Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
  le blog de Bernard Giusti

Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux

"Les chamanes" de Piers Vitebsky

Publié le 29 Août 2025 par Bernard Giusti dans Anthropologie, Critiques, Ma bibliothèque

"Les chamanes" de Piers Vitebsky

Les chamanes

Le grand voyage de l'âme - Forces magiques - Extase et guérison

 

Dès les premières pages l’auteur nous prévient : « …de nombreux mouvements du Nouvel Âge se réclamant aujourd’hui du chamanisme, il importe de préciser que ce phénomène n’est intelligible – et que l’on ne peut en faire une expérience authentique – que dans le cadre de sociétés données participant d’un univers « pré-moderne ». Il se peut que certaines idées des chamanes puissent venir enrichir notre vision « post-moderbe » du monde, mais ces notions extraites du contexte précis dans lequel elles ont surgi, n’ont plus grand-chose à voir avec le chamanisme proprement dit. » Avis donc aux bobos et autres médiums de salon.

 

  L'ouvrage de Piers Vitebsky est un travail anthropologique de recensement et d'analyse – enrichi de très nombreuses photos et illustrations –qui balaie les multiples formes de chamanisme dans « des sociétés aussi éloignées que l’Arctique, l’Amazonie, l‘Afrique ou Bornéo, par exemple. « Dispersé, fragmenté, le chamanisme ne devrait peut-être pas être un « -isme » : il n’a ni doctrine, ni église mondiale, ni texte sacré, ni prêtres faisant autorité pour décider du bien et du mal. ».

Le chamanisme est l’émanation d’une conception animiste du monde, plurimillénaire et centrée sur « l’unité de l’Homme dans le cosmos », ainsi que le titre Jean Malaurie dans sa postface. Il est issu des sociétés de chasseurs « contraints de prendre la vie pour vivre », aussi la vision chamanique de l’équilibre cosmique est-elle notamment  largement « fondée sur l’idée de « fournir une compensation aux animaux dont il faut se nourrir. »

C’est sur ce principe général d’équilibre cosmique que repose l’intervention du chamane (le chamane pouvant  être un homme ou une femme). Tout le travail du chamane va consister à rétablir une harmonie rompue, rétablir les liens entre l’individu et son environnement - naturel, social, spirituel. De ce point de vue, le mysticisme n’est qu’un des aspects du chamanisme, qui est avant tout une religion pratique visant à influer sur le monde réel.

Dans la conception chamanique, il y a un esprit ou un rapport aux esprits pour tout, les animaux, les végétaux, les pierres et les rochers, la malchance, les maladies…, et les esprits se comportent comme les humains : ils peuvent être de bonne ou de mauvaise humeur, tristes ou gais, oublieux ou rancuniers, etc. Ainsi, par exemple, le chamane s’emploiera-t-il à  amadouer et calmer un esprit vindicatif et rancunier responsable des déboires d’un individu.

Dans la conception chamanique, l’unité de la réalité que nous percevons n’est que façade : tout est décomposé et tout est interdépendant. Ainsi soigner un individu c’est aussi s’assurer de la bonne santé du groupe, qui le plus souvent participe aux rituels de guérison.

« Il y a plusieurs façons d’exprimer la différence entre le monde des essences et notre monde habituel de phénomènes et d’impressions. » « Qu’elle que soit la manière dont les autres conçoivent et ressentent leur environnement habituel, pour le chamane, la dimension des esprits est toujours présente, quoique cachée. Elle est cachée parce qu’elle ne correspond pas à l’apparence superficielle des choses mais à leur nature intérieure. »

La représentation du monde peut être différente selon les différentes traditions chamaniques, mais d’une façon générale le monde est composé de différentes strates et niveaux de conscience, et les rituels et la transe (favorisée ou non par des substances hallucinogènes) sont les meilleurs moyens d’accéder au monde des esprits et à une autre réalité – la transe pouvant être individuelle (le chamane) ou collective (sous l’égide du chamane).

 

Après cette première approche très rapide, il apparaît comme une évidence que les grandes religions actuelles (monothéisme, hindouisme, bouddhisme…) ont préalablement intégré la vision très ancienne du monde du chamanisme, avant de la transformer peu ou prou. Je soulignerai en passant que la vision animiste du monde est sans conteste la plus partagée au monde. On la retrouve un peu partout, notamment disséminée dans nos sociétés modernes, par  exemple dans les différentes formes de superstition. Que penserait un chamane de « l’esprit du chat noir » ? Un chapitre est consacré au chamanisme dans l’histoire des religions. « …la manifestation du sacré dans une ‘pierre’ ou dans un ‘arbre’ n’est ni moins mystérieuse ni moins digne que la manifestation du sacré dans un ‘dieu’. Le processus de sacralisation de la réalité est le même : la forme prise par ce processus de sacralisation dans la conscience religieuse de l’homme diffère. »

Voilà dressés à grands traits, ici forcément très parcellaires, quelques aspects du chamanisme que j’ai choisis arbitrairement en laissant de côté d’autres dimensions pourtant tès importantes. Mais pour mieux saisir la multiplicité des formes et des représentations du monde du chamanisme, mieux en saisir la complexité, je ne saurais que conseiller la lecture de cet ouvrage passionnant.

Bernard Giusti

Les chamanes, Piers Vitebsky, postface de Jean Malaurie, éd. Taschen GmblH, Kôln, 184 pp., 2001

Des neiges de Sibérie à la forêt d'Amazonie, le phénomène complexe et multiforme du chamanisme est présent dans la plupart des sociétés humaines. "Les Chamanes" nous introduit dans le monde fascinant de ses multiples manifestations historiques et contemporaines.

La dimension médicale du phénomène, qui constitue son aspect le plus spectaculaire, est bien sûr abordée, ainsi que ses dimensions psychologiques et psychiatriques. Mais à travers sa conception originale de la santé, c'est toute une autre perception de l'homme et de la nature que manifeste le chamanisme. Aussi sont étudiés des thèmes aussi variés que la cosmologie des chamanes, leurs rituels d'initiation, leurs visions et leurs transes, leur art très spécifique...

Une cartographie détaillée des traditions chamaniques illustre leur rôle social et religieux dans l'histoire, et rend compte de leur confrontation à la culture occidentale.

Plus de 250 illustrations, pour la plupart en couleurs, parmi lesquelles de nombreuses photographies totalement inédites, viennent enrichir ce guide du chamanisme, postfacé par Jean Malaurie.

commentaires

Mon portrait pae Zoïa

Publié le 24 Août 2025 par Bernard Giusti dans Sur la route..., bernardgiusti

Mon portrait pae Zoïa

J'étais au café La Terrasse d'Italie avec ma fille Iris. A quelques tables de nous, un jeune couple inconnu. Quand je suis parti, la jeune fille s'est levée pour me donner un portrait de moi qu'elle avait dessiné en douce ! Je l'ai remerciée et lui ai demandé son prénom : merci Zoia !

Il y ainsi parfois des rencontres inattendues et tellement sympathiques.

 

commentaires

"Plutôt crever" de Catherine Ursin

Publié le 17 Août 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, Critiques, Ma bibliothèque, bernardgiusti

"Plutôt crever" de Catherine Ursin

La poésie de Catherine Ursin n’est pas une simple poésie à fleur de peau mais une poésie de nerfs à vifs, dans laquelle, littéralement, la chair se fait verbe.

L‘auteure se livre à un véritable travail de dépouillement et de déconstruction du corps et de l’esprit, dans un récit centré autour de la perte, du deuil et de l’amour.

 

Face au vieillissement et à sa conclusion inévitable, la mort, la sphère de l’intime se désagrège dans les fonctions vitales, les viscères  et les humeurs. Les mots sont durs, coupants, scalpels propices à une dissection en règle. Sans doute pour mieux atteindre l’essentiel, la « substantifique moelle ».

Mais au-delà de la violence et de la souffrance exprimées, au-delà de la mort et de la finitude, subsistent des effluves de tendresse et d’amour, souvenirs d’une vie « d’avant » qui ne suffisent pas à combler la solitude existentielle, accrue par le rétrécissement des possibles, la réduction inéluctable de l’avenir.

 

Du style soutenu et sans concession de Catherine Ursin ressort une lucidité qui emporte la chair et les os, et laisse le lecteur osciller sans cesse entre la fascination et l’appréhension.

Un texte violent, triste et beau.

 

Bernard Giusti

 

Plutôt crever, Catherine Ursin, Z4 Editions, 2019, 82 pages, 14 €

"Plutôt crever" de Catherine Ursin
"Plutôt crever" de Catherine Ursin
commentaires

« Les passagers de la Cathédrale » ou la tension vers l’idéal - par Bernard Giusti

Publié le 29 Juillet 2025 par Bernard Giusti dans Critiques, Romans et littérature générale, bernardgiusti, Ma bibliothèque

« Les passagers de la Cathédrale » ou la tension vers l’idéal - par Bernard Giusti

Le roman s’ouvre sur une tempête qui s’abat sur la vieille ville de Meaux. Deux quidams pris dans la tourmente vont se réfugier aux abords de la cathédrale Saint-Étienne. On comprend dès le premier chapitre que ce roman sera dominé par l’importance de la dimension symbolique du récit. Pris dans les éléments, déchaînés les deux hommes réagissent de façon très différente : l’un peste contre le vent et s’énerve, l’autre se contente calmement de protéger sa caquette. Dans cette tempête, reflet de notre époque troublée soumise à des changements profonds, deux attitudes contraires que l'on retrouve chez la plupart de nos contemporains qui, face aux évènements, oscillent entre les réactions émotionnelles et le principe de réalité.

Les deux personnages vont tenter de s’abriter dans la cathédrale, seul élément solide qui se dresse imperturbable dans la violence de la tempête. Par la suite, par l’intermédiaire de l’édifice, deux autres hommes et une femme rencontreront les premiers, et tout le roman va se construire sur les relations d’amitié nouées par ces cinq personnages qui au départ ne se connaissaient pas.

Saint-Etienne de Meaux est ancrée dans l’Histoire et a résonné notamment des sermons et des oraisons de Bossuet: histoire chrétienne donc, et histoire de la littérature classique. Mais pas seulement. Car qui a déjà lu les romans de Valère Staraselski n’ignore pas l’importance donnée par l’auteur aux processus historiques qui les portent. Ce roman-ci n’échappe pas à la règle, les références à l’Histoire y sont omniprésentes et replacent sans cesse notre époque dans le droit fil de la dialectique historique. Aussi cet ouvrage ne doit-il pas être lu comme un simple roman contemporain mas surtout comme un roman d’histoire contemporaine, instantané des débats d’idées qui traversent notre société et ses enjeux politiques et sociaux.

A l’instar des romans philosophiques (1), tout comme dans son excellent « Une histoire française », c’est au travers des échanges entre les protagonistes que l’auteur va, au fil des pages, développer une réflexion philosophique et idéologique portant sur les sujets d’actualité. Ainsi seront abordés, entre autres, des thèmes comme le changement climatique ou la difficulté de militer dans un contexte où les repères semblent se brouiller et se déliter.

Point central et pivot du roman, la cathédrale n’est pas seulement cet édifice solidement ancré dans la terre ni  non plus le témoignage de l’héritage chrétien de notre société. Car qu’est-ce qu’une cathédrale ? C’est le résultat d’une volonté, la concrétisation d’un élan collectif tendu vers un idéal commun. Et c’est bien le rôle qu’elle va jouer tout au long du récit : symboliser la tension permanente des personnages vers l’idéal que chacun porte en soi, réunir des gens qui ne se connaissaient pas, puis les amener au fil des rencontres à se dépasser « spirituellement », étant entendu qu’ici il s’agit de développement et de dépassement de la pensée : « La cathédrale représente le lieu où les gens se rencontrent pour rencontrer ce qu'il y a de meilleur en eux » (2). Dans tous les cas, qu’elle soit religieuse ou athée, il ne saurait y avoir de spiritualité sans un idéal, individuel ou collectif, qui la fonde.

De fait, les liens que partagent tous les personnages, croyants ou non, reposent fondamentalement sur un altruisme que l’on retrouve aussi bien dans l’idéal communiste que dans celui des bases primitives du christianisme. Mais aussi bien sûr dans l’idéal inscrit dans la devise de notre République, où notre société puise fondamentalement ses racines, la fraternité citoyenne.

Qu’ils soient militants associatifs, portés par un idéal politique ou simplement êtres de conscience, qu’il s’agisse d’aider l’autre, le semblable ou le prochain, tous se retrouvent dans cette phrase citée à deux reprises dans le roman : « Ne vivre que pour soi ? Quelle drôle d’idée ! »

 

Servi par un style narratif agréable et très maîtrisé reposant sur de solides connaissances historiques et philosophiques, l’auteur nous invite à réfléchir sur notre place et notre rôle dans notre société héritière des vieilles racines chrétiennes et de la Révolution française. Il nous rappelle que les valeurs que nous portons se défendent d’abord dans les rencontres que nous faisons au jour le jour (3) et que tous nous sommes aussi faits d’Histoire et de rêves.

Avec « Les passagers de la cathédrale » Valère Staraselski signe un ouvrage majeur de son œuvre romanesque. Un grand roman.

 

Bernard Giusti

                          

« Les passagers de la cathédrale » de Valère Staraselski, Le Cherche Midi, 256 pages, 19,80 €

 

(1) On pense bien sûr à « Jacques le fataliste » de Diderot.

(2)) « La maison de la culture est en train de devenir - la religion en moins - la cathédrale, c'est-à-dire le lieu où les gens se rencontrent pour rencontrer ce qu'il y a de meilleur en eux. » André Malraux, Présentation du budget de la culture à l'Assemblée nationale (27 octobre 1966)

(3) « Car c’est bien là le secret : faire comme si absolument tout dépendait de nous et de nous seuls. » (p.50)

article publié sur Vendémiaire

 

Autres articles de BG sur Valère Staraselski : :

Une histoire française - Valère Staraselski

"L’Adieu aux Rois" de Valère Staraselski

Aragon, la liaison délibérée, de Valère Staraselski

"Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon" de Valère Staraselski

Préface à "La Revanche de Michel-Ange" de Valère Staraselski

 

VERSION ABRÉGÉE de cet articles, paru dans le n°45 de la revue Cause Commune

« Les passagers de la Cathédrale » ou la tension vers l’idéal - par Bernard Giusti
commentaires

Au Liberté le 5 juillet 2025

Publié le 6 Juillet 2025 par Bernard Giusti dans Sur la route..., Poésie

Au Liberté le 5 juillet 2025

Distribution de la revue Chemins de Traverse au café le Liberté

Au Liberté le 5 juillet 2025

Camille Aubaude

Au Liberté le 5 juillet 2025

Alexandra Fadin

Au Liberté le 5 juillet 2025

de gauche à droite : Sarah Mostrl, Alexandra Fadin, Camille Aubaude

Au Liberté le 5 juillet 2025

de gauche à droite : Jean-Marie Monod, Pierre Meige

Au Liberté le 5 juillet 2025

de gauche à droite : Bernard Giusti, Jean-Marie Monod, Pierre Meige

Au Liberté le 5 juillet 2025
commentaires

""Lu Sur les Murs C’est d’une justesse absolue" par Valère Staraselski

Publié le 8 Mai 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, Critiques, bernardgiusti

""Lu Sur les Murs  C’est d’une justesse absolue" par Valère Staraselski

Lu Sur les Murs, C’est un cadeau magnifique à votre amour qui est un cadeau fait au lecteur, à tous puisque ça dit à  la fois l’universel et l’intime en même temps que le commun de l'existence. De la grande poésie, j’allais dire réaliste car on vit la grande réalité rendue immédiate, palpable, intelligible. Je ne peux pas, je crois, mieux dire. Mes mots sont trop faibles en regard de mon ressenti. C’est d’une justesse absolue.

 Valère S.taraselski

commentaires

Homme Bleu

Publié le 1 Mai 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti, Vidéos, Ma bibliothèque, Chansons

Homme Bleu

"Homme bleu", poème de Bernard Giusti

mis en musique et chanté par Lionel Woirin :

 

 

HOMME BLEU

A un ami touareg

 

Je sais tous les déserts

Qui sont dans les yeux vagues :

Les rêves y tourbillonnent

Plus mouvants que les sables…

Je suis cet homme bleu

Qui n’est plus qu’un regard

Et je vais, mon étoile

Avec la mort devant…

 

Les sables de papier

Ont bu tous mes remords :

Il fallait bien qu’un jour

Mon fiel cesse de couler…

Je ne suis plus qu’un masque

Emporté par le vent

Et je vais, mon étoile

Avec la mort devant…

 

Je n’attends des saisons

Que la lente brûlure

D’un espoir éperdu

Sans nom où se poser…

Je suis ce masque étrange

Entre les doigts du vent

Et je vais, mon étoile

Avec la mort devant…

 

Je repars chaque jour

Vers ces lieux impossibles

Où la femme que j’invente

Me prendra par la main :

Je suis cet homme bleu

Qui n’est plus qu’un regard

Et je vais, mon étoile

Bien plus haut que ma voix.

 

 

Bernard Giusti,

extrait de La Danse des Masques suivie de Afrique - Ed. Bérénice

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=JcUNkBxNRR8

Homme Bleu
commentaires

"Quand le mot fin subitement apparaît", par Jean-Michel Platier ("Sur les murs", de B. Giusti)

Publié le 1 Mai 2025 par Bernard Giusti dans Critiques, Poésie, bernardgiusti

"Quand le mot fin subitement apparaît", par Jean-Michel Platier ("Sur les murs", de B. Giusti)

Et l’amour étranglé/dans les bras du silence

Comment supporter la finitude d’un être, d’un proche, d’un ami, d’un parent, d’un être aimé ? C’est la question. Que se pose et qu’a dû se poser chaque être vivant depuis la création… mammifères, animaux, premiers êtres humains. Existe-t-il une échelle dans la douleur de la séparation définitive d’avec un être aimé ?

Au-delà de la question d’ordre philosophique, c’est un questionnement sourd, permanent, obsédant qu’est la perte, notamment celle de son double aimé… La douleur de l’amour perdu, surtout lorsque la mort l’emporte, emporte-telle tout ? Que reste-t-il après ? Que pèse le néant pour ceux qui restent ?

J’avais écrit il y a très longtemps ce seul poème dont je me souvienne constamment :

Quête du néant

Au néant d’ailleurs

Ecrire

C’est se suicider avec parcimonie.

Il y a un avant et un après ; à toute chose vivante. La mort n’est pas étrangère à ce cycle infernal. Seul l’art je le crois dépasse ce cadre du vivant dans ses limites biologiques ; l’œuvre naît, vit et ne meurt jamais. Faust se trouve ainsi au cœur de ce chemin étrange. On se consacre à l’œuvre artistique mais on peut aussi s’y perdre ; les gens, les amis, la famille, le temps. Pour quelle échéance, avec quelles certitudes ?

Mais seuls les écrits restent, dit-on…

C’est la raison pour laquelle j’ai écrit Un poème pour la nuit, recueil dédié à ma mère décédée, seul hommage que j’ai su lui rendre, de fils à mère.

Bernard Giusti interroge, avec la mort soudaine advenue, l’absence ; l’absence de l’absente.

Qu’est la mort pour ceux qui restent ? Un terrible et très fin espace de vie où se termine la vie. Un terrible aveu d’impuissance. Une vie. Un cœur qui bat, des yeux qui voient, un souffle qui soulève la poitrine. Un sang qui vibre sous la peau ; une vie parmi tant d’autres, fondamentale pour ceux qui restent, insignifiante pour l’humanité dans son entier. La Terre ne s’arrêtera pas de tourner mais la mort aura marqué un point. Mis à part les proches, les autres habilités au rite ne verront qu’un objet qu’est devenu ce corps désincarné.

A force de l’habitude de la monotonie, de la vie quotidienne, on ne voit plus ou mal les êtres qui sont autour de nous, qui sont souvent nos piliers, notre fondation ; on ne les écoute pas plus et on ne peut pas tout, compte tenu des impératifs de la vie, professionnelle, sociale et j’en passe. Et puis quand le mot fin subitement apparaît, l’espace du vide nous arrête ; que peut-on devenir face à l’absence ? C’est ce mur soudain que l’on se prend qui nous surprend dans notre finitude.

Ce que l’on n’a pas fait, pas dit… ; faute de courage, de volonté, ou d’éducation ; c’est selon. Qu’est-ce qui nous reste alors ? Le silence, les regrets ou les remords ? Le temps qui nous reste à vivre à expier… ?

L’auteur nous parle de la réalité de la séparation entre deux amants aimants, aimés. Il ne reste que l’amour pour dire ces mots extrêmes ; même si la mort l’emporte, le poème relie les vivants et les morts dans cette symphonie extraordinaire du vivant ; le poème relie. C’est la seule forme et la seule force qui rejoint. Même si tout ne tient qu’à un fil…

Il me faudra désormais attendre mes fantômes et survivre à la nuit.

Survivre c’est vivre. La parole des vivants n’est qu’une faible consolation. J’envie les croyants qui croient en une vie après la mort. J’espère de tout cœur qu’ils ont raison.

Etranger à moi-même,

Je peux enfin t’aimer.

Car les morts sont en nous. Pour toujours ; ils vivront encore tant qu’ils ne seront pas oubliés après nous ; car telle est bien la destinée humaine ; nous vivons nos vies et une fois terminée nous revivons jusqu’à ce que l’on soit définitivement oublié ; en laissant la place aux autres humains. Construite de nous, de nos gènes, de nos œuvres d’art, la vie à venir est celle que nous avons laissé pour que la beauté se propage au travers des décennies et des siècles.

Ecoute ce chant d’amour

Désormais sans écho…

Rien n’est plus terrible qu’une parole perdue qui ne peut rebondir faute d’être écoutée, entendue ; rien n’est pire que le vide en soi. Si la poésie ne peut que résister à la mort, elle édifie un temple de souvenirs, luttant contre le temps inexorable qui passe et qui efface, mais qui rend vivant chaque mot, chacune des impressions et des émotions des vers du poète qui remplissent de songes vivaces la poésie des traces contre la mort.

Elle n’aura décidément jamais le dernier mot !

 

Jean-Michel Platier

 

Sur les murs de Bernard Giusti, éditions L’Homme Bleu, 52 p., 2025, 10 €

commentaires

J'ai lu SUR LES MURS de Bernard Giusti, par Janine Delorme

Publié le 28 Avril 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti, Critiques

 J'ai lu SUR LES MURS  de Bernard Giusti, par Janine Delorme
 J'ai lu SUR LES MURS  de Bernard Giusti
Edition L'Homme Bleu

 

« D'une infinie tendresse,
  d'une infinie caresse »

 

est cet ouvrage, hommage de Bernard Giusti à sa compagne disparue brutalement et prématurément.

Mais aussi d'une infinie poésie et d'une infinie beauté.

Cinquante pages dans lesquelles récits, poèmes, tableaux sont judicieusement entremêlés, les uns faisant écho mais aussi résonance avec les autres. L'esthétique de la mise en pages, magnifique, participe de cet échange quasi musical. Un trio pour poèmes, récits, et œuvres picturales.

Un trio écrit en mode mineur, comme la partition de  la mort de Didon   dans le ''Didon et Enée'' de Purcell.

 

«D'une infinie tendresse,
d'une infinie caresse »

Mais aussi d'une infinie tristesse.

  « Remember me » chante Didon.

Non Bernard n'oubliera pas Pascale. Les mots les œuvres sont immortels. Et SUR LES MURS continuera sa route, dans d'autres mains, pour d'autres yeux car ce livre est un bijou rare. Une œuvre d'art.

 

« D'une infinie tendresse,
d'une infinie caresse »

Mais aussi quel amour infini,

quelle infinie détresse

transpirent de cet hommage.
 
«... si tu t'en vas la vie est ma peine éternelle ;
 

Si tu meurs les oiseaux se tairont pour toujours

Si tu es froide aucun soleil ne brûlera

Au matin la joie de l'aurore

Ne lavera plus mes yeux.. »

(in La chanson de Tessa. Texte Jean Giraudoux.

Musique Maurice Jaubert)

 

Et après le plaisir et l'émotion de cette lecture, chacun d'entre nous ne pourra qu'envier être l'objet d'un tel amour.

 

Janine Delorme

 

commentaires

Rencontre avec la poétesse Marguerite Jargeaix

Publié le 26 Avril 2025 par Bernard Giusti dans Sur la route...

Rencontre avec la poétesse Marguerite Jargeaix

J'ai connu mon amie Marguerite il y a 20 ans et c'était, ce samedi 26 avril, nos premières retrouvailles au café Le Liberté !

 

 

commentaires
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>