Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux
Publié le 31 Octobre 1998 par Bernard Giusti dans Poésie, Peinture et dessins, Ma bibliothèque
Publié le 27 Octobre 1998 par Bernard Giusti dans Poésie, Ma bibliothèque
Publié le 21 Octobre 1998 par Bernard Giusti dans Poésie
Né on ne sait quand, disparu on ne sait où, François Villon fut ce mauvais garçon, éternel adolescent, tantôt amant courtois, tantôt proxénète. Ses lais comme ses ballades empruntent autant au registre lyrique des sentiments qu’à celui plus trivial du corps. Aussi à l’aise pour évoquer sans détours la sexualité telle qu’on la consomme dans un bordel que les subtilités de l’amour conjugal, ce "poète de la chair et des os" opère un jeu subtil entre des allusions qui suscitent les attentes grivoises du lecteur et les conclusions plus décentes auxquelles il choisit d’aboutir finalement. S’il se moque de l’amour courtois dont il est le contemporain, si sa vision de l'amour est plutôt critique et désabusée, Villon fait pourtant du cœur un organe fondamental dans lequel il voit non pas le lieu de l'amour, mais celui de la pensée et de la sagesse humaines, voire de la morale. Cette émission propose de découvrir la vie et l'œuvre pleine de paradoxes de ce poète médiéval fascinant, toute entière traversée par la question "Peut-on se connaître soi-même ?" [résumé France Culture]
Ballade des menus propos
Je connois bien mouches en lait,
Je connois à la robe l'homme,
Je connois le beau temps du laid,
Je connois au pommier la pomme,
Je connois l'arbre à voir la gomme,
Je connois quand tout est de mêmes,
Je connois qui besogne ou chomme,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.
Je connois pourpoint au collet,
Je connois le moine à la gonne,
Je connois le maître au valet,
Je connois au voile la nonne,
Je connois quand pipeur jargonne,
Je connois fous nourris de crèmes,
Je connois le vin à la tonne,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.
Je connois cheval et mulet,
Je connois leur charge et leur somme,
Je connois Biatris et Belet,
Je connois jet qui nombre et somme,
Je connois vision et somme,
Je connois la faute des Boemes,
Je connois le pouvoir de Rome,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.
Prince, je connois tout en somme,
Je connois coulourés et blêmes,
Je connois mort qui tout consomme,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.
Ballade du concours de Blois
Je meurs de seuf auprès de la fontaine,
Chaud comme feu, et tremble dent à dent ;
En mon pays suis en terre lointaine ;
Lez un brasier frissonne tout ardent ;
Nu comme un ver, vêtu en président,
Je ris en pleurs et attends sans espoir ;
Confort reprends en triste désespoir ;
Je m’éjouis et n’ai plaisir aucun ;
Puissant je suis sans force et sans pouvoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.
Rien ne m’est sûr que la chose incertaine ;
Obscur, fors ce qui est tout évident ;
Doute ne fais, fors en chose certaine ;
Science tiens à soudain accident ;
Je gagne tout et demeure perdant ;
Au point du jour dis : » Dieu vous doint bon soir ! »
Gisant envers, j’ai grand paour de choir ;
J’ai bien de quoi et si n’en ai pas un ;
Echoite attends et d’homme ne suis hoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.
De rien n’ai soin, si mets toute ma peine
D’acquérir biens et n’y suis prétendant ;
Qui mieux me dit, c’est cil qui plus m’ataine,
Et qui plus vrai, lors plus me va bourdant ;
Mon ami est, qui me fait entendant
D’un cygne blanc que c’est un corbeau noir ;
Et qui me nuit, crois qu’il m’aide à pourvoir ;
Bourde, verté, aujourd’hui m’est tout un ;
Je retiens tout, rien ne sait concevoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.
Prince clément, or vous plaise savoir
Que j’entends mout et n’ai sens ne savoir :
Partial suis, à toutes lois commun.
Que sais-je plus ? Quoi ? Les gages ravoir,
Bien recueilli, débouté de chacun