Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux
Publié le 11 Mai 2007 par Bernard Giusti dans Essais, Histoire, bernardgiusti, Ma bibliothèque
Publié le 1 Mars 2007 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti
Une fugue à deux voix
par Christian Vallery
Lire est question d’œil et question d'oreille. La poésie s'entend au moins autant qu'elle se lit, à voix haute ou intérieure, en scandant la phrase du pied, comme j'aime à le faire, au rythme de la marche. On peut compter les pieds comme on compte les pas, lire avec sa bouche, avec ses mains, ses bras, compter tout cela en nouvelles ou anciennes mesures -coudes, pouces, mètres- peu importe. Alors j'ai ouvert Les îles de l'oubli et j'ai écouté, marché, réécouté, debout, assis, jusqu'à ce qu'un mot s'impose en moi : fugue.
Sens premier de ce mot : indiscipline, refus de l'ordre établi, chemins buissonniers, qui ne cherche pas à être conforme, qui refuse la ressemblance. Le premier allait de pair avec l'autre sens, musical, sur le principe d'un motif, d'une suite de notes, qui connaît divers développements s'additionnant et se mêlant les uns aux autres.
Fugue. Parfois la poésie est comme un pur hasard. Un hasard parfois si pur qu'il ne peut être tout à fait un hasard. Fugue. Une fugue à deux voix. Un chant, parfois austère; un sentier caillouteux; une gueule un peu de travers... Il faut dire ici que pour écrire les auteurs ont choisi un exil singulier, celui qui consiste à se rapprocher non pour annuler sa propre solitude mais au contraire pour l'additionner à celle de l'autre. Alors il y a quelque chose de tremblant dans cette écriture, quelque chose qui vacille dans et entre les phrases. Ça ne cherche pas la lumière à tout prix, ça trébuche, ça se cherche, avec délicatesse, comme éclairé par derrière; ça sentirait plutôt la pluie, ou la buée sur les carreaux; ça bruisse et ça murmure; ça ne crie pas, ne clame pas, n'affirme pas, "incertains que nous sommes hors des nuits silencieuses"...
Je ne sais pas ce qu'est la poésie, mais je sais que cette phrase-là est poésie, car elle ne se contente pas de me toucher, elle m'atteint. Des "îles de vent" - pourtant la chair les habite, une chair affamée, certes, démunie, solitaire, mais une chair ardente à défaut de certitudes - "pas même une transcendance, à peine une joie de vivre"- une chair qui cherche, au-delà de l'oubli, à prendre vie.
Les mots, on s'en rend si souvent compte, sont à la fois le miracle et le désastre, le cru et le cuit, l'apogée et la noire misère. Où voulez-vous qu'ils frayent, les mots, sinon du côté de l'amour et de la chair ? Car - et si je fais là preuve d'indélicatesse, qu'ils me le pardonnent - ces deux-là s'aiment, non ? Et derrière le poème, la phrase, la scansion, il y a le chant, chant tendre et aimant, pudique, troublant... On ne pourrait le dire mieux qu'eux : "un rien de tendresse assise au bord des choses".
Christian Vallery
Article publié dans : revue de L'Ours Blanc, Chemins de Traverse, n°29, décembre 2006 /// revue en ligne Vendémiaire n°23, janvier 2007
Les Îles de l'Oubli, B. Giusti & M.-A. Roch, Ed. Dossiers d'Aquitaine, 2006, 10 euros
Publié le 26 Février 2007 par Bernard Giusti dans Essais, bernardgiusti, sciences humaines
Depuis un certain temps, la règle du sujet apparent et du sujet réel est particulièrement malmenée, notamment par les journalistes de radio et de télévision. Réforme du français ou ignorance, c’est difficile à dire, tant règne la confusion chez un même locuteur. Ainsi, un même journaliste dira parfois “Une centaine de poireaux ont été récoltés”, et une autre fois “Une centaine de poireaux a été récoltée”. Certes, pour les non puristes1, et pour des poireaux, il peut sembler peu important que l’on dise indifféremment l’un ou l’autre…
Mais le français ne s’est pas constitué au fil des siècles au hasard des caprices de tout un chacun, ni de celui de volontés politiques démagogiques. On sait très bien, et particulièrement en linguistique et en psychanalyse, qu’aucune règle n’est le fruit du hasard, et que les mots ne sont pas purement et simplement interchangeables, sauf à sombrer dans la psychose. Le choix d’un mot plutôt que tel autre, ou la modification d’une règle ne sont jamais sans incidences ni conséquences sur le sens. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, si l’on remplace les poireaux par des êtres vivants, et en particulier des êtres humains, on constate un changement conceptuel des plus inquiétants.
Reprenons l’exemple de certains journalistes de télévision. Sur deux chaînes différentes, la même phrase fut prononcée, mais dans un cas en appliquant la règle du sujet réel, dans l’autre non. Deux phrases, donc : “Une centaine de personnes ont été tuées”, “Une centaine de personnes a été tuée”. Le glissement est évident : dans un cas on parle d’êtres humains, dans l’autre d’un chiffre comptable. Dans un cas le sujet est une réalité humaine concrète, dans l’autre une abstraction mathématique.
Il serait illusoire de croire que tout cela est bien innocent, et que de toute façon “on comprend quand même”. Cette modification de la règle, pour le moment non systématique, n’est pas le fruit du hasard, mais s’inscrit dans un mouvement idéologique général qui conduit à réifier le sujet. Il s’inscrit par exemple – pour rester dans le domaine télévisuel– dans l’envahissement des écrans par des séries télévisées montrant avec complaisance, et sans nécessité du scénario, des autopsies filmées sous tous les angles, séries où l’être humain est réduit à l’état d’objet2. Le message est clair : le sujet n’existe pas, seul existe l’individu, c’est-à-dire une unité indivise portant en soi toutes les composantes propres à l’être humain, porteur en somme de ce qui serait une “nature humaine”, et qui se réduit à une mécanique une fois “l’âme” évacuée3. C’est là une régression vers le concept d’individu tel qu’il était pensé au Moyen Age4.
Les « glissements de sens » observés ces dernières années dans le langage courant s’inscrivent dans un mouvement général qui vise à imposer une idéologie économiquement – donc culturellement – dominante.
Ainsi par exemple entend-on de plus en plus souvent employer le terme de “libéralisme” en lieu et place de “liberté”, qui sont pourtant deux concepts bien distincts. Ou bien encore, on peut se pencher sur l’emploi du terme “terroriste” ou de “résistant”, en cette époque troublée...
Mais l’entretien de la confusion dans les termes a évidemment pour fonction principale d’entraîner la disparition de certains concepts (“sujet” ou “liberté” par exemple) en les vidant de leur sens et de les remplacer par d’autres qui ont un sens tout différent (en l’occurence “individu” et “libéralsime”), c’est-à-dire de brouiller notre vison du monde en occultant certaines grilles de lecture.
Bernard Giusti
1 – Remarque de notre ursidée Béatrice Fracchiolla (MCF en sciences du langage, Université de Paris 8) : “En sciences du langage, la mode est au "non purisme" et à la pragmatique : on donne priorité à la diversité des expressions employées par les locuteurs sur la grammaire "formelle" (c'est l'héritage actuel de la linguistique de l'énonciation) ; du coup, on privilégie un peu plus, aussi, les "accords de sens" versus les accords grammaticaux ("on est allés"... qui aurait été traité il y a encore une vingtaine d'années comme totalement hérétique !)” Ce qui confirme mon hypothèse... Abolir des règles communes en faisant mine de privilégier la liberté du locuteur, mais en réalité pour mieux imposer d’autres règles. Le premier pas de cette démarche est évidemment d’amener les gens à admettre qu’en matière de langage, comme pour le reste, “tout est égal et tout se vaut”, ce qui, tant pour le langage qu pour le reste, est une absurdité.
2 – Sur le passage en Occident du sujet mourant à celui de la réification du mourant, l’ouvrage de Philippe Ariès, Histoire de la mort en Occident, du Moyen Age à nos jours, reste inégalé et incontournable.
3 – Sur l’opposition conceptuelle individu/sujet, je vous invite à lire mon article Langage, matérialisme et religion, à paraître dans une nouvelle revue, Le Tambour, Lyon.
4 – Voir notamment à ce sujet Etudes sur le temps humain, de Georges Poulet, Plon.
Publié le 6 Février 2007 par Bernard Giusti dans Chansons, Vidéos, Sur la route...
Leny Escudero, que j'ai eu la chance de connaître et que j'ai accompagné sur les chemins de l'écriture, peu de temps avant sa mort.
Leny Escudero - Vivre pour des Idées (2007)
https://www.youtube.com/watch?v=U_8hMxhcLcY
Publié le 11 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Publications à venir
Publié le 1 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Gracchus Babeuf, bernardgiusti
Publié le 1 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Critiques, bernardgiusti
L’Ancien Régime et la Révolution d’Alexis de Tocqueville, Chemins de Traverse n°5, septembre 1999
L’os à vœux, récits et paroles des Indiens Crees, Chemins de Traverse n°7, mars 2000
Des grenouilles et des hommes, essai de Jacques Testart, Chemins de Traverse n°9, septembre 2000
La mort d’Hercule, roman de Jean Maffioletti, Chemins de Traverse n°10, décembre 2000
La nuit dévoilée, recueil de poésie de Leïla Zhour, Chemins de Traverse n°10, décembre 2000
Les amantes ou le tombeau de C., roman de Jocelyne François, Chemins de Traverse n°12, juin 2001
L’avenir immédiat, recueil de poésie de Jean-Michel Platier, Chemins de Traverse n°12, juin 2001
Contes et légendes du pays lointain, recueil de Diomenia Carvajal, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001
Pictural suspects, roman policier de Roland Sadaune, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001
Oxymores et anacoluthes, recueil de poésie de Philippe A. Boiry, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001
Alicia Gallegos, éditrice à Buenos Aires, présentation, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001
Christine Kalanquin, sculpteur, présentation, Chemins de Traverse n°13, septembre 2001
L’espérance récompensée, recueil poétique de Thierry renard, Chemins de Traverse n°16, juin 2002
Agulla, recueil de poésie de Francis Vladimir, Chemins de Traverse n°18, décembre 2002 / Vendémiaire n°7 décembre 2002
Traité d’esthétisme et de perversion, de Jehan van Langhenhoven, Chemins de Traverse n°18, décembre 2002 / Vendémiaire n°7 décembre 2002
Un siècle d’Humanité, recueil d’articles sous la direction de Roland Leroy et Valère Staraselski, Chemins de Traverse n°23, mars 2004
Chaman, présentation du recueil poétique de Bernard Giusti, Jean-Michel Platier et Thierry Renard,Vendémiaire n°13, juin 2004
Métamorphose, recueil de poésie de Marie-Agnès Roch, Vendémiaire n°13 et n°14, juin et août 2004
Homo sapiens, Vendémiaire n°16, février 2005
Plaidoyer pour un idéal, critique du Stylo en bandoulière, essai poétique de Jean-Michel Platier sur Maïakowski, Chemins de Traverse n°27, juin 2005 / Vendémiaire n°17, juin 2005 / L’Humanité, 16 juin 2005
Aragon : les liaisons dangereuses ?, critique de Aragon, la liaison délibérée, de Valère Staraselski, Chemins de Traverse n°28, décembre 2005 / Vendémiaire n°19, novembre 2005 /
Sartre : grandeur et servitude d’un engagement, critique de Sartre s’est-t-il toujours trompé ? de Paul Desalmand, Chemins de Traverse n°28 / Vendémiaire n°19, octobre 2005
Gueule d'ange, critique du roman de Pierre Meige, Vendémiaire n°19, octobre 2005
Pierre Drachline ou de la difficulté d’être vivant, critique de Une si douce impatience, Chemins de Traverse n°29 / Vendémiaire n°20, juin 2006 / L’Humanité
La partition des jours, critique de Neptune Mambo de Thierry Renard, Vendémiaire n°21, juin 2006 / Chemins de Traverse n°29 décembre 2006
Que les Lumières soient !, critique de Une histoire française - Paris, janvier 1789, de Valère Staraselski, Vendémiaire n°22, septembre 2006 / L'Humanité, septembre 2006 / Chemins de Traverse n°29, décembre 2006
Mémoires d’un gardien de musée, critique de Nais. Nais ! Tout... Tout ! de Jehan Van Langhenhoven, Vendémiaire n°25, mai 2007 / Chemins de Traverse n°30, juin 2007
Publié le 1 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Entretiens, bernardgiusti
Valère Staraselski, écrivain, entretien, Vendémiaire n°15, octobre 2004
Entretien avec Christian Rome : L'Ecran déchiré, Vendémiaire n°16, février 2005
Entretien avec Christian Rome : L'impulsion et le geste, Vendémiaire n°23, février 2007
Publié le 1 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Articles
Publié le 1 Janvier 2007 par Bernard Giusti dans Préfaces et présentations
Présentation de La Dame Blanche, roman de Pierre Meige, éd. L’Ours Blanc, février 2003
Préface à Liberté, couleur de femme, récit de vie de Ginette Forgues, éd. L’Ours Blanc, septembre 2003
Préface à Métamorphose, recueil de poésie de Marie-Agnès Roch, éd. L’Ours Blanc, septembre 2003
Présentation de Chaman, recueil poétique de Bernard Giusti, Jean-Michel Platier et Thierry Renard, éd. Bérénice, mai 2004
Présentation de De guerre lasse, roman de Francis Vladimir, éd. L’Officine, 2004
Préface aux Contes invivables, recueil-CD de nouvelles de Cédric Bru, septembre 2004
Préface aux Poètes du Rock, de Pierre Meige, éd. L’Ours Blanc, 2005
Préface à L’exil tenace, recueil de poésie de Bruno Talavera, éd. L'Ours Blanc, mai 2006
Préface à La Revanche de Michel-Ange, recueil de nouvelles de Valère Staraselski, éd. La Passe du Vent, septembre 2019
(liste non exhaustive à compléter)