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La voix des poètes

Louis Aragon / Antonin Artaud / Pablo Neruda /


Louis Aragon / Sacre de l'avenir

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Antonin Artaud / Je ne délire pas
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Pablo Neruda / Alturas de Machu Picchu
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Quelques musiques et chansons

Ci-dessous, vous pouvez écouter quelques musiques et chansons. Il en manque beaucoup ! Notamment, celles de certains de mes amis, car je n'ai pas encore les outils nécessaires pour les mettre en ligne.

 

 

à suivre...
23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 20:00

Le vendredi 25 novembre 2011

à partir de 20 heures

 

Café Concert poétique et musical

au bar Loundge Le Fleurus

10, bld Jourdan, Paris 14e

(en face de la Cité Universitaire)

 

Avec Pierre Meige et Guillaume R.

et de nombreux poètes

 

Renseignements et programmation

06 68 02 86 16 / 06 34 75 77 69

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 15:39

CdT-Meige-Baudelaire1.jpg

Dans Mon cœur mis à nu, Baudelaire écrivait : « Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l'horreur de la vie et l'extase de la vie. »

Deux sentiments extrêmes qui posent la problématique des limites dans laquelle s’est située toute l’œuvre du poète. Car Baudelaire est avant tout quelqu’un qui s’est « enfermé » dans la conception idéaliste religieuse d’une « nature humaine » qu’il ne peut dès lors considérer que comme irrécupérable. Baudelaire est enfermé dans cette nature qu’il juge portée au mal et à la bassesse.

Campant sur des positions qu’on qualifierait aujourd’hui de « réactionnaires » et « élitistes » (ce qui évidemment serait une erreur, puisque cela reviendrait à plaquer des valeurs ou une morale actuelles sur une époque passée), il ne croit en aucun progrès possible pour cette nature humaine (L'Albatros dénonce le plaisir que prend le « vulgaire » à faire le mal, Recueillement dénonce « la multitude vile »), le progrès étant seulement, à la rigueur, cantonné au progrès mécanique et matériel. En tant qu’homme, Baudelaire ne peut échapper à cette « nature humaine », mais en tant que poète et artiste il peut, par l’esprit, dépasser cette contingence humaine. Dans le Salon de 1846, il écrit : « La première affaire d'un artiste est de substituer l’homme à la nature et de protester contre elle. »

Ainsi, vivant dans « l’horreur de la vie » il cherche sans cesse « l’extase de la vie », en premier lieu à travers la poésie. Le poète est sans cesse pris dans un combat sans fin entre son imperfection d’être humain et son aspiration à un idéal spirituel qui, pour lui, peut seul permettre à l’animal humain de dépasser sa condition. Dans sa quête incessante de dépassement de soi et d’idéal, ses valeurs seront le Beau, l’imagination (« la reine des facultés »), le rêve…

Sans cesse à la recherche de ses limites pour pouvoir s’en affranchir, Baudelaire a pratiqué le « dérèglement des sens » (Rimbaud). Par les paradis artificiels qui lui ouvrent les portes du rêve et de l’imagination, le poète tente d’échapper à une réalité qui ne peut que « le tirer vers le bas », vers l’affirmation de cette nature insupportable propre à la « la multitude vile ». Par les drogues et le dérèglement des sens, le poète peut passer de son état d’oiseau maladroit et ridicule lorsqu’il se dandine sur la terre ferme (la réalité) à celui d’oiseau en vol, fier, libre et aux vastes horizons (L’Albatros).

De nombreux poètes, artistes et écrivains, s’engouffreront à la suite de Baudelaire dans ce recours aux paradis artificiels. Leur quête ne sera pas toujours spirituelle, mais tous auront à cœur, par ce moyen, de « se dépasser », c’est-à-dire de s’affranchir d’un carcan, qu’il soit culturel, social, moral ou psychique… On pourrait en citer de nombreux, par exemple Henri Michaux ou Jim Morrison... Mais bien sûr, il ne suffit pas d’avoir recours aux paradis artificiels pour être « baudelairien »…

Par sa problématique des limites, somme toute existentielle, Baudelaire fut sans aucun doute plus proche de la « multitude » qu’il ne le croyait… Surtout, il sut transcender cet écartèlement permanent qui le hantait pour en faire des poèmes qui resteront parmi les plus beaux de la langue française.

Dans le poème qui suit, notre ursidé troubadour et ami Pierre Meige  rend hommage à Charles Baudelaire, et poursuit dans la voie jadis ouverte par le poète, toujours aussi vivante.

 

Bernard Giusti

 

article à paraître dans le numéro 39 de la revue Chemins de Traverse, éd. L'Ours Blanc

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 18:43

Discours de Bernard Giusti

Secrétaire Général CGT de Saint-Vincent de Paul

pour la commémoration de la Libération de Paris

25 août 2011

 

 

Chers camarades,

Mesdames, Messieurs,

 

Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer l’anniversaire de la Libération de Paris. Tous les ans, le 25 août est l’occasion pour chacun de se souvenir de ces hommes et ces femmes qui, dans les hôpitaux ou ailleurs, ont donné leur vie pour que nous vivions libres. Tous les ans, c’est aussi l’occasion de nous rappeler qu’au sortir de la guerre, des hommes et des femmes regroupés au sein du Conseil National de la Résistance (CNR) ont mis en place des institutions qui devaient permettre un indéniable progrès social, notamment la Sécurité Sociale et l’accès aux soins pour tous grâce au développement des hôpitaux publics.

Je ne reprendrai pas aujourd’hui le programme du CNR, que j’avais développé l’an dernier. Mais il faut bien dire que depuis la Libération de Paris la régression sociale frappe de nouveau de plein fouet le peuple de France. Elle frappe depuis plusieurs décennies, mais nous pouvons constater qu’elle n’a jamais été aussi destructrice qu’aujourd’hui. En cette journée du souvenir, rappelons-nous donc que le patronat et l’extrême droite avaient été exclus du CNR pour avoir ouvertement collaboré avec les nazis. Or nous constatons aujourd’hui le retour en force de ces deux composantes de la société et la recrudescence de leur importance politique. Les tentatives de « réhabilitation » de collaborateurs notoires se multiplient, et je n’en donnerai pour exemple que celle de Louis Renault, actuellement dénoncée à juste titre  par l’historienne Annie Lacroix-Riz. Certains pensent qu’il est temps de « passer l’éponge » afin de passer à autre chose. Mais c’est faire l’erreur de croire que ces gens de l’extrême droite et du grand patronat ont changé. Ils n’ont pas renoncé à leur volonté d’asservir nos citoyens, ni à leur volonté de faire passer les intérêts particuliers, les leurs bien sûr, avant l’intérêt général. C’est notamment ce que nous voyons se réaliser dans nos hôpitaux où sous prétexte de modernisation nous assistons à un démantèlement pur et simple de l’hospitalisation publique au profit des cliniques, des hôpitaux privés et des grands groupes financiers. Aujourd’hui en France on est de plus en plus soigné non selon ses besoins mais selon ses moyens…

Cette destruction des services publics au profit du grand patronat et de la finance touche toutes les institutions de la République. Il faut dire que ces institutions républicaines et ces services publics chargés d’assurer l’égalité des soins, des transports, de l’enseignement, etc., sont incompatibles avec une Europe mise en place précisément par le grand patronat et la finance… Certains, de tous bords, se laissent entraîner par la dynamique actuelle de cette Europe du grand capital. Ils sont comme fascinés et prêts à y collaborer. Mais depuis sa création, cette Europe-là est source de plus d’inégalités et d’injustices pour tous les citoyens, alors qu’elle est source de profits pour les actionnaires, les grands patrons et les financiers. En tant que syndicalistes nous ne pouvons y souscrire, fût-ce en pensant que nous aurions ainsi quelque chance « d’arrondir les angles ». Notre rôle n’est pas de permettre à quelques prédateurs de nous dépouiller en douceur...

A l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris nous sommes évidemment en première ligne pour combattre et résister contre la destruction programmée des services publics de santé. Particulièrement à la CGT et particulièrement dans notre groupe hospitalier de Cochin-Hôtel Dieu-Broca, puisque déjà Saint-Vincent de Paul a été rayé de l’intitulé officiel. Cette commémoration est en effet la dernière qui se déroulera dans notre hôpital, sa fermeture étant annoncée pour début décembre. Saint-Vincent de Paul est un exemple parmi les plus emblématiques à la fois de la volonté des gouvernements libéraux de casser le service public, et de la résistance du personnel de l’AP-HP. Cette bataille-là a été perdue et St Vincent fermera et sera détruit ; son personnel a dû subir toutes les avanies liées à ce qu’il est convenu d’appeler officiellement une « restructuration » ; le personnel restant encore aujourd’hui, essentiellement celui de la maternité, est à son tour dans la ligne de mire et la perspective pour une partie d’entre nos collègues seulement de rejoindre le nouveau bâtiment de Port-Royal, déjà surnommé « l’usine à bébés », n’est guère réjouissante… Moins de personnel pour plus de patients, voilà ce qui les attend, avec tout ce qu’entraîne une diminution de personnel dans des services de santé : horaires changeants donc répercussion sur la vie de famille, explosion des charges de travail donc risques d’erreurs professionnelles accrus, fatigue, stress, dépressions, etc. Entre janvier et juin, plus de 300 postes ont été supprimés sur notre groupe. Les suicides parmi le personnel de l’AP-HP se sont accrus de façon exponentielle. Ces deux faits résument à eux seuls la réalité de ce qui se passe aujourd’hui dans nos hôpitaux.

Mais à l’instar de De Gaulle, la CGT de Cochin et Saint-Vincent de Paul dit aujourd’hui que si nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre. Car c’est bien à une véritable guerre contre les citoyens que se livrent le grand patronat et les financiers, par le truchement de gouvernements libéraux ou ultra-libéraux. En ce jour de commémoration de la Libération de Paris, nous nous rappelons que celles et ceux qui sont morts jadis se sont battus avant tout pour l’avenir. Et c’est pour l’avenir que nous devons continuer à combattre avec la CGT de Cochin et Saint-Vincent de Paul. Pour l’avenir de nos enfants, l’avenir des jeunes d’aujourd’hui et des générations futures. Le joug de la dictature peut prendre des formes multiples. A l’époque ce joug était manifestement militaire. Aujourd’hui il est manifestement économique, au nom d’une logique comptable imposée par quelques-uns pour leur seul profit. En ne nous battant pas pour l’avenir, pour une société plus juste et plus humaine, nous ne sauverons rien de ces acquis instaurés par le CNR et par les luttes de nos anciens. Comme je l’avais écrit il y a un an, dès ma prise de fonction de Secrétaire Général de la CGT de Saint-Vincent de Paul, nous ne devons pas nous contenter de défendre, nous devons être sans cesse à l’offensive, comme l’ont été les Parisiens, qui quelques jours avant la Libération effective de Paris sont descendus en masse dans les rues pour dresser des barricades et ont déclenché des grèves générales : grève des transports, grève de la police, etc. Etre à l’offensive, c’est-à-dire refuser la collaboration de classe, c’est la seule voie possible.

 

Saint-Vincent de Paul fermera bientôt définitivement ses portes, sacrifié comme d’autres hôpitaux sur l’autel du libéralisme. En s’attaquant ainsi à un hôpital performant qui pratiquait une médecine de pointe reconnue sur le plan international, les gouvernements libéraux n’ont pas seulement voulu s’attaquer au service public. Ils ont aussi voulu s’attaquer à un symbole historique, celui de Saint Vincent de Paul, qui fut l’un des premiers en France à œuvrer pour les plus pauvres. La disparition de l’hôpital Saint-Vincent de Paul c’est aussi la volonté de sonner le glas de l’entraide et de la solidarité. La disparition de l’hôpital Saint-Vincent de Paul c’est aussi la disparition d’un état d’esprit, celui du service public. Mais c’est aussi un crève-cœur pour le personnel qui a pendant des décennies contribué à son excellence en matière de maternité et de soins pédiatriques.

 

En ce jour de commémoration, je tiens à dire à toutes et à tous que nous n’oublierons pas et qu’avec la CGT nous porterons le combat, où qu’il puisse être.

 

Merci de votre attention.

 

 

Bernard Giusti, Secrétaire Général CGT de l’hôpital Saint-Vincent de Paul

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 20:00

Sans-titre-1.jpgLe vendredi 28 janvier 2011

à partir de 20 heures

 

Café Concert poétique et musical

au bar Loundge Le Fleurus

10, bld Jourdan, Paris 14e

(en face de la Cité Universitaire)

 

 

 

 

Bernard Giusti

Sarah Mostrel

Adel

Mickaël Ankon

Pierre Meige

 

Scène ouverte aux poétes

 

Renseignements et programmation

06 68 02 86 16 / 06 34 75 77 69

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 20:28

Mon ami Mario de Bartolomeis, qui avait déjà traduit ma nouvelle "Les chiens" (I cani) pour une revue italienne (voir bibliographie), m'accueille désormais sur son site, avec une présentation comportant les commentaires de Christine Kalanquin (membre fondateur de L'Ours Blanc, décédée) et de Christiane Citti (écrivain) :

http://www.emmedibi.it/Bernard-Giusti.htm

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 21:36

Couv Table JPG réduitA la table des jours

 

recueil de poésies de

 

Marie-Agnès Roch & Bernard Giusti

 

Préface de Jean Maffioletti

 

aux éditions de L’Homme Bleu

 

72 pages, 12 euros 

 

ISBN 978-2-9527978-1-8

 

« ... Les arts poétiques les plus subtils et les mieux rimés ne donnent pas ce genre si particulier de parole. [...] Toutes les thématiques tramant l'univers lyrique [...] sont retraversées avec une ironie provocatrice. [...] Ceci encore : avec une maîtrise parfaite les textes nous font marcher à cloche-pied. [...]Prosodie et métrique sont évoquées, présentes, audibles. Mais rien ne se referme. Toujours quelque chose reste ouvert. [...] Et ça marche. [...] C'est bien la première fois que je lis un recueil où il s'est passé quelque chose entre le début et la fin. Je veux dire quelque chose pour deux plumes, deux esprits et deux vies. Pour deux lieux. Il s'est passé quelque chose… et ce que nous avons sous les yeux est le procès même, à l'état de trace. Une belle et nette trace où les bons chasseurs liront comme dans un livre. ».

Extrait de la préface de Jean Maffioletti

 

Marie-Agnès Roch est née à Montbéliard (Doubs). Poète, elle est aussi médecin généraliste en Auvergne. Membre du Groupement des Écrivains Médecins, Sociétaire de la Société des Poètes Français, Secrétaire Générale de L’Ours Blanc, Directrice de la collection Poésie et membre du comité de lecture de l'Ours Blanc, elle est Présidente de l'Association Le Texte et L'Homme – Éditions l'Homme Bleu. Elle a publié son premier recueil de poésie, Métamorphose, aux Éditions de l'Ours Blanc, et plusieurs textes dans des revues littéraires et des recueils collectifs.

Bernard Giusti poète, écrivain, essayiste, a publié Les Ailes, La Danse des Masques, Approche psychanalytique des OEuvres d'Art, Le Fil d’Ariane, Les Sourds. Nombreux articles (revues, journaux). Etudes en Anthropologie Sociale et Sociologie Comparée (Sorbonne). Membre fondateur de l’association L'Ours Blanc et de l’association Le Texte et L’Homme, fondateur de la revue Chemins de Traverse et de la revue virtuelle Vendémiaire, Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France. Il a récemment publié un recueil de poésie, Comme une corde prête à rompre…..(Éd. de L’Ours Blanc).

Marie-Agnès Roch & Bernard Giusti ont déjà écrit et publié en commun Les Îles de l’oubli, recueil de poésies (éd. Les Dossiers d’Aquitaine), et Zingg, la terre et l’homme, ouvrage d’art et poèmes (Éditions L’Homme Bleu).

 

(Table for two - Ruth Brown)

 


Bon de commande pour  A la table des jours

 

Nom, prénom :

 

Adresse postale :

 

Code, Ville, pays :

 

Commande :                exemplaires x 12 euros =              euros

 

Chèques à libeller à l’ordre de « Le Texte et L’homme » (vous pouvez aussi joindre vos souscriptions à une commande faite à l’ordre de L’Ours Blanc), et à renvoyer avec votre bon de souscription ou sur papier libre à L’Homme Bleu -  28, rue du Moulin de la Pointe, - 75013 Paris – France

Association et éditions L’Homme Bleu : homme bleu15000@yahoo.fr – http://hommebleu.over-blog.com/

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 13:47

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Signature le 24 septembre au foyer poétique du 15e arrandissement, à Paris.

 

Voir article

Photos de la soirée musicale et poétique du 24 septembre


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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 20:08
ou

Religion de l’amour versus amour de la religion

 

Le style vif et impeccable de Claude Chanaud – dont nous avons eu à maintes reprises le plaisir d’apprécier le talent (Fatoumata la Berrichonne, Pas toutes urbaines, Gens de plume et vin chaud à la cannelle…) – se met ici au service d’une noble cause : expurger de toute pudibonderie nauséabonde et de toute morale frelatée l’une des activités les plus sacrées de l’être humain, celle qui consiste à prendre du plaisir à faire l’amour, ou comme le diraient les Brennous patentés, « à prendre son pied ». Peut-il d’ailleurs y avoir un « amour sacré » sans les émois fondateurs de « l’amour charnel » ? C’est une des question à laquelle le ci-devant Claude le Brennou vous donnera une réponse sans détour.

 

Ces quelques textes – chacun constituant une nouvelle à part entière – ordonnés en forme de chronique nous livrent les souvenirs réels ou supposés (mais qui s’en soucie ? D’ailleurs, l’auteur fait un éloge vibrant du mensonge…) d’une enfance et d’une adolescence passée dans la Brenne profonde, baignée d’une part de légendes et de pratiques païennes, et d’autre part de traditions religieuses passéistes. On s’en doute, la confrontation entre un hédonisme savamment entretenu par des générations besogneuses, certes, mais inventives, et des dogmes castrateurs ne tournera pas à l’avantage de ces derniers.

 

Avec sa verve et sa truculence, ses paillardises et ses finesses par en dessous, saint Claude Chanaud remet les pendules à l’heure de la Brenne et de la joie de vivre. Il nous dresse un portrait salvateur que des Villon, des Rabelais ou des Dubout ne renieraient pas, portrait d’une société de la France-d’en-bas-à-qui-on-ne-la-fait-pas, malgré des tentatives politiques et religieuses réitérées.

Aidé par son amour de la langue, Claude Chanaud fait feu de tout bois, y compris et surtout les bois de lit (notamment dans sa savoureuse nouvelle, Les Mordeuses de bois de lit), sans oublier l’usage de contrepèteries gaillardes (par exemple les cousins « avec leurs mines à lapin »).

 

Un grand nettoyage efficace et plein d’humour, un livre sain et plein d’esprit…

 

A lire !

 

Bernard Giusti

 

Claude Chanaud, Chroniques gaillardes de Bourg-en-Brenne, Le bruit des autres, 2009, 144 pages, 15 euros

publié dans le numéro 35 de la revue Chemins de Traverse, décembre 2009

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 23:47
"Je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime."    Claude Lévi-Strauss.

"Claude Lévi-Strauss (1908 - 2009) vient de mourir à cent ans révolus. Cet […] anthropologue français a produit une œuvre qui fait de lui l'un des principaux penseurs de notre époque. Partant de l'étude des sociétés indiennes d'Amazonie et du continent américain, de leurs structures sociales et de leurs mythologies, il a mis en évidence l'extrême efficacité, l'extrême raffinement et en définitive l'extrême humanité de leur mode de pensée. De même, dans des textes peu conformes à l'air du temps, souligne-t-il la vacuité des discours et des illusions - quand ce n'est leur hypocrisie - sur les bienfaits de l'unification et du métissage des cultures du monde."   Jean Maffioletti

Claude Lévi-Strauss laisse en effet derrière lui une œuvre considérable, tant sur le plan de l'anthropologie que plus généralement sur celui de la pensée. On a l'habitude de citer Amadou Hampâté Bâ qui, se référant à la culture orale, déclarait  : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle." (UNESCO, 1960). On peut dire qu'avec Claude Lévi-Strauss, c'est une grande bibliothèque qui vient de disparaître, en même temps que le regard et l'analyse d'un grand penseur, le dernier intellectuel français a avoir eu une réputation et une influence internationale.

Les "intellectuels" médiatisés actuellement en vogue en France ne combleront certes pas le vide que laisse derrière lui Lévi-Strauss. Ni les BHL (qui a lui aussi une réputation internationale, mais c'est parce qu'il fait rire les intellectuels à l'étranger, qui ont sans doute plus d'humour que les Français...), ni les Finkelkraut (qui lui s'est spécialisé dans des discours péremptoires sur des sujets que de toute évidence il méconnaît...), ni les Onfray (certes plus sympathique que les précédents, mais dont les argumentaires philosophiques laissent à désirer, c'est le moins qu'on puisse dire...), etc., ne sauraient rivaliser avec la rigueur de la pensée de Lévi-Strauss, l'acuité de son intelligence ou l'étendue de sa culture.

Parce qu'il était un grand intellectuel, au sens vrai du terme, Lévi-Strauss était aussi un penseur hors normes, ce que les salons ne lui ont pas pardonné, même si par ailleurs il fut comblé d’honneurs officiels. Et l'on peut dire que toute son œuvre fut, au cours de son développement, constamment contestée par les uns ou les autres, de gauche comme de droite. On se souvient par exemple des attaques dont il fut l'objet de la part de gens se réclamant du marxisme et lui reprochant d'avoir fait, dans son approche structuraliste, abstraction de l'Histoire. Faux procès et critique hors sujet, dont Lévi-Strauss se défendra à plusieurs reprises. Ou bien encore sa prise de position contre le métissage des cultures et la mondialisation, qui conduisent inévitablement à une pensée et une culture uniques, c'est-à-dire à l'assujettissement total de la pensée. Cette fois, ce sont surtout les bobos bon teint qui s'en sont offusqués, ce qui se conçoit de leur part puisqu'ils en sont encore à confondre tolérance et laisser-faire – convaincus qu’ils sont que la tolérance est l’image en miroir de l’intolérance – et qu'ils n'acceptent la diversité culturelle que dans la mesure où ils la dominent... Pour Lévi-Strauss, l'unité de l'Humanité ne se conçoit qu'avec la multiplicité de ses cultures, condition sine qua non pour que toutes les cultures, et donc la pensée, restent vivantes. Et c'est à notre sens la base même d'un véritable humanisme : respecter, garder et sauvegarder la diversité des cultures, sans les araser ni les uniformiser dans un vaste mouvement de mondialisation des sociétés. C'est en tout cas ce que nous défendons à L'Ours Blanc.

Dans Race et Histoire (1952), au sujet de la diversité des cultures, il écrit : "Une première constatation s'impose : la diversité des cultures humaines est, en fait dans le présent, en fait et aussi en droit dans le passé, beaucoup plus grande et plus riche que tout ce que nous sommes destinés à en connaître jamais […] La notion de la diversité des cultures humaines ne doit pas être conçue d'une manière statique." […] "Beaucoup de coutumes sont nées, non de quelque nécessité interne ou accident favorable, mais de la seule volonté de ne pas demeurer en reste par rapport à un groupe voisin qui soumettait à un usage précis un domaine où l'on n'avait pas songé soi-même à édicter des règles." Dans toutes les sociétés, un sujet aura toujours tendance à pencher vers l'ethnocentrisme, c'est-à-dire qu'il tend à considérer sa culture comme la Culture. Cela consiste à "répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions". Ou encore : "En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus sauvages ou barbares de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques."

Si le fameux Tristes tropiques (1955) est sans aucun doute l'ouvrage qui a fait connaître Lévi-Strauss d'un très large public, ce n'est pas cependant un ouvrage majeur au sens proprement anthropologique, bien qu'il mette en avant un autre regard sur les sociétés, une approche différente qui, parce qu'elle sortait des sentiers battus, a enthousiasmé de nombreux intellectuels, de Raymond Aron à Maurice Blanchot, en passant par Georges Bataille et Michel Leiris. Tristes tropiques se situe entre deux ouvrages majeurs du structuralisme, les Structures élémentaires de la parenté (1949) et Anthropologie structurale (1958).

Pour tenter de résumer très succinctement ce qu'est le structuralisme, disons d'abord qu'il repose sur la théorie linguistique telle qu'elle fut initiée et établie par Ferdinand de Saussure, puis étayée et développée par d'autres, dont notamment Roman Jakobson, que Lévi-Strauss fréquentera lorsqu'il se réfugiera au Etats-Unis pour fuir les lois raciales de Vichy.
L'un des concepts clés de la linguistique est celui de la structure de la langue. Cela signifie – toujours de façon très résumée – qu'un élément donné n'a de valeur (de sens) que par rapport à l'ensemble des autres éléments. Un élément isolé ne signifie rien si on ne le rapporte pas à sa classe complémentaire. Pour reprendre l'exemple de Saussure, disons que le mot "arbre" n'a de sens que parce qu'il se rapporte non seulement à l'ensemble des autres arbres, mais aussi à tout ce qui n'est pas "arbre". En soi, que l'on désigne un arbre par "arbre", "baum" ou "tree", ou encore par "table", "chaise" ou "hibou" n'a que peu d'importance au regard de la structure. Ce qui compte, c'est que ce qui désigne l'arbre ne prend son sens que par rapport à la structure où il occupe sa place de signifiant, où il peut renvoyer au(x) signifié(s). C'est ce qu'après Saussure, notamment chez Lacan, on appellera "l'arbitraire du signifiant".

En appliquant cette approche structurale de la linguistique à l'anthropologie, Lévi-Strauss dégage dans les Structures élémentaires de la parenté le concept de structure élémentaire de parenté, en "mathématisant" son modèle théorique avec l'aide du mathématicien André Weil. Il renverse ainsi le point de vue traditionnel de l'anthropologie en mettant prenant en compte les membres secondaires de la famille – en les "valorisant" en quelque sorte, c’est-à-dire en leur attribuant une valeur structurelle – et en centrant son analyse sur les relations entre les unités plutôt que sur les unités elles-mêmes. Il mettra par exemple en évidence que la relation entre un oncle et son neveu (A) est à la relation entre un frère et sa sœur (B) ce que la relation entre un père et son fils (C) est à celle qui relie un mari à sa femme (D) : A est à B ce que C est à D. Partant, si l'on connaît trois des éléments on peut donc en induire le quatrième. Cette approche structurale permettra à Lévi-Strauss puis à d'autres d'extraire des masses de données empiriques des relations générales entre des unités, permettant d'isoler des lois générales à valeur prédictive – ce qui est l'objectif de toute étude à proprement parler anthropologique.

Les applications du structuralisme seront nombreuses, et pas seulement en anthropologie. Lévi-Strauss influencera notamment des chercheurs et des intellectuels comme Althusser, Baudrillard, Bourdieu, Clastres, Deleuze, Derrida, Foucault, Godelier, Lacan, Piaget, Sperber, Terray… etc.
En anthropologie, il mettra en évidence l'universalité de la structure oedipienne, en balayant par exemple les conclusions contraires de Margaret Mead ou Bronislaw Malinowski. Simplement, ces derniers confondaient "les termes et la relation entre les termes".

Un autre versant majeur de Lévi-Strauss est son travail sur les mythes. Il considère avant tout le mythe comme un acte de parole, donc porteur d'un langage. S'appuyant toujours sur la méthode structurale de la linguistique, il va rechercher les unités fondamentales du mythe et, à l'instar des phonèmes en linguistique, va définir les mythèmes. Pour lui, il n'y a pas de "version authentique" d'un mythe, mais toutes les versions sont l'expression d'un même langage, et chaque version traduit la relation entre une fonction et un sujet. Les relations similaires de différentes versions peuvent alors être regroupées en une relation unique, le mythème.

Résumer l'œuvre de Claude Lévi-Strauss en quelques lignes est une gageure quasi impossible. Chacun de ses ouvrages pourrait faire l'objet d'une thèse. Il s'agissait avant tout ici de donner un aperçu de l'apport et de l'influence considérables de ce penseur hors normes dans tous les domaines des sciences humaines. Il disparaît aujourd'hui dans une quasi-indifférence, au regard de son envergure réelle. Mais il est certain qu'il restera dans l'histoire comme l'un des artisans majeurs de la pensée. Nous ne pouvions que lui rendre hommage.

Bernard Giusti

Bibliographie sommaire :
– Gracchus Babeuf et le communisme, maison d'édition du Parti ouvrier belge L'églantine en 1926
– La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara, Paris, Société des américanistes, 1948
– Les Structures élémentaires de la parenté, PUF, Paris, 1949
– "Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss", dans Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1950
– Race et Histoire, Paris, UNESCO, 1952
– Tristes Tropiques, Plon, Paris, 1955
– Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958
– Le Totémisme aujourd'hui, Paris, PUF, 1962
– La Pensée sauvage, Paris, Plon, 1962
– Mythologiques, t. I : Le Cru et le Cuit, Paris, Plon, 1964
– Mythologiques, t. II : Du miel aux cendres, Paris, Plon, 1967
– Mythologiques, t. III : L'Origine des manières de table, Paris, Plon, 1968
– Mythologiques, t. IV : L'Homme nu, Paris, Plon, 1971
– Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1973
– La Voie des masques, 2 vol., Genève, Skira, 1975
– Myth and Meaning, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1978
– Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983
– Paroles données, Paris, Plon, 1984
– Histoire de Lynx, Paris, Pocket, 1991
– Regarder écouter lire, Paris, Plon, 1993
– Saudades do Brasil, Paris, Plon, 1994
– Le Père Noël supplicié, Pin-Balma, Sables, 1994

[article paru dans
la revue Chemins de Traverse n°35, décembre 2009 - cf http://assocloursblanc.over-blog.com]
Cet article a aussi été publié, dans une version légèrement différente, sur
e-torpedo
-
http://www.lafauteadiderot.net/spip.php?article329 
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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 12:41


Les îles de Lutèce texte de Bernard Giusti
vidéo chant et musique de Pierre Meige
choeurs de Ann Calvert
extrait du livre-CD et DVD de Pierre Meige
L'âme de Paris

Ecoutez et regardez aussi le vidéo-clip Les enfants de Paris

Annonce et contenu sur : http://assocloursblanc.over-blog.com
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