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La voix des poètes

Louis Aragon / Antonin Artaud / Pablo Neruda /


Louis Aragon / Sacre de l'avenir

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Antonin Artaud / Je ne délire pas
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Pablo Neruda / Alturas de Machu Picchu
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Quelques musiques et chansons

Ci-dessous, vous pouvez écouter quelques musiques et chansons. Il en manque beaucoup ! Notamment, celles de certains de mes amis, car je n'ai pas encore les outils nécessaires pour les mettre en ligne.

 

 

à suivre...
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 12:06

oriane.jpgDans un style léger, parfois presque aérien, Danièle Gasiglia-Laster nous livre ici un récit qui serpente entre le rêve et le conte poétique.


Sur le fond d’un mythe originel, celui du “paradis”, monde perdu dans lequel hommes et bêtes parlaient le même langage et vivaient sur un pied d’égalité, l’auteur, non sans humour, s’amuse à rassembler les grandes figures de l’Histoire, de l’Art et de la Littérature. A commencer bien sûr par ceux dont elle est spécialiste, Marcel Proust (Orianne est d’ailleurs un personnage de Proust), Victor Hugo, et Jacques Prévert, qui sans doute apparaît aussi dans la “malice poétique” de ces rencontres improbables.


Mozart, Sarah Bernhardt ou César, et bien d’autres, s’y côtoient et s’y succèdent, et l’on appréciera par exemple la rencontre d’un Hitler cherchant les bonnes grâces d’un Wagner fuyant et mécontent !
Danièle Gasiglia-Laster s’y inspire aussi de Lewis Caroll et de Jonathan Swift, utilisant tout comme dans Alice ou Gulliver, l’abolition des différences d’échelles entre les hommes, les animaux et les insectes, pour mieux faire ressortir toute la relativité des valeurs humaines, et souvent leur ineptie.


Mais loin de s’embourber dans un “récit fourre-tout”, Danièle Gasiglia-Laster intègre toutes ces influences dans un “voyage” très bien structuré et sur un mode alerte qui emmène le lecteur dans un monde où la morale s’affranchit des rapports de pouvoir et de possession, en particulier de possession de l’autre.
Et l’une des leçons que l’on retiendra, c’est que finalement, même au paradis, la perfection n’existe pas !

Bernard Giusti

 

Le Voyage d’Oriane de Danièle Gasiglia-Laster, Les Cahiers Luxembourgeois, 2000

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 20:16

Valère Rois1   Publié après Une Histoire Française, l’Adieu aux Rois n’en est pourtant pas, à proprement parler, « la suite » tant les deux romans sont différents, aussi bien dans la construction que dans l’objet. Si bien sûr l’Histoire les relie (Une Histoire Française se termine deux mois avant juillet 1789, l’Adieu aux Rois porte sur 1793 et début 1794), Valère Staraselski ne vise pas le même but.

Ainsi dans Une Histoire Française l’auteur dresse-t-il un saisissant portrait, très documenté, de la société de l’Ancien Régime à la veille de la Révolution, un portrait historique, sociologique, philosophique et politique. Les germes de la Révolution sont bien présents et en fermentation, mais le peuple reste dans sa grande majorité attaché à la royauté.

Dans l’Adieu aux Rois, la Révolution a eu lieu et elle s’installe avec tous les soubresauts que l’on sait. 1793 sera l’année où la Nation rompt définitivement avec la royauté. Louis XVI a été décapité le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette le sera le 16 octobre 1793. La Révolution avait supprimé les représentants de la royauté, il lui restait à opérer la rupture symbolique pour s’en affranchir définitivement.  La décision de détruire les tombeaux royaux et de regrouper les dépouilles des rois dans deux fosses communes sera exécutée en août et en octobre 1793. Des actes qui horrifieront et marqueront les esprits bien-pensants de l’époque, et d’aujourd’hui encore, mais qui furent nécessaires au regard de l’Histoire.


Tout le roman se déroule à travers les conversations de trois personnages, déjà présents dans Une Histoire Française, avec l’organiste de la basilique de St Denis, qui a assisté aux évènements. Avec son talent habituel, Valère Staraselski met en parallèle les prises de position de Maximilien Robespierre et les profanations de St Denis. Dans cette période tourmentée de la Révolution, Robespierre garde avec courage et lucidité un cap intangible : assurer et enraciner une fois pour toutes la République, laquelle est assiégée par ses ennemis, dont une grande partie de la noblesse réactionnaire qui s’est alliée avec les pays étrangers contre la Nation.


Certains verront sans doute dans l’Adieu aux Rois une « réhabilitation » de Robespierre, puisqu’il semble que pour un grand nombre de nos contemporains, aveuglés par la propagande de la bourgeoisie, le rôle de Robespierre dans la Révolution se réduit à être l’un des artisans de la Terreur. En réalité, Valère Staraselski a simplement rendu à la politique menée par Robespierre la dimension historique à laquelle elle a droit. En conséquence, le roman apparaît avant tout comme une défense de l’idée républicaine, de la République et de la Nation. Défense dont on a grand besoin à notre époque où la propagande de la bourgeoisie au pouvoir multiplie les assauts contre la Nation, allant jusqu’à des tentatives de réhabilitation de tous les ennemis de la République. Ce fut le cas récemment avec Sarkozy voulant réhabiliter Louis Renault, collaborateur des nazis. C’est le cas avec les films, les articles et les livres qui se multiplient ces derniers temps pour tenter de nous faire accroire que Marie-Antoinette, Louis XVI et toute la clique de l’Ancien Régime étaient après tout de braves gens. En réalité, ils étaient avant tout les représentants et les bénéficiaires d’un système détestable.

 

Bernard Giusti

 

Valère Staraselski, Une Histoire Française, cherche midi, août 2006

Valère Staraselski, L’Adieu aux Rois, cherche midi, août 2013

 

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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 20:08
ou

Religion de l’amour versus amour de la religion

 

Le style vif et impeccable de Claude Chanaud – dont nous avons eu à maintes reprises le plaisir d’apprécier le talent (Fatoumata la Berrichonne, Pas toutes urbaines, Gens de plume et vin chaud à la cannelle…) – se met ici au service d’une noble cause : expurger de toute pudibonderie nauséabonde et de toute morale frelatée l’une des activités les plus sacrées de l’être humain, celle qui consiste à prendre du plaisir à faire l’amour, ou comme le diraient les Brennous patentés, « à prendre son pied ». Peut-il d’ailleurs y avoir un « amour sacré » sans les émois fondateurs de « l’amour charnel » ? C’est une des question à laquelle le ci-devant Claude le Brennou vous donnera une réponse sans détour.

 

Ces quelques textes – chacun constituant une nouvelle à part entière – ordonnés en forme de chronique nous livrent les souvenirs réels ou supposés (mais qui s’en soucie ? D’ailleurs, l’auteur fait un éloge vibrant du mensonge…) d’une enfance et d’une adolescence passée dans la Brenne profonde, baignée d’une part de légendes et de pratiques païennes, et d’autre part de traditions religieuses passéistes. On s’en doute, la confrontation entre un hédonisme savamment entretenu par des générations besogneuses, certes, mais inventives, et des dogmes castrateurs ne tournera pas à l’avantage de ces derniers.

 

Avec sa verve et sa truculence, ses paillardises et ses finesses par en dessous, saint Claude Chanaud remet les pendules à l’heure de la Brenne et de la joie de vivre. Il nous dresse un portrait salvateur que des Villon, des Rabelais ou des Dubout ne renieraient pas, portrait d’une société de la France-d’en-bas-à-qui-on-ne-la-fait-pas, malgré des tentatives politiques et religieuses réitérées.

Aidé par son amour de la langue, Claude Chanaud fait feu de tout bois, y compris et surtout les bois de lit (notamment dans sa savoureuse nouvelle, Les Mordeuses de bois de lit), sans oublier l’usage de contrepèteries gaillardes (par exemple les cousins « avec leurs mines à lapin »).

 

Un grand nettoyage efficace et plein d’humour, un livre sain et plein d’esprit…

 

A lire !

 

Bernard Giusti

 

Claude Chanaud, Chroniques gaillardes de Bourg-en-Brenne, Le bruit des autres, 2009, 144 pages, 15 euros

publié dans le numéro 35 de la revue Chemins de Traverse, décembre 2009

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 19:59

Du temps que régnait le grand Pan

 

Tiré à 1700 exemplaires en 1958, ce petit ouvrage hors commerce publié par Gallimard nous offre 12 dessins de Pablo Picasso illustrés par des poèmes de Jean Tardieu.

 

Le thème choisi par Picasso est celui de la musique, de la danse et de la flûte, et les dessins trouvent leur équilibre entre le dépouillement et le foisonnement, nous renvoyant en ces temps mythiques de la Grèce ancienne où à certaines époques nous avons cru retrouver une harmonie perdue entre l’Homme policé et la nature sauvage, quand la vie et la mort participaient encore des jeux capricieux de dieux facétieux – “du temps que régnait le grand Pan” chantait Brassens.

Le “souffle de Pan” était le souffle vital qui traversait les êtres et les choses et les unissait dans une vaste harmonie que symbolisaient les sons issus de sa flûte. C’est ce que Picasso recrée à travers ses dessins, l’entrelac des lignes pures réunissant la danseuse, le musicien, le faune ou le taureau, etc., en une seule et même fête dédiée à la vie.

 

Les poèmes de Jean Tardieu, quoique toujours agré-ables à la lecture, restent malgré tout en deçà de la portée des dessins de Picasso, se limitant trop souvent à une description. Description poétique sans doute, mais description... Il est vrai que l’exercice était bien difficile...

 

Quoi qu’il en soit, si vous avez comme moi la chance de dénicher cet ouvrage chez un petit libraire, n’hésitez pas !

 

Bernard Giusti

 

Jean Tardieu, L’espace et la flûte, variations sur douze dessins de Picasso, Gallimard, 1958, hors commerce.

In Chemins de Traverse n°31, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2008

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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 19:57

Dites-le avec des femmes

 

Pierre Meige le dit et le chante avec talent, dans ce livre-CD illustré par de superbes photos noir et blanc. On y retrouve l’univers du chanteur-poète, sa sensibilité, sa générosité, son amour et son admiration pour celles qui ont embelli sa vie par un sourire, une chanson, un parfum ou le balancement nonchalant d’une robe légère dans le soleil d’été. C’est tout cela qu’évoquent les chansons de Pierre Meige, dans le texte ou entre les lignes, cela et bien d’autres choses encore : tendresse, tristesse ou nostalgie s’y côtoient et s’y répondent dans un bal où tournoient les femmes-magiques, les mères-courage et les femmes-fleurs. De la fillette à la grand-mère, la femme y est chantée, parée de tous ses amours.

Outre les chansons interprétées par l’auteur-compositeur lui-même, on retrouvera la belle voix d’Ann Calvert qui inaugure magnifiquement le livre-CD avec la très belle chanson “Dites-le avec des femmes” (Ephémères elles grandissent sur la terre / Petites ou longues tiges / Elles vous donnent le vertige / Les cueillir les accueillir les retenir / Fleurs d’amour et d’ivresse / Aux parfums de tendresse), mais aussi Margot, Diana Meurant, Jesse-Jam et Aloys.

Onze chansons, onze compositions florales et musicales pour l’infini féminin : un très bel hommage à la femme à écouter et à lire en rêvant.

 

Bernard Giusti

 

 

Pierre Meige, Dites-le avec des femmes, éd. du Bout de la Rue, Livre+CD, 54 pages, 20 euros.

In Chemins de Traverse n°31, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2007

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 19:55

Nais. Nais ! Tout ! Tout… (mémoires d'un gardien de musée)

 

Le dernier recueil de Jehan van Langhenhoven, illustré avec talent par Roxane Maurer, nous plonge dans ce que le langage a peut-être de plus fondamental, la vacuité de l'être, et cette tentative permanente, plus ou moins évidente selon les locuteurs (les logopodes, dirait Jehan), de communiquer l'incommunicable, l'irréductible. Et pour atteindre à ce qu'on pourrait désigner ici le noyau dur de l'essence, l'auteur réussit le tour de force d'utiliser en même temps le langage dans ce qu'il a à la fois de plus riche et de plus dépouillé.

 

Paradoxe et grand écart permanent, le discours se place sous le signe de dualités qui s'entrecroisent, se heurtent, se mêlent, s'abolissent. Ainsi sommes-nous tout à la fois nos propres musées et nos propres gardiens, visiteurs d'une exposition permanente pris au piège entre le corps et la mémoire, un piège où l'être se noie, s'engloutit, disparaît dans la fonction pour ne laisser, après quelques rondes, que quelques ronds à la surface d'un temps impassible.

 

A l'origine,

dès sa prise de quart

le gardien de musée se doit d'avoir

une amie.

Une seule et unique amie :

sa montre.

 

Impossible aussi la fuite dans l'imaginaire, fût-il poétique : rien n'élève que l'illusion, et en définitive la chute – qui n'a rien de biblique – est perpétuelle.

 

Il y a les poètes, peu.

Les femmes, les champions et les roses.

Puis les philosophes peut-être.

Et leur métaphysique.

Qui à les croire concernerait Dieu, l'Etre et le Temps.

Autant dire une onomatopée, une longue suite d'hypothèses

et un puits sans fond…

 

C'est qu'en fin de compte, "le gardien de musée garde le gardien de musée".

Et le paradoxe ira jusqu'au bout : si le désespoir prend les apparences de la lucidité, ce n'est jamais le désespoir du pathos, mais plutôt la noblesse du désespoir, de ce désespoir qui à l'instar de Chronos rend au centuple l'énergie qu'il dévore.

 

Bernard Giusti

 

Nais. Nais ! Tout ! Tout… (mémoires d'un gardien de musée) - de Jehan van Langhenhoven -Œuvres picturales de Roxane Maurer - Editions Rafaël de Surtis, 2007 - 76 p., 12 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, juin 2007

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 19:53

Pas toutes urbaines

 

Claude Chanaud est un vieil ami très attaché à ses origines bituriges. On ne peut évidemment s'empêcher de penser que les deux premières syllabes de cette appellation d'origine très contrôlée ne sont pas le fruit du hasard. Ni qu'elles ne soient pas pour quelque chose dans l'écriture de Pas toutes urbaines, un recueil de nouvelles placé sous le signe de Bacchus. D'ailleurs, d'entrée, l'auteur met cartes sur table : "Une balade à pied dans Paris et un vin de bonne provenance sont, pour moi, les éléments d'une fête dont je ne me lasse pas. Toux deux me sont nécessaires et, fort heureusement, complémentaires."

Lors de ses balades, "à pied et dans sa tête", Claude Chanaud pose sur la ville et sur la société un regard qui vacille, mais reste toujours lucide : parfois tendre et voilé comme certains petits vins de pays ; parfois acide, âpre et stimulant, comme la piquette partagée entre amis ou le gros rouge qui tache des parquets incertains ; ou encore ce regard de haut vol, perdu dans des infinis extatiques, de celui qui sait apprécier les grands crus. Et si la vision se trouble parfois, c'est toujours parce que la raison a laissé la place au cœur, et que chez Claude les deux sont “fort heureusement, complémentaires."

Mais quel que soit l’accompagnement liquide des pérégrinations de Claude Chanaud, c’est toujours avec le regard précis et curieux d’un Fabre découvrant les amours des scorpions que l’auteur dissèque ses semblables et n’hésite pas à en dénoncer les travers, sans a priori ni méchanceté : car Claude Chanaud a cette générosité qui n’appartient qu’aux amateurs de fromage et de bon vin, de ceux qui ne se font guère d’illusions et préfèrent goûter avant de parler. Un sens du partage mâtiné d’hédonisme.

Le style vous enchantera aussi, mais je laisse la parole à la quatrième de couverture, généralement destinée à faire de la réclame, mais qui en l’occurence n’en rajoute pas : “Le vocabulaire de Claude Chanaud ne recule pas plus devant l’expression rabelaisienne ou la métaphore hardie que devant le néologisme. Et le style qui lui est propre se confirme dans un cousinage avec de prestigieux prédécesseurs tels que Jacques Perret, Marcel Aymé ou Alexandre Vialatte.” Avis que je partage entièrement.

La couverture signée par Cabu traduit bien l’esprit de l’ouvrage, dans mequel se côtoient et se mêlent le romantisme et un réalisme sans concession, réunis par un humour dont on n’ignore pas qu’il est la politesse du désespoir.

 

Bernard Giusti

 

Claude Chanaud, Pas toutes urbaines, éd. Le Bruit des autres, 2006, 200 pp., 17 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, juin 2007

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1 janvier 2007 1 01 /01 /janvier /2007 17:26

L’Ancien Régime et la Révolution d’Alexis de Tocqueville, Chemins de Traverse n°5, septembre 1999

 

L’os à vœux, récits et paroles des Indiens Crees, Chemins de Traverse n°7, mars 2000

 

Des grenouilles et des hommes, essai de Jacques Testart, Chemins de Traverse n°9, septembre 2000

 

La mort d’Hercule, roman de Jean Maffioletti, Chemins de Traverse n°10, décembre 2000

 

La nuit dévoilée, recueil de poésie de Leïla Zhour, Chemins de Traverse n°10, décembre 2000

 

Les amantes ou le tombeau de C., roman de Jocelyne François, Chemins de Traverse n°12, juin 2001

 

L’avenir immédiat, recueil de poésie de Jean-Michel Platier, Chemins de Traverse n°12, juin 2001

 

Contes et légendes du pays lointain, recueil de Diomenia Carvajal, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001

 

Pictural suspects, roman policier de Roland Sadaune, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001

 

Oxymores et anacoluthes, recueil de poésie de Philippe A. Boiry, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001

 

Alicia Gallegos, éditrice à Buenos Aires, présentation, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001

 

Christine Kalanquin, sculpteur, présentation, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001

 

L’espérance récompensée, recueil poétique de Thierry renard, Chemins de Traverse n°16, juin 2002

 

Agulla, recueil de poésie de Francis Vladimir, Chemins de Traverse n°18, décembre 2002 / Vendémiaire n°7 décembre 2002

 

Traité d’esthétisme et de perversion, de Jehan van Langhenhoven, Chemins de Traverse n°18, décembre 2002 / Vendémiaire n°7 décembre 2002

 

Un siècle d’Humanité, recueil d’articles sous la direction de Roland Leroy et Valère Staraselski, Chemins de Traverse n°23, mars 2004

 

Chaman, présentation du recueil poétique de Bernard Giusti, Jean-Michel Platier et Thierry Renard,Vendémiaire n°13, juin 2004

 

Métamorphose, recueil de poésie de Marie-Agnès Roch, Vendémiaire n°13 et n°14, juin et août 2004 

 

Homo sapiens, Vendémiaire n°16, février 2005

 

Plaidoyer pour un idéal, critique du Stylo en bandoulière, essai poétique de Jean-Michel Platier sur Maïakowski, Chemins de Traverse n°27, juin 2005 / Vendémiaire n°17, juin 2005 / L’Humanité, 16 juin 2005

 

Aragon : les liaisons dangereuses ?, critique de Aragon, la liaison délibérée, de Valère Staraselski, Chemins de Traverse n°28, décembre 2005 / Vendémiaire n°19, novembre 2005 /

 

Sartre : grandeur et servitude d’un engagement, critique de Sartre s’est-t-il toujours trompé ? de Paul Desalmand, Chemins de Traverse n°28 / Vendémiaire n°19, octobre 2005

 

Gueule d'ange, critique du roman de Pierre Meige, Vendémiaire n°19, octobre 2005

 

Pierre Drachline ou de la difficulté d’être vivant, critique de Une si douce impatience, Chemins de Traverse n°29 / Vendémiaire n°20, juin 2006 / L’Humanité

 

La partition des jours, critique de Neptune Mambo de Thierry Renard, Vendémiaire n°21, juin 2006 / Chemins de Traverse n°29 décembre 2006

 

Que les Lumières soient !, critique de Une histoire française - Paris, janvier 1789, de Valère Staraselski, Vendémiaire n°22, septembre 2006 / L'Humanité, septembre 2006 / Chemins de Traverse n°29, décembre 2006

 

Mémoires d’un gardien de musée, critique de Nais. Nais ! Tout... Tout ! de Jehan Van Langhenhoven, Vendémiaire n°25, mai 2007 / Chemins de Traverse n°30, juin 2007

 

 

 

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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 19:51

Pierre Drachline ou de la difficulté d'être vivant

 

Le thème des "enterrés vifs" est un thème récurrent de la littérature. Toutefois, Pierre Drachline, dans son roman "Une si douce impatience", a réussi à renouveler le genre.

Le narrateur est-il un cadavre ou est-il enterré vivant ? Si incertitude il y a, nul doute qu'elle soit volontaire. Pour Drachline le mort et le vif sont intimement liés, et ce depuis la naissance, et le texte fourmille de phrases lapidaires qui vont en ce sens. Par exemple lorsque le narrateur prend conscience qu'il est dans un cercueil :

"Un médecin a dû constater ma mort clinique. [...] Cela me chagrine moins que d'avoir été déclaré vivant à la naissance."

Les vivants vivent comme s'ils étaient déjà morts. Toute la dialectique du texte est fondée sur ce glissement permanent entre la vie et la mort. C'est que le monde se réduit un espace étroit, semblable à un cercueil, dans lequel on s'enferme entre des parois de conventions, d'idéaux illusoires, de libertés conditionnelles, d'esclavages consentis comme ceux du travail ou de l'amour, de lendemains qui n'ont jamais chanté que pour les exploiteurs et les tyrans... Le seul amour que le narrateur consent à reconnaître c'est celui d'une femme qui lui a toujours demandé ce qu'il ne pouvait lui donner, ou ce qu'il s'est toujours appliqué à ne pas lui donner. C'est sans doute dans ce livre la forme la plus douce de la non-communication générale. Et finalement la seule communication vraie qu'il y aura entre cet homme et cette femme se fera non par l'intermédiaire du langage mais par le martèlement des poings de la femme sur le cercueil...

 

L'humour n'est jamais absent de ce tableau en forme de bilan. A priori, on pourrait penser qu'il s'agit de cynisme, c'est-à-dire de quelqu'un qui se moque de la jouissance des autres. Mais rien n'échappe à la plume de l'auteur, et surtout pas lui-même. L'humour de Drachline est sans doute l'illustration même de la fameuse formule "l'humour est la politesse des désespérés". Car à la lecture apparaît paradoxalement en filigrane le portrait d'un être condamné à la déception pour avoir une trop haute opinion de l'être humain... Et c'est peut-être là le véritable "cercueil" de Pierre Drachline : de n'avoir jamais accepté que la médiocrité soit partie intégrante de l'humanité. Il ne s'y résigne pas, mais il ne la combat pas ni ne la dénonce, il l'observe et s'en tient éloigné. Autant dire qu'il garde une distance prudente vis-à-vis de ses semblables, même si, rarement, il reconnaît en certains d'entre eux des frères de captivité : "Je ne me suis senti proche que d'individus. Singuliers. Inattendus. Souvent mes contraires. En aucun cas ils n'auraient pu former un groupe."

 

Pierre Drachline n'est pas de ceux qui s'engagent : "L'énergie des combats inutiles m'a manqué. Baisser les bras avant de les avoir levés est le seul exercice physique ou mental que j'aurai pratiqué. Avec une conviction jamais démentie." En réalité, ses engagements sont autres et se font sans tambour ni trompette, sans grandes déclarations et sans effet d'annonce. Ils se font au quotidien, par exemple dans un verre pris au comptoir et partagé en silence, ou dans la complicité inavouée avec ceux qui savent que l'ordre du monde n'est jamais qu'un désordre consensuel... Il se définit lui-même comme un "voyageur immobile", celui qui laisse le monde traverser sa conscience, et réciproquement. Car dans ce cercueil incontournable qu'est la condition humaine, la seule liberté est bien celle de l'imaginaire. Quand le monde se réduit un espace étroit, que reste-t-il ?

 

Ce roman pourrait être qualifié d'existentiel en ce qu'il touche aux interrogations les plus profondes de l'être humain (pour peu qu'on ait eu le courage de soulever un peu le couvercle du cercueil...). Mais même cette liberté-là, la liberté du prisonnier selon Sartre, finit par se heurter aux murs de la prison et, quand vient l'heure  du vrai cercueil, l'heure que l'on a passé sa vie à attendre avec une douce impatience, on n'aspire plus qu'à l'inconscience définitive...

 

"Une si douce impatience" a le grand mérite, que l'on partage ou non la vision du narrateur, de nous amener à nous interroger sur ce qui constitue le tissu de notre vie sociale et sentimentale, sur notre relation au monde et sur le sens de notre propre vie. Le roman est écrit en phrases courtes qui servent parfaitement le propos, et le style impeccable rappelle celui de certains écrivains comme Antoine Blondin, très présent dans le livre. À une époque où selon la formulation de Roland Barthes nous avons le plus souvent affaire à des écrivants plutôt qu'à des écrivains, on se réjouira de lire un auteur qui fait œuvre de littérature.

 

Bernard Giusti

 

Pierre Drachline, Une si douce impatience, Flammarion 2006, 200 pages, 17 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2006

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20 décembre 2006 3 20 /12 /décembre /2006 19:49

Que les Lumières soient

 

Janvier 1789 : à la suite d'un accident, un avocat parisien, Marc-Antoine Doudeauville, éprouve le besoin de narrer

ses souvenirs. Il fait appel à un jeune homme de lettres, Georges de Coursault, afin de lui dicter ses mémoires.  De cette narration, mais aussi de la relation entre les deux hommes, naîtront une vaste fresque historique, couvrant les années 1766 à 1789, et un roman passionnant.

Valère Staraselski nous brosse le tableau saisissant d'une société en pleine mutation, perdant peu à peu ses valeurs traditionnelles et partant à la dérive. On sera sans doute étonné par " l'étrange modernité " des sentiments qui agitent les personnages et par les similitudes entre cette époque et la nôtre. Mais ces ressemblances ne doivent rien à un artifice d'écrivain, et c'est là toute la force de l'auteur, qui a su éviter les pièges de "l'historiocentrisme" (comme il peut y avoir un ethnocentrisme). Les personnages principaux, tous attachants et émouvants - Doudeauville et Coursault, bien sûr, mais aussi Constance, Julie, Sébastien, Maisonseule… - pensent et raisonnent avec les valeurs et selon les critères de leur époque, mais sans "l'empoussiérage de l'esprit" si courant dans les romans historiques.

 

Roman historique, certes, et le lecteur se délectera des intrications entre la petite et la grande histoire. Mais roman philosophique, tant la dialectique qui s'instaure entre le lecteur et le texte est permanente. Une dialectique qui n'est pas sans rappeler celle qui peut naître par exemple à la lecture de Zadig ou de Jacques le fataliste. Le style très pur de Valère Staraselski permet la conjonction entre la rigueur de l'historien et celle du philosophe, et le résultat est ce roman que l'on peut lire à la fois comme un roman d'action, comme un roman historique ou comme un roman philosophique.

 

Au-delà des histoires d'amour qui constituent quelques-uns des fils du récit, Valère Staraselski ne s'est pas contenté de nous raconter une histoire, ni de nous raconter l'Histoire. Il ne s'est pas contenté non plus de nous entraîner dans les enjeux politiques qui sous-tendaient les enjeux philosophiques de cette époque. Non plus que de dénoncer une énième fois les souffrances du peuple de France. Il a su garder de bout en bout la distance nécessaire pour éviter les pièges de la moralisation de l'histoire, si courante et désastreuse à l'heure actuelle, et nous rendre toute la complexité de cette époque charnière dans l'histoire de France.

Si l'auteur s'implique çà et là dans le récit, ce n'est jamais pour nous donner des leçons, de morale ou d'histoire : à chacun de les prendre, s'il le peut ou le désire. Il ne le fait parfois que pour défendre des positions humanistes et générales, à travers Georges de Coursault surtout, par exemple lorsqu'il fait l'apologie du travail personnel et de la discipline qu'il faut s'imposer jour après jour pour se dépasser et s'émanciper tant que faire se peut des idéologies dominantes et de l'asservissement de l'esprit.

Comment ne pas relever la similitude entre cette période et la nôtre : l'affaiblissement du pouvoir central permet la montée en puissance de la bourgeoisie et de l'affairisme conduisant inéluctablement à faire passer les intérêts privés avant l'intérêt public, les luttes des factions non pas pour des projets visant au bien-être de tous mais pour assurer les profits de quelques-uns, et un peuple souffrant de chômage et de misère et ne servant jamais que de marchepied pour l'accession au pouvoir des hommes politiques… ajoutons-y les scandales financiers ou la dépravation morale des classes dirigeantes… ça ne vous rappelle rien ? 

 

Mais il y a une différence de taille avec notre époque : c'était le siècle des Lumières, et ceux qui faisaient référence, non seulement parmi les gens éduqués mais aussi parmi le peuple, s'appelaient Diderot, Voltaire, Rousseau… pour n'en citer que trois parmi les plus célèbres. Aussi nous prenons-nous à regretter que la France actuelle ne compte pas de philosophes ou de personnalités intellectuelles de cette envergure, d'esprits susceptibles d'initier, en même temps qu'un retour aux principes fondamentaux de la République, l'élan nécessaire au triomphe de la raison sur l'obscurantisme qui prévaut à nouveau aujourd'hui. Mais ce ne sont pas les ersatz de philosophes médiatisés que nous connaissons qui sauraient remplir cette fonction…

 

Avec un incontestable talent, Valère Staraselski nous offre un roman didactique et envoûtant, un éclairage sur le siècle des Lumières en même temps qu'une lumière sur notre époque, époque politiquement, philosophiquement et moralement plongée dans la pénombre. Sans doute tenons-nous là un ouvrage annonciateur du renouveau des Lumières. Aussi, l'irréductible athée que je suis se surprendra-t-il à dire : que les Lumières soient !

 

Bernard Giusti

 

 

Valère Staraselski, Une Histoire Française - Paris, janvier 1789, Le cherche midi éditeur, 2006, 395 pages, 19 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2006

 

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Published by Bernard Giusti - dans Critiques
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