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  le blog de Bernard Giusti

Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux

"Sur les murs" - Bernard Giusti

Publié le 8 Mai 2025 par Bernard Giusti dans bernardgiusti, Poésie, Photos, Peinture et dessins

"Sur les murs" - Bernard Giusti

SUR LES MURS

recueil dédié à ma compagne Pascale Cherrier
 

publié par les Éditions de L'Homme Bleu

entièrement couleur

52 pages, 15 euros (10 euros + FP),

format A4 à l'italienne

couverture de Roxane Maurer

avec en intérieur les œuvres de 15 artistes

"Sur les murs" - Bernard Giusti

ARTICLES :

"D'une justesse absolue" par Valère Staraselski

"Un texte rare et beau" par Francis Vladimir

"Une incandescente beauté" par Danièle Gasiglia-Laster

"Par-delà la souffrance et le silence" par Alain Toulmond

"Douceur, mélancolie et révolte" par Brigitte Guilhot

"Une présence lumineuse" par Marguerite Jargeaix

"Un immense chant d'amour" par Sarah Mostrel

"J'ai lu SUR LES MURS" par Janine Delorme

"Comme on écrit contre les murs" par Michel Diaz

 

COMMENTAIRES :

Un formidable et excellent huis-clos. « Sur le fond : tes poèmes comme d'habitude très beaux... le texte laisse le sentiment de désespoir, de solitude et de révolte... rien ni personne n'y pourra rien... tu préviens au début que c'est écrit dans ce huis-clos de solitude et d'absence... c'est vrai le texte est par-lui même un huis-clos... la lectrice que je suis reste à distance de ce qui s'est passé, elle est derrière la porte, elle peut s'identifier aux soignants ou aux croque-morts, à ceux qui ont poussé la porte mais sont restés malgré tout derrière au dehors... au dehors du huis-clos...  les mots passent entre les barreaux certes mais l'essentiel reste derrière... l'intimité... ce qui explique qu'ils s'envolent avec le vent, effleurent la lectrice au passage, la touchent mais elle n'ose pas les retenir, ils appartiennent au dedans...  elle les laissera s'envoler... c'est donc un formidable et excellent huis-clos. Sur les murs ? ou derrière les murs ... »   Marie-Agnès Roch

« Que ton hommage à ta Pascale est MAGNIFIQUE. Vous vous étiez trouvés c'est beau. »   Sophie Lepetit

"Un grand merci, j'ai bien reçu l’hommage à ta compagne, c'est un superbe travail ! Elle doit être fière !" François Lebert

« Un livre d’artiste pour celle que l’on n’oublie pas. La belle poésie réussit à chanter sous la douleur. Bernard Giusti lutte dans le vide et le silence de son grand amour. » Camille Aubaude

« Un récit très dépouillé et puissant. A partir d’un drame personnel, Bernard Giusti résume le problème universel de la perte d’un être cher. » Jean-Marie Monod

"Tout être aimerait recevoir un message plein d'amour comme celui que tu lui a écrit, merci pour elle, merci pour nous." Catherine Soulas

"Merci encore pour ce beau recueil et les textes qui sont magnifiques. Tes textes sont très émouvants, c'est un bel hommage à Pascale, je comprends aussi que ce n'est pas facile de reprendre une vie sans la personne aimée, il faut du temps et beaucoup de courage. Le texte que tu as écris est un cri d'amour et aussi un appel aux jours nouveau. Comme tu le dis résistons, résistons aux moments les plus durs, résistons  !" Stéphanie Sillard

"Reçu, ce jour, ton très beau et émouvant livre en hommage à ta compagne disparue. Merci de m'avoir demandé d'y participer. " Monique Marta

"Merci Bernard Giusti pour tes mots si beaux (j'ai mis plusieurs jours à lire ton livre tant l'émotion est forte en le lisant). Merci aussi de m'avoir invitée à y faire figurer une de mes broderies." Isabelle Pulby

"Un très beau livre que j'ai lu avec émotion." Piet Lincken

"J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir et d’émotion. Il est vrai que mon petit tableau a perdu de ses couleurs, mais quelle importance à côté de tes mots sublimes pour Pascale. Je ressens ta tristesse et ton désarroi. Je suis très fière de faire partie de ce recueil. Merci de me l’avoir demandé" Ann Calvert

"J'ai commencé à lire et j'ai pleuré; [...] Quelle belle prose et poésie mêlées [...]"  Sylvie Delabesse

"Sur les murs" - Bernard Giusti
"Sur les murs" - Bernard Giusti

Commandes :

 

Envoyez un chèque à l'association L’Ours Blanc (28 rue du Moulin de la Pointe, 75013 Paris)

 

Chèques libellés à l'ordre de "L'Ours Blanc"

"Sur les murs" - Bernard Giusti
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Bienvenue sur mon blog !

Publié le 5 Février 2023 par Bernard Giusti dans bernardgiusti

 

Bien que ce blog ait été créé il y a déjà plusieurs années, je n'ai jamais eu beaucoup de temps pour le garder à jour.

Je m'y suis attelé, et je l'étoffe petit à petit, à la fois avec des publications anciennes et avec de nouvelles publications dues notamment à des rencontres heureuses au fil des jours.

Le Blog va donc se développer peu à peu.

Merci de votre visite, et surtout, n'hésitez pas : abonnez-vous !

Bernard Giusti

 

Présentation :

http://bernardgiusti.over-blog.com/preview/3fb19c5491417151a2d8b93752d889ea5b226d3f

 

Sur Facebook retrouvez aussi la page "Les vidéos de Bernard Giusti"

https://www.facebook.com/Vid%C3%A9os-de-Bernard-Giusti-118187026724780/?ref=page_internal

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"L’Adieu aux Rois" de Valère Staraselski

Publié le 5 Mai 2026 par Bernard Giusti dans Critiques, Ma bibliothèque, Romans et littérature générale, bernardgiusti

"L’Adieu aux Rois" de Valère Staraselski

(vient d'âtre réédité)

 

Publié après Une Histoire Française, l’Adieu aux Rois n’en est pourtant pas, à proprement parler, « la suite » tant les deux romans sont différents, aussi bien dans la construction que dans l’objet. Si bien sûr l’Histoire les relie (Une Histoire Française se termine deux mois avant juillet 1789, l’Adieu aux Rois porte sur 1793 et début 1794), Valère Staraselski ne vise pas le même but.

 

Ainsi dans Une Histoire Française l’auteur dresse-t-il un saisissant portrait, très documenté, de la société de l’Ancien Régime à la veille de la Révolution, un portrait historique, sociologique, philosophique et politique. Les germes de la Révolution sont bien présents et en fermentation, mais le peuple reste dans sa grande majorité attaché à la royauté.

 

Dans l’Adieu aux Rois, la Révolution a eu lieu et elle s’installe avec tous les soubresauts que l’on sait. 1793 sera l’année où la Nation rompt définitivement avec la royauté. Louis XVI a été décapité le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette le sera le 16 octobre 1793. La Révolution avait supprimé les représentants de la royauté, il lui restait à opérer la rupture symbolique pour s’en affranchir définitivement.  La décision de détruire les tombeaux royaux et de regrouper les dépouilles des rois dans deux fosses communes sera exécutée en août et en octobre 1793. Des actes qui horrifieront et marqueront les esprits bien-pensants de l’époque, et d’aujourd’hui encore, mais qui furent nécessaires au regard de l’Histoire.

 

 

Tout le roman se déroule à travers les conversations de trois personnages, déjà présents dans Une Histoire Française, avec l’organiste de la basilique de St Denis, qui a assisté aux évènements. Avec son talent habituel, Valère Staraselski met en parallèle les prises de position de Maximilien Robespierre et les profanations de St Denis. Dans cette période tourmentée de la Révolution, Robespierre garde avec courage et lucidité un cap intangible : assurer et enraciner une fois pour toutes la République, laquelle est assiégée par ses ennemis, dont une grande partie de la noblesse réactionnaire qui s’est alliée avec les pays étrangers contre la Nation.

 

 

Certains verront sans doute dans l’Adieu aux Rois une « réhabilitation » de Robespierre, puisqu’il semble que pour un grand nombre de nos contemporains, aveuglés par la propagande de la bourgeoisie, le rôle de Robespierre dans la Révolution se réduit à être l’un des artisans de la Terreur. En réalité, Valère Staraselski a simplement rendu à la politique menée par Robespierre la dimension historique à laquelle elle a droit. En conséquence, le roman apparaît avant tout comme une défense de l’idée républicaine, de la République et de la Nation. Défense dont on a grand besoin à notre époque où la propagande de la bourgeoisie au pouvoir multiplie les assauts contre la Nation, allant jusqu’à des tentatives de réhabilitation de tous les ennemis de la République. Ce fut le cas récemment avec Sarkozy voulant réhabiliter Louis Renault, collaborateur des nazis. C’est le cas avec les films, les articles et les livres qui se multiplient ces derniers temps pour tenter de nous faire accroire que Marie-Antoinette, Louis XVI et toute la clique de l’Ancien Régime étaient après tout de braves gens. En réalité, ils étaient avant tout les représentants et les bénéficiaires d’un système détestable.

 

 

Bernard Giusti

 

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Une histoire française - Valère Staraselski

Publié le 5 Mai 2026 par Bernard Giusti dans Critiques, Romans et littérature générale, Ma bibliothèque, bernardgiusti

Une histoire française  - Valère Staraselski

L'excellent roman historique de Valère Staraselski a été réédité ainsi que sa suite historique "L'adieu aux Rois !

Que les Lumières soient

Janvier 1789 : à la suite d'un accident, un avocat parisien, Marc-Antoine Doudeauville, éprouve le besoin de narrer ses souvenirs. Il fait appel à un jeune homme de lettres, Georges de Coursault, afin de lui dicter ses mémoires.  De cette narration, mais aussi de la relation entre les deux hommes, naîtront une vaste fresque historique, couvrant les années 1766 à 1789, et un roman passionnant.

Valère Staraselski nous brosse le tableau saisissant d'une société en pleine mutation, perdant peu à peu ses valeurs traditionnelles et partant à la dérive. On sera sans doute étonné par " l'étrange modernité " des sentiments qui agitent les personnages et par les similitudes entre cette époque et la nôtre. Mais ces ressemblances ne doivent rien à un artifice d'écrivain, et c'est là toute la force de l'auteur, qui a su éviter les pièges de "l'historiocentrisme" (comme il peut y avoir un ethnocentrisme). Les personnages principaux, tous attachants et émouvants - Doudeauville et Coursault, bien sûr, mais aussi Constance, Julie, Sébastien, Maisonseule… - pensent et raisonnent avec les valeurs et selon les critères de leur époque, mais sans "l'empoussiérage de l'esprit" si courant dans les romans historiques.

Roman historique, certes, et le lecteur se délectera des intrications entre la petite et la grande histoire. Mais roman philosophique, tant la dialectique qui s'instaure entre le lecteur et le texte est permanente. Une dialectique qui n'est pas sans rappeler celle qui peut naître par exemple à la lecture de Zadig ou de Jacques le fataliste. Le style très pur de Valère Staraselski permet la conjonction entre la rigueur de l'historien et celle du philosophe, et le résultat est ce roman que l'on peut lire à la fois comme un roman d'action, comme un roman historique ou comme un roman philosophique.

Au-delà des histoires d'amour qui constituent quelques-uns des fils du récit, Valère Staraselski ne s'est pas contenté de nous raconter une histoire, ni de nous raconter l'Histoire. Il ne s'est pas contenté non plus de nous entraîner dans les enjeux politiques qui sous-tendaient les enjeux philosophiques de cette époque. Non plus que de dénoncer une énième fois les souffrances du peuple de France. Il a su garder de bout en bout la distance nécessaire pour éviter les pièges de la moralisation de l'histoire, si courante et désastreuse à l'heure actuelle, et nous rendre toute la complexité de cette époque charnière dans l'histoire de France.

Si l'auteur s'implique çà et là dans le récit, ce n'est jamais pour nous donner des leçons, de morale ou d'histoire : à chacun de les prendre, s'il le peut ou le désire. Il ne le fait parfois que pour défendre des positions humanistes et générales, à travers Georges de Coursault surtout, par exemple lorsqu'il fait l'apologie du travail personnel et de la discipline qu'il faut s'imposer jour après jour pour se dépasser et s'émanciper tant que faire se peut des idéologies dominantes et de l'asservissement de l'esprit.

Comment ne pas relever la similitude entre cette période et la nôtre : l'affaiblissement du pouvoir central permet la montée en puissance de la bourgeoisie et de l'affairisme conduisant inéluctablement à faire passer les intérêts privés avant l'intérêt public, les luttes des factions non pas pour des projets visant au bien-être de tous mais pour assurer les profits de quelques-uns, et un peuple souffrant de chômage et de misère et ne servant jamais que de marchepied pour l'accession au pouvoir des hommes politiques… ajoutons-y les scandales financiers ou la dépravation morale des classes dirigeantes… ça ne vous rappelle rien ?

Mais il y a une différence de taille avec notre époque : c'était le siècle des Lumières, et ceux qui faisaient référence, non seulement parmi les gens éduqués mais aussi parmi le peuple, s'appelaient Diderot, Voltaire, Rousseau… pour n'en citer que trois parmi les plus célèbres. Aussi nous prenons-nous à regretter que la France actuelle ne compte pas de philosophes ou de personnalités intellectuelles de cette envergure, d'esprits susceptibles d'initier, en même temps qu'un retour aux principes fondamentaux de la République, l'élan nécessaire au triomphe de la raison sur l'obscurantisme qui prévaut à nouveau aujourd'hui. Mais ce ne sont pas les ersatz de philosophes médiatisés que nous connaissons qui sauraient remplir cette fonction…

Avec un incontestable talent, Valère Staraselski nous offre un roman didactique et envoûtant, un éclairage sur le siècle des Lumières en même temps qu'une lumière sur notre époque, époque politiquement, philosophiquement et moralement plongée dans la pénombre. Sans doute tenons-nous là un ouvrage annonciateur du renouveau des Lumières. Aussi, l'irréductible athée que je suis se surprendra-t-il à dire : que les Lumières soient !

Bernard Giusti

 

Valère Staraselski, Une Histoire Française - Paris, janvier 1789, Le cherche midi éditeur, 2006, 395 pages, 19 euros

In Chemins de Traverse n°30, revue de L’Ours Blanc et de L’Homme Bleu, décembre 2006

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Avec Pierre Meige au Liberté

Publié le 4 Mai 2026 par Bernard Giusti dans Sur la route...

Avec Pierre Meige au Liberté
Avec Pierre Meige au Liberté

 

Rencontre avec mon ami Pierre Meige (chanteur, compositeur, interprète, écrivain et poète) au Café Le Liberté le 4 mai 2026

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"Les contes fantastiques de l'oncle Pierre", de Pierre Miege

Publié le 11 Mars 2026 par Bernard Giusti dans Nouvelles, Critiques, Ma bibliothèque

"Les contes fantastiques de l'oncle Pierre", de Pierre Miege

Qu’on ne s’y trompe pas : si ce nouveau recueil de Pierre Meige est bien situé dans le champ littéraire du fantastique, confirmant ainsi l’écrivain comme un des spécialistes du genre, son objet s’inscrit en plein dans notre réalité humaine et sociale.

En effet Pierre Meige traite ici de grands sujets de société et ses nouvelles s’articulent autour d’oppositions qui nous sont très familières : modernité et traditions, normes sociales et déviances, aveuglement religieux et tolérance…

L’imaginaire de l’auteur,  peuplé d’elfes, de vampires, de fantômes, de fées, de zombies et autres démons, est ancré dans les dimensions les plus sombres de notre humanité et ses nouvelles portent sur des sujets tels que la pédophilie, l’injustice, ou encore sur les mécanismes impitoyables qui sans cesse tentent de broyer l’amour entre les êtres. Pierre Meige nous plonge ainsi dans les univers successifs de personnages très différents, souvent victimes, parfois bourreaux.

Si certaines nouvelles ne sont pas à proprement parler fantastiques (« Le diable s’habille en queer » par exemple), toutes néanmoins poursuivent le même but : dénoncer la violence et les cruautés de notre société toujours prompte à briser les rêveurs et les plus faibles.

Dès lors, l’intervention des entités surnaturelles apparait comme l’expression d’une justice immanente destinée à réparer les injustices et à rétablir un équilibre moral, de sorte que souvent fantômes et démons se transforment en justiciers.

Aussi les nouvelles de ce recueil, écrites dans un style alerte et sur fond d’humour décalé, ont-elles un côté jubilatoire :  « S’il fouette mes chats, y’a un fantôme qui viendra le persécuter » écrivait Georges Brassens…

Un recueil fraternel et généreux qui s’adresse directement à notre humanité.

 

Bernard Gusti

 

Les contes fantastiques de l'oncle Pierre, Pierre Meige, éd. Melmac, 2025, 172 pp., 15 euros

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Haïkus en vpyage

Publié le 28 Janvier 2026 par Bernard Giusti dans Poésie, Ma bibliothèque

Haïkus en vpyage

J’avoue que je me tenais assez éloigné des haïkus, découragé par une mode qui a sévi en France : tous les aspirants poètes s’étaient mis à écrire des haïkus, et dans la grande majorité le résultat n’était guère probant, voire souvent navrant…

J’ai découvert dans cet ouvrage les grands maîtres de la poésie classique japonaise, les haïkus étant illustrés par de magnifiques estampes. Une poésie exprimée en quelques mots simples respirant beauté et sérénité.

Ce recueil est centré sur le thème du voyage, et au fil des pages c’est effectivement à un véritable voyage que l’on est convié, un voyage dans le temps, l’évanescence et la beauté fragile des instants.

Il est très difficile de réussir à rendre toute la fugacité d’une expérience individuelle dans cette forme poétique si minimaliste. La simplicité est un art difficile, il y faut de la maîtrise et du talent et de ce point de vue les maîtres japonais y excellent.

 

Bernard Giusti

 

Bashô, Buson, Sujita Hisajo, Chiyo-Ni, Shiki, Hôsai, Ishû, Santôka, Nakamura Kusatao, Tama,  Issa, Uda Kiyoko, Mayusumi Madoka, Kitô, Taigi, Hayashi Shô, Tomiyasu Fûsei, Takako, Sôseki, Misuara Haruo, Niwa Keiko

 

Haïkus – En voyage, collectif, Seuil, 2022, 128 pp, couleur

 

« Ce nouveau volume des "Classiques en images" propose de renouer avec la tradition du poème court japonais à travers une sélection de 60 haïkus exclusivement consacrés au voyage.

Ce recueil célèbre avec justesse et simplicité le voyage comme une traversée, un égarement, un refuge, voire une contemplation, un pèlerinage ou la redécouverte de la nature :

"Le vent me transperce/résigné à y laisser mes os/je pars en voyage"

 

                                                              

Haïkus en vpyage
Haïkus en vpyage
Haïkus en vpyage
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"Haro sur les Jacobins" de Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien

Publié le 26 Janvier 2026 par Bernard Giusti dans Critiques, Histoire, bernardgiusti, Ma bibliothèque, sciences humaines

"Haro sur les Jacobins" de Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien

Par Bernard Giusti

Les Jacobins : une référence politique classique, citée comme repoussoir pour les uns, comme exemple d’un engagement révolutionnaire inébranlable pour les autres. Mais qu’en a-t-il été exactement ? Deux historiens universitaires entreprennent de « dépoussiérer » ce « mythe politique français » et se livrent à l’examen méthodique d’une réalité historique souvent méconnue. On va donc suivre pas à pas l’évolution des cercles de discussions d’origine, des salons et sociétés philanthropiques de l’Ancien Régime réservés aux élites (aristocratie et bourgeoisie) jusqu’aux cercles qui vont se multiplier à la fin du 18e siècle, prenant ensuite le nom de clubs qui finiront par s‘ouvrir aux classes populaires. Au fil de cette étude rigoureuse, certains aspects, et non des moindres, de la légende jacobine sont largement démentis par les faits.

A commencer par le fameux centralisme jacobin. Contrairement aux assertions de la réaction bourgeoise ou royaliste, le club n’a jamais été un « centre de commandement parisien » dictant ses ordres dans tout le pays, même au plus fort de son influence en l’An II (1793-1794). En réalité les Jacobins avaient initié un réseau de sociétés patriotiques, un « réseau de sociabilité politique inégalé, jamais vu dans l’histoire. », dans lequel chaque club rattaché aux Jacobins gardait son autonomie de décision et d’action. A cette époque, les anciens sujets devenus des citoyens politiquement conscients se perçoivent comme des acteurs historiques à part entière et les clubs sont les lieux privilégiés d’action, de réflexion et de promotion politiques. Pas de centralisme décisionnel donc, ni de dictature parisienne. Le réseau jacobin est un réseau démocratique où s’expriment et s’opposent différentes tendances (pour peu qu’elles soient favorables à la République) et dans lequel, chose importante, les clubs répartis dans toute la France et même à l’étranger échangent des informations et des idées, relayées par le journal diffusé par les Jacobins.

Au cours de son évolution – du club Breton au club des Jacobins – le club a par ailleurs su s’adapter aux évènements politiques impulsés par la pression populaire et rester au plus près des aspirations du peuple.

Ce que les ennemis des Jacobins ont qualifié de jacobinisme est une pure fiction car il n’y a jamais eu de programme politique établi. Pas de volonté centralisatrice ni de programme précis, mais le club des Jacobins a une formidable « force d’entraînement, une capacité à faire converger les énergies patriotes et à les renforcer » et, on l’a vu, à les organiser en réseau. Les Jacobins sont donc essentiellement une structure coordonnée d’action politique très efficace mise à la disposition des patriotes. C’est leur force et la clef de leur succès.

Mais c’est aussi leur faiblesse car les clubs, bien que réunis autour de la Convention dans la défense de la République « une et indivisible » sont aussi bien sûr les lieux d’affrontements politiques et sont majoritairement aux mains de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, qui les utilisent ou les créent, souvent dans des buts de promotion politique locale. L’une des raisons de la prédominance bourgeoise dans les clubs est le montant des adhésions qui de fait exclut une grande partie de la population. En 1792, face à la gravité des évènements et aux menaces contre la République, les cotisations sont baissées afin d’élargir le recrutement et permettre que des citoyens plus modestes puissent participer pleinement à la mobilisation politique.

1792, c’est aussi le moment de la rupture entre les Jacobins et les Girondins qui s’effraient de la radicalité des sans-culottes parisiens, alors que les Jacobins, eux, prônent l’alliance avec les sans-culottes pour défendre la République en danger. Il faut combattre les ennemis de l’extérieur et de l’intérieur. On a donc mis en place les Comités de Salut Public.

Cependant, les Jacobins restent fidèles à leurs principes de démocratie, ce qui va permettre à la bourgeoisie, qui voit ses intérêts menacés par l’irruption du prolétariat dans le réseau jacobin, de passer à une offensive qui aboutira à la fermeture du club des Jacobins par la Convention, et bien sûr à l’exécution des grandes figures jacobines. Fondamentalement démocratique, la structure jacobine aura permis aux courants bourgeois de s’en emparer et finalement de la liquider sans pratiquement de résistance de la part des Jacobins.

Par la suite, les Jacobins vont rester dans la mémoire collective, inspirant çà et là des courants révolutionnaires (1848, 1871), et comme une référence de la gauche républicaine brouillée par le mythe et entachée par la propagande réactionnaire.

 

Pour le lecteur que je suis, qui ne saurait résumer ici en quelques lignes toute la richesse des apports historiques de cet ouvrage, une question majeure s’impose : comment une telle structure révolutionnaire, aussi puissante à son apogée, a-t-elle pu se laisser éradiquer aussi facilement ?

La Révolution s’est appuyée sur des principes généraux à vocation universelle issus des Lumières, d’où naîtra la devise de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Cependant, leur application devait se faire dans le contexte d’un Etat républicain à construire et d’une société à reconstruire. Les Jacobins n’ont pas su de fait élaborer un programme politique autour duquel l’action révolutionnaire aurait pu s’organiser et se développer dans la cohérence d’un but à atteindre, et se sont reposés sur une conception qu’on qualifierait aujourd’hui idéaliste de la démocratie. S’ils ont su refuser l’adhésion à certains clubs, ils n’ont pas su faire la distinction entre le principe de démocratie générale et celui de démocratie interne. Or, une structure politique qui applique le principe de « démocratie interne » doit savoir se protéger de de ses adversaires voire de ses ennemis de l’intérieur en les neutralisant. C’est une question de bons sens et de survie. Mais les Jacobins n’étaient pas un parti. Sans un corpus idéologique de classe solide sur lequel s’appuyer, sans programme politique précis, ils n’ont eu aucune chance face à l’offensive menée par la bourgeoisie soucieuse de préserver ses intérêts.

Des « erreurs de jeunesse » que Marx d’abord, puis Lénine, sauront analyser et corriger en leur temps.

 

Bernard Giusti

 

Haro sur les Jacobins, Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien. PUF. 19 euros

article paru sur :

Liberté Actus

Vendémiaire

 

 

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Ma contribution au Congrès du PCF : Changer l’analyse du conflit ukrainien

Publié le 26 Janvier 2026 par Bernard Giusti dans Articles politiques et syndicaux

Ma contribution au Congrès du PCF : Changer l’analyse du conflit ukrainien

Changer l’analyse du conflit ukrainien

 

Concernant l’Ukraine, le Secteur International du PCF a résolument adopté une position atlantiste en minimisant largement le fait que, bien avant l’invasion russe, ce pays a été le bras armé de l’OTAN, a multiplié les provocations et massacré sa population russophone. Le régime de Kiev est un régime fasciste qui interdit, emprisonne, torture et assassine nos camarades communistes et il doit sans cesse être dénoncé comme tel, et non présenté comme une victime.

A contrario, toujours dans son optique atlantiste,  le Secteur International ignore ou ostracise le Parti Communiste russe (KRPF) qui est pourtant en Russie la principale force d’opposition à Vladimir Poutine.

Le PCF doit clairement cesser de soutenir Kiev car c’est une trahison de nos valeurs communistes et une insulte à tous nos camarades morts en combattant le fascisme.

Il doit soutenir sans réserve nos camarades russes qui s’opposent quotidiennement à Poutine.

Le courant atlantiste doit donc être résolument écarté de la Direction du Secteur International du PCF.

Notre parti ne saurait prétendre œuvrer pour la paix et pour la cause du prolétariat en s’appuyant sur une présentation erronée de la réalité historique calquée sur la propagande de la bourgeoisie occidentale.

 

Bernard Giusti, PCF 77, Section de Meaux

 

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« Comme on écrit contre un mur » un article de Michel Diaz

Publié le 1 Octobre 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti

« Comme on écrit contre un mur » un article de Michel Diaz

Sur les murs : c’est par ces trois mots, qui lui servent de titre, que nous entrons dans le livre de Bernard Giusti, livre qui mêle à sa prose de courts poèmes qu’accompagnent, en juste résonance, les œuvres de quinze artistes. Bien que ce soit sur le papier que l’auteur nous donne à lire ce chant d’amour et de détresse, on ne peut s’empêcher de penser que c’est bien plutôt sur un mur, sur les murs, qu’il aurait préféré l’écrire, comme on laisse, en les inscrivant sur la pierre, une trace de son passage, ces glyphes et ces graphes destinés à défier le temps, un signe symbolique, un nom, des noms, une date, les lignes d’un visage, dans lesquels on doit reconnaître la manière la plus ancienne et la plus directe de s’exprimer. On ne peut non plus s’empêcher de penser à ce vers d’Alain Borne, C’est contre la mort que j’écris comme on écrit contre un mur. Et dans ce livre hommage à la femme trop tôt disparue, Bernard Giusti avance, sonné encore par le coup brutal du destin, les yeux ouverts sur son inacceptable assaut, mais aveugle parmi les aveugles, nous dit ce qu’il éprouve au plus profond (Je tiens ma vie en équilibre. A chaque pas que je décide), et ce qu’il voit – ce dont l’ombre défaille, ce que cachent les murs, sa main posée sur les serrures – , fait éclater la rouille des phrases attendues, traduisant par l’écrit l’angoisse de celui qui tente encore de survivre, tant bien que mal, faute de ne pouvoir exorciser la mort : Plus forte que toutes les vérités / Plus vraie que tous les textes sacrés / Il y a la mort qui rêve et danse // Et l’amour étranglé dans les bras du silence. Et il écrit, plus loin : Tout ce qui est sûr s’évanouit… // Les mots ne diront jamais / La chair et le sang / Qui les tiennent debout // Et ma bouche n’est plus / Que le déversoir impuissant / D’une infinie détresse.

Détresse, solitude et débâcle de l’âme, colère et révolte peut-être, mais plongée dans le noir absolu du chagrin, comment traduire ce qui relève du bouleversement le plus intime ? Comment se rendre proche du non-dit, de l’informulable, de l’incompréhensible, de l’intransmissible, se demande-t-on en lisant ces pages, alors même que c’est cet inexprimable-là qui nous touche car ce n’est pas seulement dans les mots mais bien tout entre les mots, comme ces fumées, étoile noire s’élevant au-dessus de l’amoncellement de la tristesse. Tout dans ce livre résonne comme dans les fonds de l’être, dans ses plis de viscères et de chair où la moindre image d’un souvenir, le moindre écho d’une voix disparue et désormais rêvée trouve à multiplier ses ondes sous le ciel desquelles passent les douloureux nuages du visage aimé.

Pour « sanglant » que soit toujours « le dernier acte » selon les mots de Blaise Pascal, le peu de terre sur la tête, la crémation et ses cendres loin de fermer la question sur elle-même, l’ouvre au contraire. En fait une béance infranchissable. Et quoi faire de la douleur ? Avec la douleur ? En faire l’aiguille qui va coudre les mots, un manteau non pour recouvrir, pour suturer le trou ouvert par la mort mais pour entourer comme on le fait quand il fait froid et que l’on pose un manteau sur les épaules de ceux que l’on aime ? C’est avec cette tendresse que Bernard Giusti s’essaie à déplacer la douleur de la perte vers ce point d’équilibre entre ce qui a toujours été de l’ordre de l’inévitable et celui qui relève à tout jamais de l’inconcevable, contre lequel toute révolte est vaine : …le monde a basculé dans l’ombre / Scène d’un théâtre sans issue / Qui désormais se jouera / Entre la nuit et l’absence.

« La mort déclare chaque fois la fin du monde en totalité » a écrit Jacques Derrida. Comment ceux qui sont mort, les morts aimés, participent-ils à l’approche, au travers du langage et contre ses lois de langage, que tente ici Bernard Giusti ? Qu’en est-il de cet adieu à la femme aimée quand Longue est la nuit / Où se noie ton regard, quand Dure est la lumière / Jetée sur ton visage ?

On le sait, parler, écrire est souvent peu de choses, c’est toujours très tôt, ou trop tard, que l’on ressent l’insuffisance du langage, son « infirmité native », disait Jean-Baptiste Pontalis. Mais se taire serait éteindre le chant du monde, faire mourir définitivement l’être cher, effacer l’écho de sa voix. Se taire serait ne pas prendre soin du trou creusé par la mort pour le garder vivant, chose parmi les choses du monde. Ceux qui sont morts sont passés de l’autre côté, non dans un ailleurs, mais bien ici, de l’autre côté d’ici, dans le monde du dehors, et séparés de nous par l’infranchissable cloison de l’absence. Et la mort n’est rien d’autre que cette inconsolable absence que l’on peut essayer de tromper, sans illusion aucune, en agitant dans sa mémoire quelques hardes de vie : cette mort, dont il est question dans ce livre, nous invite à ouvrir une nuit dans la nuit, une parole dans la parole, pour en parler aux papillons qu’aimait tant l’aimée disparue, aux trois genêts offerts aux terres indomptées, aux trois sauges vouées à la purification des regards et l’apaisement des pensées, parce que c’est de ce côté-là, dans ce jardin, aujourd’hui abandonné et retourné à la friche originelle, que sont passés ceux qui sont morts.

Ainsi Sur les murs est-il un chant de deuil, mais bientôt un presque murmure, la ligne brisée d’un horizon. Aux cris de la douleur, de l’impuissance, ou à la minute de silence, Bernard Giusti préfère la voix de l’amour toujours ranimé, versée dans celle du poème : un chant qui relierait le sommeil et le silence des choses, et qui porterait la mort avec cet amour qui ne retient pas celle qui est partie mais l’accompagne avec cette délicatesse qui voit nos heures se repaître autant de l’essaim de (nos) larmes que du vol de l’oiseau / Qui fuit le ciel désert.

Et c’est là le travail du poète : écarter et mettre à distance le silence, déplacer la mort. Aussi peut-il écrire : Un jour peut-être je pourrai enfin dire « tu m’aimais, je t’aimais ». Ce jour-là, je ne t’aurai pas oubliée, mais je me serai réconcilié avec la chair des vivants.

On peut lire, dès la première page de ce livre : Partout des êtres broyés / Dans des mains gantées de fer : / Ils ne voient pas dans l’ombre / L’œil mécanique qui les surveille. Et plus loin : Le bruit des hommes / A serti le silence / Et plus personne n’entend / La musique des étoiles. Ou encore : Quelque chose en nous / S’écoule sans cesse / Vers d’invisibles profondeurs, ou Y a-t-il encore autre chose / Que le bruit et la fureur ?... Les courts poèmes de ce livre, indépendamment à coup sûr de la volonté et des intentions de l’auteur, usent d’une lyrique qui peut faire penser (mais cela n’engage que moi) à celle des psaumes bibliques, qui revêtent une allure de complainte individuelle représentant de manière tangible les sentiments de l’homme : la joie ou la tristesse, le renforcement ou la faiblesse, parfois le désespoir ou l’espérance du salut. Ainsi, pouvons-nous lire : « Jusques à quand, ô Éternel, m’oublieras-tu toujours ? Jusques à quand cacheras-tu ta face de moi ? » (Ps de David, 13). Ou encore : « J’ai vu tous les travaux qui se font sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite de vent. Ce qui est tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut plus être compté. » (L’Ecclésiaste, 1) Les mots de Bernard Giusti, tirés du fond de sa détresse, lancés certes vers un ciel vide, un improbable Esprit, aveugle, sourd, muet, n’en sont pas moins les mots désemparés d’un homme aux prises avec cet Inconnu dont semblent dépendre nos vies, ce quelque chose des mystères du monde auxquels nous n’avons pas accès : Ainsi vont les choses, écrit-il / En ce monde si obscur / Que les anges eux-mêmes / Semblent démons de noirceur. La poésie de Bernard Giusti, bien que solidement attachée en bannière aux poteaux d’angle de l’existence, concrète et matérielle, nous élève tout de même à du spirituel, mais depuis le cœur même du monde et des choses. Car c’est à partir du physique que se dégage le spirituel. C’est au sein du fini que s’ouvre l’infini. Voir le monde se dépasser au sein même du  monde, s’évaser en buées musicales, vapeurs tièdes sur les pensées, ombres sur un visage qui vont se dissipant. Passage d’un sourire dans le vent froid / Qui caresse les hautes herbes. Quelque chose chemine sans bruit, va discrètement son chemin dans les grands frissons / Des arbres de l’hiver.

Il y a cependant, dans la personne de Bernard Giusti, ceux qui le connaissent le savent, constamment réaffirmée, une volonté de vivre au plus près des réalités du monde sensible et social et des forces qui le traversent – ce qui justifie son engagement militant au sein des luttes pour atteindre son idéal d’un meilleur avenir humain, parmi les discordes enflammées des hommes, pour plus de justice et de paix dans un monde où tout est sans dessus dessous, monde livré à l’argent-roi qui fait tomber sur les jours un hiver toujours plus féroce. Aussi ne sommes-nous pas étonnés que son livre s’achève, ou presque, sur l’évocation de ces incessants combats auxquels la femme aimée s’est jointe et dans lesquels elle l’a accompagné : et cela fait partie de l’hommage qui lui est rendu, le plus beau que Bernard Giusti pouvait rendre à sa camarade de route, à son individualité qui participait, dans ses intimes convictions, à envisager des temps fraternels et un horizon plus heureux de l’humanité. Ensemble, écrit-il, nous avons mené et aimé ces luttes, ensemble nous avons été parfois victorieux, et souvent déçus même dans la victoire. Qu’importe puisque nous avons toujours su qu’il n’y a d’avenir que dans la lutte, que si notre vie est une lutte perdue d’avance, nous devions avancer vers l’horizon lointain, inatteignable par définition, car nous savions que lorsqu’on s’arrête, on campe sur le néant… Oui, Pascale et Bernard savaient que lutter pour un monde plus juste serait peut-être vain, mais que l’un des sens de leur vie, ce serait, contre ce monde-là, mener une guerre sans merci pour soulever les paupières douloureuses du siècle.

Et Bernard Giusti écrit encore, en toute fin d’ouvrage : Il y aura d’autres mois de mai, d’autres printemps ravissants et d’autres étés torrides. Il y aura la valse des saisons : je la danserai seul et je m’étourdirai de ton absence. En écrivant ces derniers mots, Bernard Giusti sait ne pas ajouter de la mort à la mort. Il sait, peut-être l’a-t-il déjà appris, porter la mort de celle qui a emmené avec elle le plancher, le plafond et les murs d’une bienheureuse maison, en a déserté le jardin, lieu où tous deux ont appris à voir pousser les fleurs, à y semer leurs rires, à écouter les arbres, et assis tous les deux côte à côte sur les marches du perron, à regarder tomber la nuit, dans la moiteur des soirs d’été ou dans les bourrasques de l’hiver. Et cela suppose une autre façon de regarder la vie, et son obscur envers, apprendre l’absence et le rien qui naissent à l’intérieur de chaque chose, désolidariser la désormais absente du brouillard et de l’ombre, la confier au nuage qui se défait pour être nuage et mémoire de nuage, au souffle du vent aux sentiers pierreux, aux chemins dans les herbes, pour poser un visage sur le velours des cieux.

On referme le livre. On écoute. Le monde est toujours là, où on entend un chant d’amour. Par-delà le silence.

 

Michel Diaz, 30/09/2025

 

Sur les murs, Bernard Giusti, Editions de L’Homme bleu (2025)

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