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  le blog de Bernard Giusti

Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux

articles

"Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon" de Valère Staraselski

Publié le 15 Août 2024 par Bernard Giusti dans Articles, Ma bibliothèque, Critiques, Articles politiques et syndicaux

"Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon" de Valère Staraselski

L’ouvrage de Valère Staraselski est une chronique constituée d’articles écrits par l’auteur au fil des années et publiés dans différents médias.

Journaliste, écrivain, intellectuel engagé, Valère Staraselski y aborde tous les grands sujets auxquels nous sommes confrontés dans nos sociétés depuis des décennies (tant il est vrai que la lutte des classes est sur tous les fronts) et y traite donc des champs du politique, du syndical,  du culturel, du sociétal ou de l’écologie. Loin des prises de position purement théoriques ou dictées par les émotions du moment, loin des poses de salon, Valère Staraselski s’appuie essentiellement sur le quotidien, la matière brute de la réalité pour construire pas à pas une réflexion analytique qui, sur le fond, répond à deux grandes lignes directrices : l’Histoire et la lutte des classes.

Avec  cette approche de la politique par Valère Staraselski nous voilà donc très loin de la détestable moralisation de la politique, qui s’est si bien développée aux USA sous l’impulsion des églises, avant de conquérir tout l’Occident sous couvert d’humanisme pour le plus grand profit du capitalisme. En effet, lorsqu’on réduit les problématiques politiques à des notions aussi fluctuantes que celles du Bien et du Mal, on ne fait que réduire les faits sociaux à des antagonismes manichéens, et surtout – c’est bien là le but de la manœuvre - on fait évidemment l’économie de l’analyse causale des évènements en évacuant allègrement du champ de la réflexion toute dialectique historique.

En prenant résolument le contre-pied de cette vision idéaliste – et, disons-le, parfois réactionnaire – si partagée aujourd’hui dans les milieux de la « gôche », Valère Staraselski offre à tout militant se réclamant du communisme et/ou du syndicalisme un précieux guide de réflexion et un repère essentiel pour guider l’action quotidienne.

 

Mais évidemment il ne saurait y avoir de réflexion ou d’action réellement fécondes sans situer les problématiques locales ou nationales dans un contexte général historique et mondial, et pour un communiste sans penser les transformations et les héritages du communisme. Aussi Valère Staraselski consacre-t-il tout un chapitre à une présentation de l’œuvre d’un penseur majeur du communisme actuel, Domenico Losurdo. Ce chapitre, tout théorique puisse-t-il paraître, est en fait indispensable en ce qu’il redonne à l’action militante son sens et sa place réels. En dehors de l’intérêt évident qu’on portera à la lecture de ce chapitre, il nous rappelle surtout que la théorie est en quelque sorte « l’ossature » de l’action, à condition que la théorie soit sans cesse confrontée, comme l’avait rappelé Lénine, à l’épreuve des faits. Car comme me le disait souvent un de mes professeurs, réfugié argentin sous Videla car juif et communiste : la théorie, c’est de la pratique.

 

Bernard Giusti

 

Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon, Valère Staraselski, L'Harmattan, 17 euros

 

Publié sur Liberté Actus https://liberte-actus.fr/idees/article/apres-la-lecture-du-dernier-livre-de-valere-staraselski#header

Publié sur Vendémiaire http://vendemiaire.over-blog.org/2024/08/loin-tres-loin-de-jean-luc-melenchon-de-valere-staraselski-par-bernard-giusti.html

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"Une histoire calabraise", roman de Jackie Macri

Publié le 21 Octobre 2021 par Bernard Giusti dans Romans et littérature générale, Articles, bernardgiusti

"Une histoire calabraise", roman de Jackie Macri

Entre le récit et l’épopée individuelle, ce roman s’inscrit indubitablement dans la lignée de la «tradition méditerranéenne», avec une coloration qui n’est pas sans rappeler Jean Giono ou Marcel Pagnol, ou bien encore Yachar Kemal.

Dans un style fluide et efficace, Jackie Macri nous brosse une société des années 60, calabraise, paysanne et pauvre, société dans laquelle une jeune fille, Luisa, va chercher à s’émanciper du poids des traditions entretenues par la pression sociale avec, en sourdine, des pratiques mafieuses qui maintiennent des rapports féodaux (représentés dans le roman par la figure du Baron). Société aussi où l’exacerbation des sentiments est la règle commune. N’oublions pas que nous sommes en Calabre, dans l’Italie profonde : le roman s’ouvre sur un remue-ménage collectif provoqué par une peccadille, une  faute supposée de Luisa qui provoque l’effervescence et la réprobation de tout le village, dans une scène digne de la Commedia dell’arte.

Dans un premier temps, Luisa va se réfugier hors du village pour échapper à la vindicte de ses parents et du voisinage. Ce refuge, elle le trouvera auprès de deux proscrits, une mère et son fils, Silvio, mis tout comme Luisa au ban de la petite société. C’est dans la forêt, une nature en opposition à la culture, mais aussi lieu de maquis et de résistance, que la jeune fille va commencer à se reconstruire et à s’émanciper, notamment grâce à son inclination pour Silvio (qui représente la nature libre, tant par le loup qui l’accompagne que par l’étymologie même de son prénom).

Mais ce roman met aussi en scène le déchirement de ceux, nombreux dans cette Italie, qui ont dû s’expatrier ou à tout le moins quitter leur région d’origine, tout à la fois par désir d’échapper au carcan de la tradition et par nécessité économique. Appel de la modernité et nostalgie du pays, désir de faire ses propres choix et nécessité de se plier à de nouvelles contraintes, c’est ce que Luisa éprouvera lorsqu’elle « s’expatriera » à Milan.

C’est avec brio et talent que Jackie Macri nous dépeint ce « parcours initiatique », dans un roman empreint de finesse et de sensibilité. A lire.

Bernard Giusti

Une histoire calabraise, Jackie Macri, 194 pages, Ed. du Jasmin, 2021

"Une histoire calabraise", roman de Jackie Macri
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Hommage à Paul Desalmand

Publié le 10 Mars 2021 par Bernard Giusti dans bernardgiusti, Ma bibliothèque, Articles

Hommage à Paul Desalmand
Hommage à Paul Desalmand
Hommage à Paul Desalmand
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Extrait de l'Edito des Chemins de Traverse n°6 - décembre 1999

Publié le 12 Avril 2020 par Bernard Giusti dans Articles

Je ne puis résister à vous faire partager un extrait de l'Edito des Chemins de Traverse n°6 - décembre 1999 - en raison de son actualité. Il a été écrit à l'occasion du changement de siècle.

Bonne lecture !

Extrait de l'Edito des Chemins de Traverse n°6 - décembre 1999
Extrait de l'Edito des Chemins de Traverse n°6 - décembre 1999
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Charles Baudelaire, entre le rêve et la réalité

Publié le 20 Novembre 2011 par Bernard Giusti dans Articles, bernardgiusti, Poésie

Charles Baudelaire, entre le rêve et la réalité

Dans Mon cœur mis à nu, Baudelaire écrivait : « Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l'horreur de la vie et l'extase de la vie. »

Deux sentiments extrêmes qui posent la problématique des limites dans laquelle s’est située toute l’œuvre du poète. Car Baudelaire est avant tout quelqu’un qui s’est « enfermé » dans la conception idéaliste religieuse d’une « nature humaine » qu’il ne peut dès lors considérer que comme irrécupérable. Baudelaire est enfermé dans cette nature qu’il juge portée au mal et à la bassesse.

Campant sur des positions qu’on qualifierait aujourd’hui de « réactionnaires » et « élitistes » (ce qui évidemment serait une erreur, puisque cela reviendrait à plaquer des valeurs ou une morale actuelles sur une époque passée), il ne croit en aucun progrès possible pour cette nature humaine (L'Albatros dénonce le plaisir que prend le « vulgaire » à faire le mal, Recueillement dénonce « la multitude vile »), le progrès étant seulement, à la rigueur, cantonné au progrès mécanique et matériel. En tant qu’homme, Baudelaire ne peut échapper à cette « nature humaine », mais en tant que poète et artiste il peut, par l’esprit, dépasser cette contingence humaine. Dans le Salon de 1846, il écrit : « La première affaire d'un artiste est de substituer l’homme à la nature et de protester contre elle. »

Ainsi, vivant dans « l’horreur de la vie » il cherche sans cesse « l’extase de la vie », en premier lieu à travers la poésie. Le poète est sans cesse pris dans un combat sans fin entre son imperfection d’être humain et son aspiration à un idéal spirituel qui, pour lui, peut seul permettre à l’animal humain de dépasser sa condition. Dans sa quête incessante de dépassement de soi et d’idéal, ses valeurs seront le Beau, l’imagination (« la reine des facultés »), le rêve…

Sans cesse à la recherche de ses limites pour pouvoir s’en affranchir, Baudelaire a pratiqué le « dérèglement des sens » (Rimbaud). Par les paradis artificiels qui lui ouvrent les portes du rêve et de l’imagination, le poète tente d’échapper à une réalité qui ne peut que « le tirer vers le bas », vers l’affirmation de cette nature insupportable propre à la « la multitude vile ». Par les drogues et le dérèglement des sens, le poète peut passer de son état d’oiseau maladroit et ridicule lorsqu’il se dandine sur la terre ferme (la réalité) à celui d’oiseau en vol, fier, libre et aux vastes horizons (L’Albatros).

De nombreux poètes, artistes et écrivains, s’engouffreront à la suite de Baudelaire dans ce recours aux paradis artificiels. Leur quête ne sera pas toujours spirituelle, mais tous auront à cœur, par ce moyen, de « se dépasser », c’est-à-dire de s’affranchir d’un carcan, qu’il soit culturel, social, moral ou psychique. On pourrait en citer de nombreux, par exemple Henri Michaux ou Jim Morrison... Mais bien sûr, il ne suffit pas d’avoir recours aux paradis artificiels pour être « baudelairien »…

Par sa problématique des limites, somme toute existentielle, Baudelaire fut sans aucun doute plus proche de la « multitude » qu’il ne le croyait… Surtout, il sut transcender cet écartèlement permanent qui le hantait pour en faire des poèmes qui resteront parmi les plus beaux de la langue française.

[...]

 

Bernard Giusti

 

article paru dans le numéro 39 de la revue Chemins de Traverse, éd. L'Ours Blanc

Chemins de Traverse n°39 - Gasma-Photomontages

Chemins de Traverse n°39 - Gasma-Photomontages

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Claude Lévi-Strauss, une pensée en liberté - Bernard Giusti

Publié le 22 Décembre 2009 par Bernard Giusti dans Articles, bernardgiusti, Anthropologie

Claude Lévi-Strauss, une pensée en liberté - Bernard Giusti

"Je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime."    Claude Lévi-Strauss.

"Claude Lévi-Strauss (1908 - 2009) vient de mourir à cent ans révolus. Cet […] anthropologue français a produit une œuvre qui fait de lui l'un des principaux penseurs de notre époque. Partant de l'étude des sociétés indiennes d'Amazonie et du continent américain, de leurs structures sociales et de leurs mythologies, il a mis en évidence l'extrême efficacité, l'extrême raffinement et en définitive l'extrême humanité de leur mode de pensée. De même, dans des textes peu conformes à l'air du temps, souligne-t-il la vacuité des discours et des illusions - quand ce n'est leur hypocrisie - sur les bienfaits de l'unification et du métissage des cultures du monde."   Jean Maffioletti

Claude Lévi-Strauss laisse en effet derrière lui une œuvre considérable, tant sur le plan de l'anthropologie que plus généralement sur celui de la pensée. On a l'habitude de citer Amadou Hampâté Bâ qui, se référant à la culture orale, déclarait  : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle." (UNESCO, 1960). On peut dire qu'avec Claude Lévi-Strauss, c'est une grande bibliothèque qui vient de disparaître, en même temps que le regard et l'analyse d'un grand penseur, le dernier intellectuel français a avoir eu une réputation et une influence internationale.

Les "intellectuels" médiatisés actuellement en vogue en France ne combleront certes pas le vide que laisse derrière lui Lévi-Strauss. Ni les BHL (qui a lui aussi une réputation internationale, mais c'est parce qu'il fait rire les intellectuels à l'étranger, qui ont sans doute plus d'humour que les Français...), ni les Finkelkraut (qui lui s'est spécialisé dans des discours péremptoires sur des sujets que de toute évidence il méconnaît...), ni les Onfray (certes plus sympathique que les précédents, mais dont les argumentaires philosophiques laissent à désirer, c'est le moins qu'on puisse dire...), etc., ne sauraient rivaliser avec la rigueur de la pensée de Lévi-Strauss, l'acuité de son intelligence ou l'étendue de sa culture.

Parce qu'il était un grand intellectuel, au sens vrai du terme, Lévi-Strauss était aussi un penseur hors normes, ce que les salons ne lui ont pas pardonné, même si par ailleurs il fut comblé d’honneurs officiels. Et l'on peut dire que toute son œuvre fut, au cours de son développement, constamment contestée par les uns ou les autres, de gauche comme de droite. On se souvient par exemple des attaques dont il fut l'objet de la part de gens se réclamant du marxisme et lui reprochant d'avoir fait, dans son approche structuraliste, abstraction de l'Histoire. Faux procès et critique hors sujet, dont Lévi-Strauss se défendra à plusieurs reprises. Ou bien encore sa prise de position contre le métissage des cultures et la mondialisation, qui conduisent inévitablement à une pensée et une culture uniques, c'est-à-dire à l'assujettissement total de la pensée. Cette fois, ce sont surtout les bobos bon teint qui s'en sont offusqués, ce qui se conçoit de leur part puisqu'ils en sont encore à confondre tolérance et laisser-faire – convaincus qu’ils sont que la tolérance est l’image en miroir de l’intolérance – et qu'ils n'acceptent la diversité culturelle que dans la mesure où ils la dominent... Pour Lévi-Strauss, l'unité de l'Humanité ne se conçoit qu'avec la multiplicité de ses cultures, condition sine qua non pour que toutes les cultures, et donc la pensée, restent vivantes. Et c'est à notre sens la base même d'un véritable humanisme : respecter, garder et sauvegarder la diversité des cultures, sans les araser ni les uniformiser dans un vaste mouvement de mondialisation des sociétés. C'est en tout cas ce que nous défendons à L'Ours Blanc.

Dans Race et Histoire (1952), au sujet de la diversité des cultures, il écrit : "Une première constatation s'impose : la diversité des cultures humaines est, en fait dans le présent, en fait et aussi en droit dans le passé, beaucoup plus grande et plus riche que tout ce que nous sommes destinés à en connaître jamais […] La notion de la diversité des cultures humaines ne doit pas être conçue d'une manière statique." […] "Beaucoup de coutumes sont nées, non de quelque nécessité interne ou accident favorable, mais de la seule volonté de ne pas demeurer en reste par rapport à un groupe voisin qui soumettait à un usage précis un domaine où l'on n'avait pas songé soi-même à édicter des règles." Dans toutes les sociétés, un sujet aura toujours tendance à pencher vers l'ethnocentrisme, c'est-à-dire qu'il tend à considérer sa culture comme la Culture. Cela consiste à "répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions". Ou encore : "En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus sauvages ou barbares de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques."

Si le fameux Tristes tropiques (1955) est sans aucun doute l'ouvrage qui a fait connaître Lévi-Strauss d'un très large public, ce n'est pas cependant un ouvrage majeur au sens proprement anthropologique, bien qu'il mette en avant un autre regard sur les sociétés, une approche différente qui, parce qu'elle sortait des sentiers battus, a enthousiasmé de nombreux intellectuels, de Raymond Aron à Maurice Blanchot, en passant par Georges Bataille et Michel Leiris. Tristes tropiques se situe entre deux ouvrages majeurs du structuralisme, les Structures élémentaires de la parenté (1949) et Anthropologie structurale (1958).

Pour tenter de résumer très succinctement ce qu'est le structuralisme, disons d'abord qu'il repose sur la théorie linguistique telle qu'elle fut initiée et établie par Ferdinand de Saussure, puis étayée et développée par d'autres, dont notamment Roman Jakobson, que Lévi-Strauss fréquentera lorsqu'il se réfugiera au Etats-Unis pour fuir les lois raciales de Vichy.
L'un des concepts clés de la linguistique est celui de la structure de la langue. Cela signifie – toujours de façon très résumée – qu'un élément donné n'a de valeur (de sens) que par rapport à l'ensemble des autres éléments. Un élément isolé ne signifie rien si on ne le rapporte pas à sa classe complémentaire. Pour reprendre l'exemple de Saussure, disons que le mot "arbre" n'a de sens que parce qu'il se rapporte non seulement à l'ensemble des autres arbres, mais aussi à tout ce qui n'est pas "arbre". En soi, que l'on désigne un arbre par "arbre", "baum" ou "tree", ou encore par "table", "chaise" ou "hibou" n'a que peu d'importance au regard de la structure. Ce qui compte, c'est que ce qui désigne l'arbre ne prend son sens que par rapport à la structure où il occupe sa place de signifiant, où il peut renvoyer au(x) signifié(s). C'est ce qu'après Saussure, notamment chez Lacan, on appellera "l'arbitraire du signifiant".

En appliquant cette approche structurale de la linguistique à l'anthropologie, Lévi-Strauss dégage dans les Structures élémentaires de la parenté le concept de structure élémentaire de parenté, en "mathématisant" son modèle théorique avec l'aide du mathématicien André Weil. Il renverse ainsi le point de vue traditionnel de l'anthropologie en mettant prenant en compte les membres secondaires de la famille – en les "valorisant" en quelque sorte, c’est-à-dire en leur attribuant une valeur structurelle – et en centrant son analyse sur les relations entre les unités plutôt que sur les unités elles-mêmes. Il mettra par exemple en évidence que la relation entre un oncle et son neveu (A) est à la relation entre un frère et sa sœur (B) ce que la relation entre un père et son fils (C) est à celle qui relie un mari à sa femme (D) : A est à B ce que C est à D. Partant, si l'on connaît trois des éléments on peut donc en induire le quatrième. Cette approche structurale permettra à Lévi-Strauss puis à d'autres d'extraire des masses de données empiriques des relations générales entre des unités, permettant d'isoler des lois générales à valeur prédictive – ce qui est l'objectif de toute étude à proprement parler anthropologique.

Les applications du structuralisme seront nombreuses, et pas seulement en anthropologie. Lévi-Strauss influencera notamment des chercheurs et des intellectuels comme Althusser, Baudrillard, Bourdieu, Clastres, Deleuze, Derrida, Foucault, Godelier, Lacan, Piaget, Sperber, Terray… etc.
En anthropologie, il mettra en évidence l'universalité de la structure oedipienne, en balayant par exemple les conclusions contraires de Margaret Mead ou Bronislaw Malinowski. Simplement, ces derniers confondaient "les termes et la relation entre les termes".

Un autre versant majeur de Lévi-Strauss est son travail sur les mythes. Il considère avant tout le mythe comme un acte de parole, donc porteur d'un langage. S'appuyant toujours sur la méthode structurale de la linguistique, il va rechercher les unités fondamentales du mythe et, à l'instar des phonèmes en linguistique, va définir les mythèmes. Pour lui, il n'y a pas de "version authentique" d'un mythe, mais toutes les versions sont l'expression d'un même langage, et chaque version traduit la relation entre une fonction et un sujet. Les relations similaires de différentes versions peuvent alors être regroupées en une relation unique, le mythème.

Résumer l'œuvre de Claude Lévi-Strauss en quelques lignes est une gageure quasi impossible. Chacun de ses ouvrages pourrait faire l'objet d'une thèse. Il s'agissait avant tout ici de donner un aperçu de l'apport et de l'influence considérables de ce penseur hors normes dans tous les domaines des sciences humaines. Il disparaît aujourd'hui dans une quasi-indifférence, au regard de son envergure réelle. Mais il est certain qu'il restera dans l'histoire comme l'un des artisans majeurs de la pensée. Nous ne pouvions que lui rendre hommage.

Bernard Giusti


Bibliographie sommaire :
– Gracchus Babeuf et le communisme, maison d'édition du Parti ouvrier belge L'églantine en 1926
– La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara, Paris, Société des américanistes, 1948
– Les Structures élémentaires de la parenté, PUF, Paris, 1949
– "Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss", dans Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1950
– Race et Histoire, Paris, UNESCO, 1952
– Tristes Tropiques, Plon, Paris, 1955
– Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958
– Le Totémisme aujourd'hui, Paris, PUF, 1962
– La Pensée sauvage, Paris, Plon, 1962
– Mythologiques, t. I : Le Cru et le Cuit, Paris, Plon, 1964
– Mythologiques, t. II : Du miel aux cendres, Paris, Plon, 1967
– Mythologiques, t. III : L'Origine des manières de table, Paris, Plon, 1968
– Mythologiques, t. IV : L'Homme nu, Paris, Plon, 1971
– Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1973
– La Voie des masques, 2 vol., Genève, Skira, 1975
– Myth and Meaning, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1978
– Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983
– Paroles données, Paris, Plon, 1984
– Histoire de Lynx, Paris, Pocket, 1991
– Regarder écouter lire, Paris, Plon, 1993
– Saudades do Brasil, Paris, Plon, 1994
– Le Père Noël supplicié, Pin-Balma, Sables, 1994

[article paru dans
la revue Chemins de Traverse n°35, décembre 2009 - cf http://assocloursblanc.over-blog.com]
Cet article a aussi été publié, dans une version légèrement différente, sur
e-torpedo
-
http://www.lafauteadiderot.net/spip.php?article329 

Claude Lévi-Strauss, une pensée en liberté - Bernard Giusti
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Appel pour l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul

Publié le 16 Janvier 2009 par Bernard Giusti dans Articles, bernardgiusti

Mercredi 14 janvier 2009

 

Vous avez été très nombreux à soutenir le Comité de Sauvegarde de Saint-Vincent-de-Paul. Ce Comité est resté inactif pendant une longue période. Pourtant, l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul existe toujours bel et bien.

L’actualité récente a mis de façon malheureuse cet établissement au devant de la scène médiatique. Elle a surtout mis en évidence ce que nous redoutions depuis longtemps, à savoir la mise en danger de la vie des patients par des réformes uniquement motivées par l’appât du gain, des réformes visant à faire de la Santé publique un vaste marché privé, et de la santé en général une marchandise comme une autre. Il est significatif à cet égard que d’ores et déjà on ne parle plus au sein de la Santé de « patients » mais de « clients »… Quoi qu’en dise notre ministre de la Santé, le drame qui a eu lieu à Saint-Vincent-de-paul est bel et bien dû à un manque de personnel devenu chronique, effet direct des réformes mises en place.

L’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, vous le savez, établissement non déficitaire et de renommée internationale, a purement et simplement été sacrifié sur l’autel du libéralisme sauvage. A l’heure actuelle, malgré les affirmations de Mme Bachelot et les assurances des dirigeants de l ‘Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, on continue à réduire le personnel et à supprimer la logistique de cet hôpital, en accentuant encore les risques « d’erreurs humaines » (sic) et la mise en danger de la vie des patients. Le personnel en arrive à se demander si les « décideurs » savent qu’il y a encore des patients dans l’hôpital…

Les personnels de la Santé dans son ensemble, celui de l’AP-HP en particulier, et au premier chef le personnel de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, ont été profondément affectés par le drame qui a conduit à la mort du petit Ilyes. D’autant plus que ce drame était prévisible et redouté depuis longtemps.

Après les déclarations officielles, l’ignominieuse mise en examen de l’infirmière impliquée, les intentions affichées par les véritables responsables du drame de poursuivre des « lampistes » (tour de passe-passe habituel) afin de se dédouaner eux-mêmes de toute responsabilité, et ne se résolvant pas à la disparition pure et simple d’un établissement dont l’utilité publique n’est plus à démontrer, le personnel de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul a décidé de se constituer en Comité de Lutte et de reprendre l’offensive.

Au-delà de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, il s’agit aussi de défendre l’hôpital public, et tous les services publics actuellement démantelés pour des raisons de profits privés.

 

Le Comité de Lutte de Saint-Vincent-de-Paul fait appel à toutes celles et tous ceux qui restent attachés aux valeurs fondamentales de la République et de l’humanisme, quels que soient leurs positions politiques ou leurs philosophies.

 

Nous vous demandons de nous rejoindre en vous inscrivant à la « Lettre d’information » de notre blog,
http://saintvincentdepaul.over-blog.com, par laquelle nous vous tiendrons informés de nos actions. Cette simple inscription constituera pour nous un précieux soutien, et nous vous en remercions par avance.

 

Pour le Comité de Lutte de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul

Bernard Giusti

Monique Gauthier-Blanchet
Viviane Bourquardez
Christine Detrez

14-01-2009

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Un nouvel article de Bernard Giusti

Publié le 12 Novembre 2008 par Bernard Giusti dans Articles, bernardgiusti


Un nouvel article de Bernard Giusti
Langage, matérialisme et religion
est disponible sur le site
La Faute à Diderot

Pour le découvrir, cliquez sur le lien
http://www.lafauteadiderot.net/spip.php?article32
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Quelques articles...

Publié le 1 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Articles

 
An 2000, les fictions de la science, article, Chemins de Traverse n°6, décembre 1999
A propos du roman policier chinois, article, Chemins de Traverse n°7, mars 2000
Nous sommes tous des amibes !, article, Chemins de Traverse n°9, septembre 2000
Napster : la relève est assurée, article, Chemins de Traverse n°11, mars 2001
Problèmes de temps, article, Chemins de Traverse n°12, juin 2001
Fallait-il aller voter le dimanche 5 mai ?, article, Vendémiaire n°3
Sharon, principal obstacle à la paix au Moyen Orient, Vendémiaire n°1, mars 2002
Pour en revenir à de véritables débats politiques en France, Vendémiaire n°2, avril 2002
Resistere, combatere !, Vendémiaire n°2, avril 2002
Faut-il aller voter le 5 mai ?, Vendémiaire n°3, mai 2002
Un soulagement au goût amer, Vendémiaire, « Au jour le jour », mai 2002
A propos des actes anti-sémites en France, Vendémiaire n°3, mai 2002
Sharon court toujours !, Vendémiaire n°3, mai 2002
Gauche caviar, le retour ?, éditorial, Vendémiaire n°12, avril 2004
Les relais se jouent des tours (course à pied), CCASInfos, n°247, juin 2004
Grâce à vous, Vendémiaire continue, éditorial, Vendémiaire n°13, juin 2004
Normandie : expos, festivités et accueil solidaire, article, CCASInfos n°248, juillet-août 2004
Les chaînes de l’amitié (cyclotourisme), CCASInfos n°250, octobre 2004
Un nouveau projet social, éditorial, Vendémiaire n°15, octobre 2004
De l'occultation de l'histoire au roman historique, Chemins de Traverse n°27, juin 2005 / Vendémiaire n°18, juillet 2005
St Vincent après la tempête, Vendémiaire n°18, juillet 2005
Défense du service public, éditorial, Vendémiaire n°19, novembre 2005
A propos de liberté d'expression, article, Vendémiaire n°23, février 2007
Sujet apparent et sujet réel : la disparition du sujet, Chemins de Traverse n°30, juin 2007
Le déni de démocratie, éditorial, Vendémiaire n°27, novembre 2007
PCF : le Congrès de la dernière chance ?, article, Vendémiaire n°27, novembre 2007
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De l'occultation de l'histoire au roman historique

Publié le 1 Juin 2005 par Bernard Giusti dans Articles, Articles politiques et syndicaux, Histoire, bernardgiusti

De l'occultation de l'histoire au roman historique

juin 2005

J'ai déjà dénoncé dans de précédents articles une volonté politique visant à occulter l'histoire. Bien que cette volonté émane directement du projet néolibéral, et tende donc à la mondialisation, ce phénomène est très sensible en France, et touche tous les domaines de la culture. En France, les « produits culturels » semblent sortir littéralement du néant tant leurs filiations historiques sont soigneusement passées sous silence. Certes, l'histoire a toujours été affaire d'interprétation, quelles que soient les époques et les pays. Mais dès le début du XIXe siècle, et surtout au XXe siècle, la tendance en la matière était plutôt, quoi qu'on en pense, à l'objectivation.

 

Or, depuis plusieurs décennies on a vu apparaître, essentiellement au départ dans les pays anglo-saxons, des tentatives de réécriture de l'histoire au mépris des faits historiques avérés. Bien sûr, ce type de « réécriture » n'est pas l'apanage des anglo-saxons, puisqu'on le retrouve notamment dans toutes les approches religieuses de l'histoire. Par ailleurs, la frontière entre interprétation et réécriture a toujours été bien mince, et ce dans tous les domaines de la connaissance, puisque après tout la perception du monde est toujours affaire d’interprétation. Mais il y a une grande différence entre interpréter et dire n’importe quoi. Comme l’écrivait Freud, rien ne nous empêche de dire que le centre de la terre est constitué de marmelade, puisque personne n’a les moyens d’aller y voir.

 

Lors des dernières décennies c'est à une systématisation de cette réécriture de l’histoire que l'on a assisté. Aujourd'hui, l'histoire semble se réduire aux célébrations officielles et à l'événementiel. L'histoire analytique, la mise en perspective intégrant toutes les données historiques, économiques et sociales, a généralement, surtout au niveau des médias et des ouvrages de vulgarisation, laissé la place à une histoire événementielle plus propice aux manipulations. Et en fin de compte, nombre d'études historiques ressemblent plutôt à des romans historiques tant les interprétations de l'histoire qui y sont présentées relèvent plus de l'imagination des auteurs que des faits historiques eux-mêmes (1).

 

Bien évidemment, de telles pratiques sont la porte ouverte à toutes les dérives, notamment aux dérives révisionnistes. Rien d'étonnant à cela si l'on considère que ce néolibéralisme que l'on veut nous imposer à l'échelle mondiale n'est somme toute que l'expression économique du fascisme, lequel repose sur des présupposés racistes (ou à tout le moins évolutionnistes). Rien d'étonnant non plus à ce que nous assistions à l'heure actuelle à une offensive généralisée contre toutes les valeurs humanistes. Le révisionnisme gangrène aujourd'hui toutes les sociétés.

 

Après avoir bénéficié du soutien direct ou indirect des médias (radios, télévisions, journaux, éditions...), des « affaires » de plus en plus fréquentes montrent qu'il gagne les institutions. Nous devons combattre cette tentative de révision généralisée de l'histoire qui vise à légitimer un système mondial, économique, politique et social, contraire à la dignité et fossoyeur de toutes les libertés. Négationnisme et révisionnisme sont à la pointe de cette vaste entreprise de tromperie et d'asservissement. Ne nous y trompons pas : vouloir par exemple faire passer l'horreur de la traite des esclaves pour une « banale » tradition historique régionale, c'est vouloir faire de nous tous des esclaves.

 

Bernard Giusti

 

(1) Cette confusion est si prégnante à l’heure actuelle dans nos sociétés que des ouvrages de fiction tel le fameux « Le Code da Vinci » est perçu par nombre de lecteurs comme un réel ouvrage historique…

 

Publié dans Chemins de Traverse n°27, juin 2005 / blog Vendémiaire, juillet 2005

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