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La voix des poètes

Louis Aragon / Antonin Artaud / Pablo Neruda /


Louis Aragon / Sacre de l'avenir

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Antonin Artaud / Je ne délire pas
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Pablo Neruda / Alturas de Machu Picchu
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Quelques musiques et chansons

Ci-dessous, vous pouvez écouter quelques musiques et chansons. Il en manque beaucoup ! Notamment, celles de certains de mes amis, car je n'ai pas encore les outils nécessaires pour les mettre en ligne.

 

 

à suivre...
26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 10:12

Ces dernières années les signes de la disparition programmée de l’APHP se sont multipliés. Les conséquences de cette disparition progressive sont très sensibles pour le personnel de Cochin.

 

De façon insidieuse, les gouvernements par l’entremise des ARS (1) mettent progressivement en place des réformes qui vont toutes dans le même sens et se sont considérablement accentuées avec la loi HPST (2), laquelle a transformé l’hôpital en entreprise commerciale. Les services médicaux sont désormais des unités de production, le directeur un chef d’entreprise et les patients des clients. Le fronton des hôpitaux de l’APHP n’arbore plus le logo avec le « cœur de l’APHP » mais se contente d’affirmer son appartenance à un groupe hospitalo-universitaire.

Sous prétexte de modernisation et d’efficacité comptable le regroupement des hôpitaux entraîne la fermeture de nombreux établissements publics de l’APHP, privant la population d’une offre de soins de qualité et de proximité. Ainsi l’implantation géographique de l’APHP se réduit-elle comme une peau de chagrin… En même temps, ces restructurations impliquent, par la mutualisation des services, la suppression d’un grand nombre d’emplois. Les sous-effectifs sont de plus en plus dramatiques. A Cochin on constate un sous-effectif de plus de 30%, ce qui met le personnel en danger d’erreurs professionnelles, avec des conséquences logiques pour la santé des patients. A tel point qu’il est permis de se demander si désormais dans de nombreux secteurs la sécurité des soins est assurée…

Le personnel est aussi confronté aux pénuries de fournitures (lingerie, solutés, certains matériels, etc.) dues à la politique des « flux tendus » qui interdit le stockage. De ce fait, en cas d’urgence il est fait appel à des sociétés privées, lesquelles sont sollicitées sur le critère du « moins coûtant ». Les flux tendus ont aussi une incidence sur les prévisions : à Cochin le Plan Canicule ne prévoit que 250 paires de draps pour un nombre de lits très largement supérieur. Tout est donc calculé non pas au plus juste, mais en-deçà des besoins…

D’autre part, on fait de plus en plus appel à des prestataires privés pour assurer le fonctionnement de l’hôpital. Depuis des décennies on supprime des métiers à l’APHP : personnel ouvrier, personnel d’entretien, personnel de sécurité… Inutile de dire que la conscience d’être au service du public en est considérablement amenuisée…

La loi parue le 12 mars au Journal Officiel permet désormais de remplacer des postes de fonctionnaires par des CDI (3). Ces prémisses de privatisation de la fonction publique hospitalière se déroulent sur le même schéma qu’à France Télécom : aux côtés de fonctionnaires déjà en place et bénéficiant d’un statut leur permettant de monter les échelons, se trouvent à présent des personnels relevant du droit privé laissés à la merci de la direction et des cadres. Ils ne peuvent ni négocier leur salaire, ni se prévaloir des droits des fonctionnaires. Ainsi non seulement l’hôpital est devenu le lieu d’une médecine à deux vitesses, mais aussi le lieu d’une exploitation à deux vitesses… D’ailleurs, comme à France Télécom, les suicides et les dépressions ont considérablement augmenté.

 

Le gouvernement Hollande persiste dans la casse du service public hospitalier : malgré les sous-effectifs majeurs déjà constatés, il annonce à nouveau des restrictions de personnel en déclarant ne remplacer que 2 postes de fonctionnaires sur 3. Bien sûr, puisque Hollande se préoccupe plus de rembourser la dette (à des banquiers qui pillent le pays) que de la Santé, il en fait supporter le coût aux fonctionnaires. Plutôt faire payer les petits que de changer de système… Comme le disait Alphonse Allais : « Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres. »

L’annonce de la vente du Siège historique de l’APHP couplée à la fermeture de l’Hôtel Dieu (le plus ancien hôpital de Paris), l’avance des élections professionnelles en 2014 pour les aligner sur l’ensemble des trois fonctions publiques : autres signes de la disparition de l’APHP en tant que telle, laquelle a perdu le statut dérogatoire qui lui permettait d’être un « moteur social » pour l’ensemble de la fonction publique hospitalière.

Sous couvert de partenariat avec des hôpitaux privés ou militaires (Cochin est partenaire avec le Val-de-Grâce) se met en place l’intégration des hôpitaux publics dans des GTS (4) où ils seront assujettis aux exigences du privé.

La disparition progressive de l’APHP est intimement liée à celle des services publics en général. En matière de Santé, il est évident que, sous les coups de boutoir du libéralisme de droite et de gauche,  les jours de l’hôpital public où l’on est soigné selon ses besoins et non selon ses moyens sont comptés…

 

Marise Dantin & Bernard Giusti, CGT COCHIN

 

(1)   ARS : Agences Régionales de Santé, mises place par Kouchner

(2)   Loi HPST : Hôpital Patient Santé Territoire, dite « loi Bachelot »

(3)   CDI : Contrat à Durée Indéterminée : les CDI, à la différence des fonctionnaires, peuvent être licenciés.

(4)   GTS : Groupe Territorial de Santé

 

Article publié dans l’Huma Dimanche

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 09:53

Sous le gouvernement Sarkozy, certains hospitaliers (infirmières, podologues, kinés…) ont vu se mettre en place des ordres professionnels spécifiques à leurs disciplines. Ces ordres ont été calqués sur le plus connu d’entre eux, l’Ordre des Médecins, véritable officine de contrôle idéologique mise en place par le sinistre Régime de Vichy dès 1940. Ainsi par exemple étaient réglementées les relations entre les médecins et leurs patients juifs, puis plus tard l’interdiction d’exercer faite aux médecins ou aux avocats juifs.

C’est dans cet esprit de soumission au pouvoir politique qu’ont été introduites les réformes de Sarkozy.

Du jour au lendemain, les infirmières et les kinés ont été obligés de payer pour travailler ! Mais ces ordres ont un autre but : en effet, en adhérant à des ordres professionnels, les personnels ne relèveront plus des Commissions Administratives Paritaires (CAP) mais seront « jugés par leurs pairs ». En réalité, non seulement un médecin continuera à donner son avis mais en outre la plupart des dirigeants de ces ordres ne prodiguent plus de soins depuis longtemps. Ce sont des gens… aux ordres ! Les paramédicaux relèvent désormais de trois hiérarchies : une hiérarchie fonctionnelle (corps médical), une hiérarchie administrative (direction de l’hôpital) et à présent une hiérarchie ordinale. Beaucoup de hiérarchies pour une seule tête ! D’autant qu’à l’heure actuelle, période intermédiaire, les CAP pour les paramédicaux n’ont pas encore été abrogées…

La mise en place de l’ordre professionnel infirmier s’est accompagnée d’un scandale financier. En effet, les responsables de cet ordre se sont octroyé des indemnités exorbitantes, ont mis en place des infrastructures démesurées qui ont engendré un déficit colossal (plusieurs millions d’euros en moins de deux ans d’existence) ! Pour combler ce déficit il fallait faire rentrer l’argent : les pressions sur les infirmières réticentes se sont multipliées. Par exemple, les jeunes infirmières débutantes se voient confrontées à un chantage odieux : si elles ne cotisent pas, la hiérarchie les menace de ne pas leur donner leur prime d’installation. Sans cotisation à l’ordre infirmier, on fait croire aux infirmières libérales qu’elles n’obtiendront pas le numéro d’enregistrement qui leur permet d’exercer…

En résumé, non seulement les professionnels doivent payer pour travailler, mais ils doivent aussi rembourser les dettes des dirigeants de ces ordres…

 

Malgré pressions et intimidations, la majorité des infirmières refusent de cotiser à cette structure directement héritée du pétainisme !

Les kinés et podologues souffrent depuis plus longtemps de la mise en place de cette structure. De ce fait, ils sont plus exposés aux mesures de rétorsion juridiques. Plusieurs, kinés ou podologues ont été trainés devant les tribunaux pour « exercice illégal de la profession » pour défaut de cotisations (un collègue de l’hôpital Corentin Celton se retrouve dans une situation désespérée suite à sa condamnation). Cette rigueur destructrice se fait, comble d’ironie, sur fond d’un « code déontologique » basé sur une idéologie pour le moins nauséabonde…

 

Les ordres professionnels paramédicaux signent aussi le retour au « bon vieux corporatisme » cher à tous les diviseurs de la classe ouvrière. En effet, ils imposent des « devoirs » aux travailleurs qui vont à l’encontre et annihilent toutes autres revendications (salaires, amélioration des conditions de travail, respect du code du travail, etc.). Par ce biais, on focalise les luttes sur des revendications catégorielles, ce qui désolidarise l’ensemble des travailleurs de l’hôpital.

 

Jusqu’à Sarkozy les professions paramédicales fonctionnaient parfaitement sans ordres professionnels. Le Programme Commun qui amena Mitterrand en 1981 au pouvoir avec un gouvernement de la Gauche Unie prévoyait l’abolition des ordres professionnels (médecins, avocats, etc.). L’instauration d’ordres professionnels dans le corps des paramédicaux s’intègre à une politique visant d’une part à la disparition de l’Assistance Publique, et d’autre part à évincer les partenaires sociaux. En matière de politique de Santé, les socialistes ont été clairs : ils sont pour les restructurations hospitalières (pudiquement dénommées « modernisations »). Hollande abrogera-t-il enfin les ordres professionnels ? C’est une nécessité que nous aurons sans doute beaucoup de difficulté à faire admettre au nouveau gouvernement.  A moins de changer de système…

 

Marise Dantin & Bernard Giusti, CGT Cochin

en coopération avec Marianne Sainty (IDE) & François Sénac (IDE)

 

* IDE : Infirmier Diplômé d’Etat

 

 Article paru dans l'Huma Dimanche

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 10:08

 

Front Syndical de Classe Santé

 

Le mardi 15 mai 2012, la CGT Cochin représentée par Marise Dantin (Secrétaire Générale) et Bernard Giusti (Secrétaire Général Adjoint) a reçu le journaliste américain Mike Elk, envoyé par  le  journal « In These Times ». Souhaitant rencontrer des syndicalistes CGT de terrain actifs et offensifs, il les a contactés sur les conseils de la branche internationale de camarades cégétistes du Front Syndical de Classe.

Les questions ont porté sur la situation économique et sur la politique intérieure en France, sur la politique extérieure, ainsi que sur les politiques et les actions syndicales en France et en Europe. Ce fut aussi l’occasion d’échanger sur les mouvements, actuels ou futurs, des travailleurs aux Etats-Unis, mouvements le plus souvent ignorés ou occultés par les médias français.

 

Marise Dantin et Bernard Giusti ont fait part à Mike Elk de la dégradation économique et sociale au cours des dernières décennies, notamment de la dégradation des services publics et de l’appauvrissement de la population française. Ils ont particulièrement insisté sur la dégradation en matière de Santé publique, relevant que de plus en plus, en France, on est soigné non pas en fonction de ses besoins, mais en fonction de ses moyens. Le parallèle avec la situation aux Etats-Unis a été souligné.

 

A une question de Mike Elk concernant l’élection de François Hollande à la Présidence de la République, Bernard Giusti et Marise Dantin ont exprimé leur soulagement d’avoir « viré Sarko », mais aussi leurs réserves quant aux capacités du nouveau Président à mener une véritable politique de gauche. Ils ont souligné que des mouvements sociaux  importants seront probablement indispensables pour que le nouveau gouvernement prenne les mesures nécessaires, ne serait-ce que pour le rétablissement d’un niveau de vie décent de l’ensemble de la population. Le saccage et le pillage orchestré par la droite ont en effet laissé des traces profondes…

 

La question a été posée quant à l’organisation par les centrales syndicales de tels mouvements sociaux. Marise Dantin et Bernard Giusti ont rappelé au journaliste que les mouvements sur les Retraites n’ont pas empêché les réformes d’être votées. A leur sens, la responsabilité de certaines centrales syndicales a été largement engagée dans ce résultat. Selon eux, les forces sur le terrain étaient largement suffisantes pour faire reculer le gouvernement de l’époque. Leur analyse est qu’à l’heure actuelle il y a une distance qui s’est instaurée entre des centrales syndicales - surtout préoccupées de leur « politique européenne » - et leurs bases qui elles se défient de cette Europe capitaliste. Il en ressort des mouvements éclatés par « branches », au détriment d’actions générales et solidaires. On manifeste un jour pour l’Education Nationale, le lendemain pour la Santé, etc.

 

Répondant à une autre question, Bernard Giusti et Marise Dantin ont déclaré qu’il y avait une volonté politique de faire « l’Euramérique », c’est-à-dire d’unifier dans une optique capitaliste les systèmes politiques, économiques et sociaux, dans l’ensemble des pays occidentaux. La « libéralisation » du travail  entraîne la précarité, l’exploitation accrue des travailleurs, lesquels, comme particulièrement dans les hôpitaux à l’heure actuelle, sont de plus en plus désespérés (l’augmentation en flèche des suicides en témoigne). Cette politique est aussi responsable de la fameuse et prétendue « dette » qui asservit des pays entiers. En Europe, le sort réservé à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc., ainsi que les politiques d’austérité mises en place partout, en témoignent. Les travailleurs français ne peuvent que se sentir solidaires des souffrances infligées à leurs frères européens. La seule solution serait de changer de système.

 

Mike Elk a soulevé la question de l’Enseignement, soulignant les différences patentes aux Etats-Unis en fonction des classes sociales et des quartiers. Marise Dantin et Bernard Giusti ont fait le parallèle avec la situation actuelle en France. Ils ont notamment pointé la baisse très importante du niveau de culture générale en France au cours des dernières décennies. La gratuité de l’enseignement est devenue depuis longtemps purement hypothétique, ce qui est particulièrement évident dans le cadre des études supérieures. L’enseignement en fonction des classes sociales et des zones géographiques est devenu la norme. Le manque de moyens, d’enseignants et de personnel scolaire, ainsi que celui de la formation des enseignants,  est largement responsable de cette situation.

 

Cet échange a été fructueux, et a montré notamment que les travailleurs subissent tous la même exploitation capitaliste, qui appauvrit la quasi-totalité des populations au profit de quelques-uns. Il a montré aussi la nécessité de multiplier ces échanges afin de renforcer la capacité de mener des mouvements victorieux, non seulement aujourd’hui mais aussi demain, pour que les logiques comptables au profit d’un petit nombre cèdent la place à des logiques humaines mises en place pour le bien de tous.

 

http://www.inthesetimes.com/about/

 

Bernard Giusti et Marise Dantin sont membres du Front Syndical de Classe

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 10:00

Certains patients affectés par des maladies chroniques fréquentent régulièrement les hôpitaux. Ils ont vu les changements intervenus ces dernières années, et leurs témoignages sont édifiants. Nous avons rencontré l’une de ces patientes à l’hôpital Cochin, Mme Françoise J., secrétaire dans une P.M.E.

Mme J. est suivie en Rhumatologie pour un syndrome de type Fiessinger-Leroy-Reiter, une maladie inflammatoire dégénérative et douloureuse. Elle consulte depuis 15 ans.

« Il y a quinze ans, dit-elle, l’accueil était bien différent. Le personnel était très à l’écoute de mes problèmes et toujours disponible. Si je devais venir à jeun pour des examens, on m’offrait ensuite une collation. Aujourd’hui, le personnel n’a plus le temps de nous écouter, et l’accueil est beaucoup moins chaleureux, et il n’y a plus de collation… » Pour la CGT de Cochin, il est évident que Mme J. subit les suppressions de personnel – plus de 800 postes en moins en 4 ans – et les sous-effectifs. D’une façon générale, le personnel de l’hôpital a conscience de mal faire son travail, car la relation aux patients est devenue quasiment inexistante alors qu’elle fait partie des soins. Mme J. subit aussi les restrictions budgétaires qui portent même sur des économies de bouts de chandelle et dégradent les conditions d’accueil des patients de l’hôpital public.

Mme J. ajoute que « les rendez-vous sont de plus en plus difficiles à obtenir rapidement, près de six à huit mois d’attente pour un spécialiste. Aussi lorsque j’ai des poussées inflammatoires importantes, qui sont toujours très douloureuses et invalidantes, il m’arrive souvent de devoir improviser moi-même les adaptations de mon traitement, faute de pouvoir consulter mon médecin. » Ce que Mme J. ne dit pas mais que la CGT Cochin dénonce depuis longtemps, c’est l’instauration d’une médecine à deux vitesses. Si Mme J. avait les moyens de payer une consultation privée (de 150 à 200 euros), elle serait reçue rapidement…

« Je n’ai pas vraiment le choix de toute façon, déclare Mme J., car mon spécialiste me suit depuis des années et il connaît bien mon dossier et ma pathologie. » La CGT Cochin ajoute que depuis la réforme de la Sécurité Sociale, les patients sont de toute façon obligés de passer par un médecin traitant qui fait office de « référent » avant de pouvoir consulter un spécialiste, ce qui complique le parcours de soins… Certains généralistes peuvent être réticents à indiquer au patient un autre spécialiste, et il faut alors changer de médecin traitant ou garder le spécialiste. La CGT Cochin observe en outre que ces changements de spécialistes ne sont pas dus aux compétences du médecin, mais aux difficultés rencontrées à l’hôpital public.

« Ayant dû être hospitalisée à plusieurs reprises au cours de ces 15 ans, j’ai pu constater une nette dégradation de mes conditions de séjour, notamment pour la nourriture. Et puis on se connaissait bien avec les infirmières et les aides-soignants, et on parlait de nos familles, de nos enfants… Etre hospitalisée me semblait moins dur car je savais que je verrais mes « copines ». Maintenant le personnel change souvent et on ne le voit plus que pour les soins et les médicaments. Lors de mes dernières hospitalisations, je n’avais pas toujours le moral et je me sentais un peu seule… Et pour obtenir des antalgiques je devais appuyer plusieurs fois sur la sonnette avant que quelqu’un puisse venir me voir… »  Depuis le début des restructurations à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP), le personnel a subi de plein fouet les suppressions d’emploi, d’où la dégradation évidente des conditions de travail. Il n’est pas rare que dans un service une seule infirmière ait à s’occuper de 30 patients… Les patients se voient donc « soignés à la chaîne », au grand dam du personnel qui n’en peut mais. Les études montrant l’importance du « moral » dans la guérison ne sont manifestement pas prises en compte par des décideurs uniquement préoccupés de rentabilité.

Mme J. nous a confié aussi que sa fille, qui était suivie en gynécologie à Saint-Vincent de Paul (hôpital d’excellence désormais fermé par l’Assistance Publique), éprouve le même sentiment de dégradation lorsqu’elle va consulter dans la maternité flambant neuve de Cochin-Port Royal : files d’attente interminables, difficultés pour se renseigner afin de savoir où se diriger, personnel surchargé et stressé, donc moins disponible, etc.

De fait, le témoignage de Mme J. et de sa fille met en lumière ce qui se passe dans tous les services de l’hôpital, souvent de façon plus sévère encore. Les sous-effectifs organisés par la direction centrale de l’APHP sous les ordres du ministère s’accentuent d’année en année. La CGT Cochin ne cesse de dénoncer et mettre en garde la population et les décideurs sur les dangers engendrés par le manque de personnel, lequel par conscience professionnelle doit très souvent sacrifier ses repos. Au premier rang de ces dangers, il y a les conséquences pour la santé des patients (1). Cette diminution drastique des personnels est opérée au nom d’une politique libérale qui soumet la Santé publique à une logique comptable, au détriment de la logique médicale, donc de la santé des citoyens.

Le seul moyen de s’opposer à cette logique comptable dévastatrice est d’imposer une nouvelle politique de partage et de solidarité, donc un nouveau système économique.

Marise Dantin & Bernard Giusti – CGT Cochin (Paris)

(1)   : récemment, dans la maternité flambant neuve de Port-Royal, une femme a accouché seule…

Article publié dans l’Huma Dimanche

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 23:47
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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 09:57

En dehors des soins directs dispensés dans un établissement de santé, il existe de nombreux métiers dont on parle généralement peu, voire pas du tout, et qui sont pourtant indispensables à la prise en charge des patients. Ouvriers, administratifs, personnel de bio-nettoyage ou personnel de cuisine, garçons de salle, archivistes, tous ces métiers, qui sont souvent considérés comme des « petits métiers », concourent à la bonne marche des services et à l’efficacité des soins. L’un de ces métiers méconnus est celui du brancardage.

 

La plupart des personnes qui ont été hospitalisées ont été prises en charge, à un moment ou un autre, par un brancardier : passage d’un service à un autre, acheminement vers les blocs opératoires ou vers les services d’examens (radiologie, laboratoires…), tous déplacements nécessitant une mobilisation du patient.

 

Recrutés dans les catégories des Aides Soignants (AS) et des Agents Hospitaliers, avec la privatisation rampante des hôpitaux les brancardiers ont vu arriver parmi eux des CDD au cours de ces dernières années. On a donc assisté, en réalité, à une déqualification progressive de ce métier, et ceci dans une quasi-indifférence générale, qui est due au fait que le brancardier est souvent perçu comme les laquais qui jadis transportaient les chaises à porteurs. En somme, le brancardier « c’est quelqu’un qui pousse un truc »…

Il est vrai que le brancardage est d’abord physique : il faut soulever des patients, pousser ou tirer des chaises roulantes ou des brancards qui peuvent lorsqu’ils sont équipés être très lourds, ou encore des lits à roulettes peu maniables ; il faut parfois emprunter des couloirs ou des galeries dont les sols sont inégaux, monter ou descendre des pentes très accentuées, traverser des cours par tous les temps, qu’il neige ou qu’il vente, et tout cela en ayant toujours comme préoccupation première le confort et la sécurité du patient.

Le manque de reconnaissance de ce métier ne concerne malheureusement pas que les patients, mais aussi une partie du personnel soignant. Que l’on soit AS affecté au brancardage ou AS affecté dans un service change le regard qui est porté sur vous. L’une des raisons est sans doute liée au temps passé auprès du malade. N’ayant qu’un rapport épisodique et relativement court avec le patient, le brancardier ne bénéficie pas de la même reconnaissance que l’AS du service, qui lui est toujours sur place et est partie intégrante de l’équipe soignante.

Le rôle du brancardier ne se limite pourtant pas à « pousser et tirer des trucs ». Durant le temps du transport, la sécurité et la surveillance du patient lui sont dévolues. A lui de veiller à ce qu’une perfusion ne se débranche pas, à ce que certains patients agités ne tombent pas du lit ou du brancard, à veiller que le malade ne fasse pas un malaise inopiné, etc., tout cela en prenant garde à éviter toutes les chausse-trappes disséminées sur sa route…, Il est arrivé par exemple qu’un brancardier et son patient en cours de transfert se retrouvent bloqués dans un ascenseur en panne. En attendant les secours (qui en raison de la privatisation des ascenseurs ont beaucoup tardé) c’est le brancardier qui a dû assumer la tâche de soignant. Heureusement, ce brancardier-là était un AS et non un CDD ignorant les gestes élémentaires de secours…

Il lui incombe aussi de signaler au service destinataire tout incident concernant le patient et ayant eu lieu durant le transport, ce qui peut être une indication très précieuse pour l’équipe médicale.

 

Avec la politique libérale qui veut faire de l’établissement de santé une entreprise et qui a pour objectif la réduction du personnel, de nouvelles organisations de travail pour les brancardiers se sont mises en place. Elles visent à « rentabiliser » ce métier en quantifiant les déplacements de chaque brancardier, tout en occultant son rôle de soignant. On ne tient pas compte de la dimension humaine de ce métier, qui consiste par exemple à rassurer tel ou tel patient, à s’assurer de son confort, etc., toutes « petites choses » qui font partie du brancardage et qui échappent à la quantification. Le résultat est une déshumanisation du rapport aux patients, déshumanisation générale à tous les corps de métiers de la Santé. En effet, le nombre de transports attribués à chaque agent ne lui laisse que très peu de temps pour effectuer ce que l’on peut appeler « une course », dans tous les sens du terme. Du même coup, le patient est quant à lui traité comme « un colis »…

Cette même politique libérale (c’est-à-dire capitaliste) tend de plus en plus à attribuer des tâches de brancardage aux infirmières et aux AS des services de soins, en lieu et place des brancardiers. Une diminution progressive des effectifs attribués à ce métier qui laisse mal augurer de l’avenir…

Sauf à changer de système en rejetant le système libéral.

 

 

Bernard Giusti et Marise Dantin

CGT de l’hôpital Cochin

 

Article paru dans l’Huma Dimanche

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 09:43

Les conditions de travail se sont grandement détériorées ces dernières années à l’hôpital Cochin, et à l’AP-HP en général. La CGT Cochin est intervenue à de très nombreuses reprises auprès de la direction à ce sujet. En effet, nous avons constaté une augmentation très importante des cas de personnels touchés par le stress et la dépression. Cette situation a renforcé le désarroi des plus faibles, ce qui a conduit à un nombre conséquent de suicides parmi nos collègues de l’AP-HP.

Le sous-effectif devenu chronique induit des surcharges de travail telles que le personnel est désormais amené à travailler « à la chaîne ». L’aspect humain du métier de soignant disparaît de jour en jour. Et inutile de compter sur les repos pour évacuer la fatigue engendrée par ces surcharges de travail…

Les nouvelles organisations de travail, élaborées en fonction de critères uniquement comptables, ont instauré des contraintes inacceptables, parfois ubuesques. Le personnel n’a pas le choix devant les menaces constantes de l’encadrement et doit accepter de renoncer, au détriment de sa santé et de sa vie de famille, aux repos légaux, ce qui bafoue le Code du Travail. De plus, lorsque les médias parlent de RTT dues, ils ne mentionnent que les médecins – qui eux ont été payés - mais ne parlent jamais du « petit personnel », lequel a donc un sentiment d’injustice exacerbé. Pour ce personnel, les repos non pris dans l’année… disparaissent ! Or, en raison des sous-effectifs, on leur interdit de les prendre !

A Cochin des collègues enceintes travaillant debout se sont vues refuser leur « heure de grossesse » - heure de repos prévue par le Code du Travail, à laquelle elles ont droit à partir du 3e mois. Dans un service d’hospitalisation post-opératoire une seule infirmière assurait les soins pour 20 patients (la norme est d’une infirmière pour 5 patients). Autre exemple, un agent dont la mère a été hospitalisée d’urgence s’est vu refuser de s’absenter par son cadre. Ou encore, on a interdit à une secrétaire médicale, « pour raison de service », d’aller chercher son enfant malade à la crèche de Cochin : on a donc appelé le SAMU pour venir chercher l’enfant…  Les exemples sont hélas très nombreux.

Surcharges de travail et sous-effectifs : le cocktail est explosif. En effet, cette situation accroît considérablement les risques d’erreurs professionnelles. Le personnel vit donc dans la crainte constante de commettre une erreur qui mettrait la vie des patients en danger. Ces risques sont accrus par le fait que certains, pour lutter contre le stress et la dépression, doivent prendre des médicaments qui diminuent leur vigilance.

Pour ne rien arranger, la médecine du travail a été amputée de la moitié de ses médecins. Une grande partie du personnel ne peut donc plus être suivie, au moment même où une menace constante plane sur lui : en cas d’arrêts-maladie trop fréquents ou trop longs, ils sont dirigés sur une commission de réforme (avec à la clef un salaire de 800 euros). Au passage, notons que pour le gouvernement les fonctionnaires « abusent » des arrêts-maladie. Selon lui, les fonctionnaires sont indestructibles, ils ne sauraient être malades et lorsqu’ils s’arrêtent ce sont forcément des fainéants…

Malgré la souffrance de son personnel, l’AP-HP se préoccupe surtout de son image de marque : c’est qu’il faut bien attirer les « clients »… Ainsi à Cochin un nouveau bâtiment vient d’être ouvert. Selon la direction, « la plus grande maternité d’Île de France » offrira accueil et confort accrus pour les patientes. La réalité est tout autre : le sous-effectif y est encore aggravé de 30%, alors que l’activité augmente de 20%. Une fois encore, le personnel va être confronté à des risques psycho-sociaux majeurs. Loin d’apporter des solutions à son personnel, l’administration ne parle que de rentabilité. Il est vrai que depuis la Loi HPST de Bachelot, nous n’avons plus de « directeurs » mais des « managers » qui gèrent non plus des hôpitaux mais des entreprises. L’AP-HP parle beaucoup de « dialogue social ». La direction de Cochin a tenté de nous entraîner dans des groupes de travail consacrés aux risques psycho-sociaux. Considérant que cette même direction est à l’origine de ces risques psycho-sociaux, la CGT Cochin a refusé d’y participer : on ne négocie pas les conditions de la torture avec ses bourreaux…

Nous nous sommes toujours opposés à l’assujettissement de la Santé publique à une logique comptable instaurée au profit des intérêts privés. Cette logique met non seulement en danger les patients, mais entraîne une régression des conditions de travail. L’administration se moque éperdument de la santé physique et psychologique de son personnel. Nous avons reculé d’un siècle !

Les avancées sociales mises en place par le Conseil National de la Résistance sous l’impulsion décisive du Parti Communiste Français, la Sécurité Sociale d’Ambroise Croizat, tout cela est balayé par les appétits capitalistes.

A quand les actionnaires dans les hôpitaux publics ?

 

Marise Dantin et Bernard Giusti, CGT Cochin

 

L’administration nie tout rapport entre les suicides parmi le personnel et les conditions de travail. Son discours est toujours le même : les suicides sont multifactoriels, rien ne prouve qu’il y ait un lien avec les conditions de travail. Les suicides ne sont donc  pas répertoriés comme tels dans le bilan social et il nous est impossible d’obtenir le chiffre global. Pourtant, une étude comparative sur les dix dernières années entre la courbe des suicides en France et celle des suicides à l’AP-HP mettrait très certainement en évidence la responsabilité de l’administration. En 2011, 29 suicides ont néanmoins été répertoriés à l’AP-HP. Relevons que l’administration, malgré son discours, a édité un guide sur les risques psycho-sociaux et a invité les cadres à « surveiller le personnel ». L’administration se sent donc bien responsable…

 

 

Article paru dans l’Humanité Dimanche

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 10:02

A l’hôpital Cochin, 50 000 jours dus au personnel.

 

La loi Bachelot en 2007 (loi HPST) mise en place sans résistance significative a engendré une déréglementation des horaires, un sous-effectif chronique, des budgets en baisse constante, etc., entraînant de graves problèmes psychosociaux.

Par exemple à l’hôpital Cochin (AP-HP) où le manque de personnel atteint 30% des effectifs, une Aide Soignante de réanimation travaillant en 12h/jour génère des repos récupérateurs (RR) sensés compenser les longs temps de travail. Or ces repos lui sont refusés quasi systématiquement sous prétexte de sous-effectif. Inutile de dire que les 35h à l’hôpital sont largement dépassés ! Ainsi, Cochin se retrouve avec près de 50 000 jours dus au personnel, ce qui correspond au minimum à 250 emplois manquants.

Dans les hôpitaux publics l’impossibilité pour les agents de prendre leurs repos entraîne une accumulation de fatigue, un stress avec la crainte d’erreurs professionnelles, des dépressions, voire des suicides.

Les organisations de travail sont désormais basées sur la polyvalence et non plus sur les corps de métiers, ceci bien sûr pour pallier aux sous-effectifs et satisfaire une logique de rentabilité à tout prix : l’humanité n’est plus depuis longtemps le souci principal des gestionnaires et décideurs de l’AP-HP…

Au nom de la rentabilité, il a par exemple été décidé par l’Agence Régionale de Santé que tous les blocs opératoires fonctionneront 24h/24 à partir du 1er janvier à Cochin. Auparavant, seules étaient assurés les urgences et les accouchements. Ceci s’insère dans la politique actuelle de réduction de l’offre de soin, puisque en effet un seul hôpital (Cochin) assurera les interventions chirurgicales en lieu et place de plusieurs hôpitaux. Le personnel est ainsi mis de force à contribution, puisque cette mesure ne s’accompagne pas d’augmentation d’effectifs ou de salaire : astreintes obligatoires plus nombreuses (une astreinte est payée 40 euros pour 24h).

Toujours dans cette optique de rentabilité, une nouvelle maternité est en voie d’ouverture au mois de mars 2012 sur le site de Cochin. Cette maternité est prévue pour 7000 accouchements par an. Elle doit absorber et remplacer 2 maternités actuelles, celle de Port Royal et celle de Saint-Vincent de Paul. Or, ce regroupement de maternités est accompagné d’une diminution du personnel de 30%. Une expertise a démontré que les deux maternités initiales étaient déjà en sous-effectifs. C’est donc avec un sous-effectif encore accru de 30% qu’ouvrira la nouvelle maternité. Plus de naissances avec moins de personnel : cela mettra inévitablement les patientes et leurs bébés en danger, avec des relations humaines quasi inexistantes. Le personnel de Cochin a déjà surnommé cette future maternité « l’usine à bébés »…

L’importante dégradation des conditions de travail dans les hôpitaux s’accompagne d’une perte de salaire très sensible pour les agents. Ainsi ceux de catégorie C (non diplômés) débutent et restent pendant 5 ans au-dessous du SMIC. Plus généralement, le gel des salaires des fonctionnaires depuis plusieurs années entraîne une baisse réelle des salaires (-10% en 8 ans). Cette baisse est due à l’inflation, mais aussi à l’augmentation des charges sociales, le patronat se délestant de plus en plus de ses propres charges sur les salariés. Cerise sur le gâteau : la Direction Générale de l’AP-HP a remis en cause la défiscalisation de nos cotisations mutuelles qui, auparavant, n’étaient pas imposables. Ceci entraînera une augmentation de l’impôt sur le revenu, avec possible passage à la tranche supérieure. La mutuelle est obligatoire pour les agents de l’AP-HP depuis que les soins gratuits pour le personnel ont été supprimés.

 

Diminution de notre pouvoir d’achat, dégradation des conditions de travail, perte de nos acquis, attaque de nos statuts (avec la légalisation des CDI et des CDD), déshumanisation et fermeture des hôpitaux, diminution de l’offre de soins, augmentation insupportable des charges de travail…

Précarité des postes et incertitude de l’avenir, désorganisation des horaires (donc de la vie familiale), fatigue accumulée, stress, dépressions (sur Cochin, un médecin du travail pour plus de 4000 agents…), suicides…

Tel est actuellement le triste bilan de l’APHP, reflet de l’ensemble des hôpitaux publics. La Santé est réellement malade de la peste libérale… La fameuse « dette » dont on nous rebat les oreilles serait responsable de tous les maux. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de la dette d’un système, le système capitaliste. Pour échapper à la désintégration de notre système de santé et à la privatisation rampante de nos hôpitaux, la solution n’est certes pas dans des économies sans fin, mais bien dans le changement du système.

 

Marise Dantin et Bernard Giusti (Secrétaires Généraux CGT  Cochin-St-Vincent de Paul)

 

Article publié dans l’Huma-Dimanche paru le 15 décembre 2011

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 18:43

Discours de Bernard Giusti

Secrétaire Général CGT de Saint-Vincent de Paul

pour la commémoration de la Libération de Paris

25 août 2011

 

 

Chers camarades,

Mesdames, Messieurs,

 

Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer l’anniversaire de la Libération de Paris. Tous les ans, le 25 août est l’occasion pour chacun de se souvenir de ces hommes et ces femmes qui, dans les hôpitaux ou ailleurs, ont donné leur vie pour que nous vivions libres. Tous les ans, c’est aussi l’occasion de nous rappeler qu’au sortir de la guerre, des hommes et des femmes regroupés au sein du Conseil National de la Résistance (CNR) ont mis en place des institutions qui devaient permettre un indéniable progrès social, notamment la Sécurité Sociale et l’accès aux soins pour tous grâce au développement des hôpitaux publics.

Je ne reprendrai pas aujourd’hui le programme du CNR, que j’avais développé l’an dernier. Mais il faut bien dire que depuis la Libération de Paris la régression sociale frappe de nouveau de plein fouet le peuple de France. Elle frappe depuis plusieurs décennies, mais nous pouvons constater qu’elle n’a jamais été aussi destructrice qu’aujourd’hui. En cette journée du souvenir, rappelons-nous donc que le patronat et l’extrême droite avaient été exclus du CNR pour avoir ouvertement collaboré avec les nazis. Or nous constatons aujourd’hui le retour en force de ces deux composantes de la société et la recrudescence de leur importance politique. Les tentatives de « réhabilitation » de collaborateurs notoires se multiplient, et je n’en donnerai pour exemple que celle de Louis Renault, actuellement dénoncée à juste titre  par l’historienne Annie Lacroix-Riz. Certains pensent qu’il est temps de « passer l’éponge » afin de passer à autre chose. Mais c’est faire l’erreur de croire que ces gens de l’extrême droite et du grand patronat ont changé. Ils n’ont pas renoncé à leur volonté d’asservir nos citoyens, ni à leur volonté de faire passer les intérêts particuliers, les leurs bien sûr, avant l’intérêt général. C’est notamment ce que nous voyons se réaliser dans nos hôpitaux où sous prétexte de modernisation nous assistons à un démantèlement pur et simple de l’hospitalisation publique au profit des cliniques, des hôpitaux privés et des grands groupes financiers. Aujourd’hui en France on est de plus en plus soigné non selon ses besoins mais selon ses moyens…

Cette destruction des services publics au profit du grand patronat et de la finance touche toutes les institutions de la République. Il faut dire que ces institutions républicaines et ces services publics chargés d’assurer l’égalité des soins, des transports, de l’enseignement, etc., sont incompatibles avec une Europe mise en place précisément par le grand patronat et la finance… Certains, de tous bords, se laissent entraîner par la dynamique actuelle de cette Europe du grand capital. Ils sont comme fascinés et prêts à y collaborer. Mais depuis sa création, cette Europe-là est source de plus d’inégalités et d’injustices pour tous les citoyens, alors qu’elle est source de profits pour les actionnaires, les grands patrons et les financiers. En tant que syndicalistes nous ne pouvons y souscrire, fût-ce en pensant que nous aurions ainsi quelque chance « d’arrondir les angles ». Notre rôle n’est pas de permettre à quelques prédateurs de nous dépouiller en douceur...

A l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris nous sommes évidemment en première ligne pour combattre et résister contre la destruction programmée des services publics de santé. Particulièrement à la CGT et particulièrement dans notre groupe hospitalier de Cochin-Hôtel Dieu-Broca, puisque déjà Saint-Vincent de Paul a été rayé de l’intitulé officiel. Cette commémoration est en effet la dernière qui se déroulera dans notre hôpital, sa fermeture étant annoncée pour début décembre. Saint-Vincent de Paul est un exemple parmi les plus emblématiques à la fois de la volonté des gouvernements libéraux de casser le service public, et de la résistance du personnel de l’AP-HP. Cette bataille-là a été perdue et St Vincent fermera et sera détruit ; son personnel a dû subir toutes les avanies liées à ce qu’il est convenu d’appeler officiellement une « restructuration » ; le personnel restant encore aujourd’hui, essentiellement celui de la maternité, est à son tour dans la ligne de mire et la perspective pour une partie d’entre nos collègues seulement de rejoindre le nouveau bâtiment de Port-Royal, déjà surnommé « l’usine à bébés », n’est guère réjouissante… Moins de personnel pour plus de patients, voilà ce qui les attend, avec tout ce qu’entraîne une diminution de personnel dans des services de santé : horaires changeants donc répercussion sur la vie de famille, explosion des charges de travail donc risques d’erreurs professionnelles accrus, fatigue, stress, dépressions, etc. Entre janvier et juin, plus de 300 postes ont été supprimés sur notre groupe. Les suicides parmi le personnel de l’AP-HP se sont accrus de façon exponentielle. Ces deux faits résument à eux seuls la réalité de ce qui se passe aujourd’hui dans nos hôpitaux.

Mais à l’instar de De Gaulle, la CGT de Cochin et Saint-Vincent de Paul dit aujourd’hui que si nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre. Car c’est bien à une véritable guerre contre les citoyens que se livrent le grand patronat et les financiers, par le truchement de gouvernements libéraux ou ultra-libéraux. En ce jour de commémoration de la Libération de Paris, nous nous rappelons que celles et ceux qui sont morts jadis se sont battus avant tout pour l’avenir. Et c’est pour l’avenir que nous devons continuer à combattre avec la CGT de Cochin et Saint-Vincent de Paul. Pour l’avenir de nos enfants, l’avenir des jeunes d’aujourd’hui et des générations futures. Le joug de la dictature peut prendre des formes multiples. A l’époque ce joug était manifestement militaire. Aujourd’hui il est manifestement économique, au nom d’une logique comptable imposée par quelques-uns pour leur seul profit. En ne nous battant pas pour l’avenir, pour une société plus juste et plus humaine, nous ne sauverons rien de ces acquis instaurés par le CNR et par les luttes de nos anciens. Comme je l’avais écrit il y a un an, dès ma prise de fonction de Secrétaire Général de la CGT de Saint-Vincent de Paul, nous ne devons pas nous contenter de défendre, nous devons être sans cesse à l’offensive, comme l’ont été les Parisiens, qui quelques jours avant la Libération effective de Paris sont descendus en masse dans les rues pour dresser des barricades et ont déclenché des grèves générales : grève des transports, grève de la police, etc. Etre à l’offensive, c’est-à-dire refuser la collaboration de classe, c’est la seule voie possible.

 

Saint-Vincent de Paul fermera bientôt définitivement ses portes, sacrifié comme d’autres hôpitaux sur l’autel du libéralisme. En s’attaquant ainsi à un hôpital performant qui pratiquait une médecine de pointe reconnue sur le plan international, les gouvernements libéraux n’ont pas seulement voulu s’attaquer au service public. Ils ont aussi voulu s’attaquer à un symbole historique, celui de Saint Vincent de Paul, qui fut l’un des premiers en France à œuvrer pour les plus pauvres. La disparition de l’hôpital Saint-Vincent de Paul c’est aussi la volonté de sonner le glas de l’entraide et de la solidarité. La disparition de l’hôpital Saint-Vincent de Paul c’est aussi la disparition d’un état d’esprit, celui du service public. Mais c’est aussi un crève-cœur pour le personnel qui a pendant des décennies contribué à son excellence en matière de maternité et de soins pédiatriques.

 

En ce jour de commémoration, je tiens à dire à toutes et à tous que nous n’oublierons pas et qu’avec la CGT nous porterons le combat, où qu’il puisse être.

 

Merci de votre attention.

 

 

Bernard Giusti, Secrétaire Général CGT de l’hôpital Saint-Vincent de Paul

 

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