similitudes entre cette époque et la nôtre. Mais ces ressemblances ne doivent rien à un artifice d'écrivain, et c'est là toute la force de l'auteur, qui a su éviter les pièges de "l'historiocentrisme" (comme il peut y avoir un ethnocentrisme). Les personnages principaux, tous attachants et émouvants - Doudeauville et Coursault, bien sûr, mais aussi Constance, Julie, Sébastien, Maisonseule… - pensent et raisonnent avec les valeurs et selon les critères de leur époque, mais sans "l'empoussiérage de l'esprit" si courant dans les romans historiques.

 

Roman historique, certes, et le lecteur se délectera des intrications entre la petite et la grande histoire. Mais roman philosophique, tant la dialectique qui s'instaure entre le lecteur et le texte est permanente. Une dialectique qui n'est pas sans rappeler celle qui peut naître par exemple à la lecture de Zadig ou de Jacques le fataliste. Le style très pur de Valère Staraselski permet la conjonction entre la rigueur de l'historien et celle du philosophe, et le résultat est ce roman que l'on peut lire à la fois comme un roman d'action, comme un roman historique ou comme un roman philosophique.

 

Au-delà des histoires d'amour qui constituent quelques-uns des fils du récit, Valère Staraselski ne s'est pas contenté de nous raconter une histoire, ni de nous raconter l'Histoire. Il ne s'est pas contenté non plus de nous entraîner dans les enjeux politiques qui sous-tendaient les enjeux philosophiques de cette époque. Non plus que de dénoncer une énième fois les souffrances du peuple de France. Il a su garder de bout en bout la distance nécessaire pour éviter les pièges de la moralisation de l'histoire, si courante et désastreuse à l'heure actuelle, et nous rendre toute la complexité de cette époque charnière dans l'histoire de France.

Si l'auteur s'implique çà et là dans le récit, ce n'est jamais pour nous donner des leçons, de morale ou d'histoire : à chacun de les prendre, s'il le peut ou le désire. Il ne le fait parfois que pour défendre des positions humanistes et générales, à travers Georges de Coursault surtout, par exemple lorsqu'il fait l'apologie du travail personnel et de la discipline qu'il faut s'imposer jour après jour pour se dépasser et s'émanciper tant que faire se peut des idéologies dominantes et de l'asservissement de l'esprit.

Comment ne pas relever la similitude entre cette période et la nôtre : l'affaiblissement du pouvoir central permet la montée en puissance de la bourgeoisie et de l'affairisme conduisant inéluctablement à faire passer les intérêts privés avant l'intérêt public, les luttes des factions non pas pour des projets visant au bien-être de tous mais pour assurer les profits de quelques-uns, et un peuple souffrant de chômage et de misère et ne servant jamais que de marchepied pour l'accession au pouvoir des hommes politiques… ajoutons-y les scandales financiers ou la dépravation morale des classes dirigeantes… ça ne vous rappelle rien ? 

 

Mais il y a une différence de taille avec notre époque : c'était le siècle des Lumières, et ceux qui faisaient référence, non seulement parmi les gens éduqués mais aussi parmi le peuple, s'appelaient Diderot, Voltaire, Rousseau… pour n'en citer que trois parmi les plus célèbres. Aussi nous prenons-nous à regretter que la France actuelle ne compte pas de philosophes ou de personnalités intellectuelles de cette envergure, d'esprits susceptibles d'initier, en même temps qu'un retour aux principes fondamentaux de la République, l'élan nécessaire au triomphe de la raison sur l'obscurantisme qui prévaut à nouveau aujourd'hui. Mais ce ne sont pas les ersatz de philosophes médiatisés que nous connaissons qui sauraient remplir cette fonction…

 

Avec un incontestable talent, Valère Staraselski nous offre un roman didactique et envoûtant, un éclairage sur le siècle des Lumières en même temps qu'une lumière sur notre époque, époque politiquement, philosophiquement et moralement plongée dans la pénombre. Sans doute tenons-nous là un ouvrage annonciateur du renouveau des Lumières. Aussi, l'irréductible athée que je suis se surprendra-t-il à dire : que les Lumières soient !

 

Bernard Giusti

 

 

Valère Staraselski, Une Histoire Française - Paris, janvier 1789, Le cherche midi éditeur, 2006, 395 pages, 19 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2006

 

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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 19:45

Les eaux étroites : le titre que Julien Gracq a donné à ce petit livre n'est évidemment pas sans rappeler celui d'André Gide, La porte étroite. Et ce n'est pas un hasard.

 

"Presque tous les rituels d'initiation, si modeste qu'en soit l'objet, comportent le franchissement d'un couloir obscur […]" : au fil de l'Evre, le récit se partage entre la nostalgie des souvenirs et la navigation initiatique, n'obéissant qu'aux seules lois d'une rêverie qui s'ordonne sur le cours de la rivière. Et si le parcours des eaux prend parfois des chemins sombres et vaguement inquiétants, on comprendra que ce "couloir obscur" dont parle Gracq n'est autre que celui de la mémoire, qui se reconstitue en retrouvant pas à pas cette capacité propre à l'enfance, et nécessaire aux écrivains et aux artistes, la capacité de s'étonner, au sens philosophique du terme, et ce faisant de vivre l'instant comme un perpétuel mystère.

 

Classique, le style de Julien Gracq est impeccable, et ce petit récit séduit non par son originalité, mais par la qualité humaine qui s'en dégage et qui nous rappelle, au besoin, que chaque instant peut être un instant de magie.

 

Bernard Giusti

 

Julien Gracq, Les eaux étroites, José Corti éd., 1976

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2006

 

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20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 23:05

Marie-Agnès & Bernard au Festival International de Théâtre de Rue d'Aurillac

 

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11 septembre 2005 7 11 /09 /septembre /2005 17:09

Manifeste actualiste, Sonia Viel, Bernard Giusti, Annie Maurer, Jean-Michel Platier, Thierry Renard, Valère Staraselski, Ed. Bérénice, coll. Alix, septembre 2005

 

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15 août 2005 1 15 /08 /août /2005 16:27

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19 mai 2004 3 19 /05 /mai /2004 16:51
Arthur Rimbaud : la rupture, essai présenté au Colloque Arthur Rimbaud, organisé à la Sorbonne le 19 mai 2004, publié in revues Chemins de Traverse n°24 et Vendémiaire n°12
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Published by Bernard Giusti - dans Essais
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11 mai 2004 2 11 /05 /mai /2004 17:14
Que penser du prêt payant en bibliothèque ? débat dans le cadre de Lire en Fête, Mairie du 19e, Paris, 15 octobre 2000
Un écrivain rencontre un écrivain, Bernard Giusti interviewé par Chantal Portillo, La Maroquinerie, Paris, 8 avril 2002
La culture, débat autour de « Culture pour Tous », La Maroquinerie, Paris, 15 novembre 2002
Mémoire et témoignage, cabaret littéraire, Vanves, 5 octobre 2003
Poésie et liberté, débat animé par Geneviève Moll (France2) ; avec Alain Borer, Pierre Bunel, CharlElie Couture, Bernard Giusti, Claudine Helft, Emmanuel Lequeux, Daniel Leuwers, Bernard Mazo, Jean Métellus, Serge Utge-Royo ; Sorbonne, 13 mars 2004
Colloque Arthur Rimbaud, Sorbonne, 19 mai 2004
 
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2 mai 2004 7 02 /05 /mai /2004 23:01

Bernard Giusti, Jean-Michel Platier, Thierry Renard

"Le chamanisme est sans doute l’une des plus anciennes formes institutionnalisées de la spiritualité. Sans doute a-t-il évolué par la suite vers des rituels religieux, mais il a conservé l’essence même de sa naissance : servir d’intermédiaire entre les hommes et les esprits de la nature. Trois poètes se sont réunis autour de cette fonction : dévoiler par la parole cet autre monde qu’est la poésie. Le poète est lui aussi un intermédiaire : il doit amener le lecteur à changer son regard sur le monde et à découvrir ce qui se cache derrière les apparences. Tout comme le chaman, le rôle du poète n’est pas de « guérir » au sens occidental du terme, mais de tendre à une harmonie intérieure, à un équilibre entre l’homme et la représentation qu’il se fait du monde. Bernard Giusti, Thierry Renard et Jean-Michel Platier ont entrepris cette aventure de suivre en commun et tour à tour le chemin de cette poésie. Leurs trois voix se sont mêlées pour n’en faire qu’une, pour que naisse cette parole tout entière vouée à leur idéal de découverte et de partage. Puisse le lecteur les accompagner dans cette voie…"

  

Michel Straußeisen

Chaman, éd. Bérénice, 2004, 10 euros

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Published by Bernard Giusti - dans Poésie
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11 février 2004 3 11 /02 /février /2004 17:06

Après la mêlée, texte écrit en commun avec Jean-Michel Platier et Thierry Renard, in Citoyen Robespierre de Thierry Renard, Ed. Bérénice, Paris¸ février 2004

 

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