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  le blog de Bernard Giusti

Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux

"Sur les murs" : un immense chant d’amour - par Sarah Mostrel

Publié le 23 Avril 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti

"Sur les murs" :  un immense chant d’amour -  par Sarah Mostrel

Sur les murs, j’ai envie de crier ton nom, pourrait dire le poète. Car le recueil, assemblage de douleur, de beauté, de poésie, est comme une invocation. Un cri d’amour, de l’impossibilité de dire encore l’amour à l’être aimé.

Et pourtant, par-delà la mort, le cri est adressé. Les mots circulent et l’envolée atteint son but. Un écho sur le mur, qui rebondit, dans un « tourbillon incessant » jamais perdu, même si les mots « s’envolent avec le vent ».

Et nous les entendons, ces mots, merveilleux, passionnés, implorants, réalistes, oniriques, purs et désespérés souvent. Puissance dans l’impuissance. Lumière face à l’obscurité, tandis que le soleil, inlassablement, illumine Pascale la lumineuse. Dans la vie. Dans sa mort.

Le poète n’est pas seul, il est avec son amour. L’absente est si présente dans le cœur de l’homme. L’amour ne meurt pas, seuls les êtres disparaissent, s’absentent, pour un temps, un long temps dont on ne sait rien.

Il s’exprime ici, triomphant, surplombant les rocailles, le tumulte, l’injustice.

Intact, il gagne et nous touche au plus profond.

Certes, rien ne peut ramener l’être cher, mais nul ne peut non plus l’effacer. Il vit dans le battement de cœur du poète, et l’âme de la belle salue celui qui l’honore.

Le texte est une offrande, un présent pour le lecteur qui assiste à la célébration. Partout, le sacré danse et on l’espère, adoucit le cœur meurtri.

Les murs entendent la voix, un désespoir en huis-clos où l’ombre des larmes nous inonde de leur ampleur. Imprégnés du sentiment prenant, si prégnant, ils nous enveloppent et font écho à nos propres tourments. Car les murs savent la douleur, ils l’épongent, sont réceptacle.

La conjoncture est troublante.

Avant, il s’est empressé. Il ne fallait pas le rater, le train de la vie. L’erreur d’affichage avait semé la panique. Un signe invisible, annonciateur peut-être, comme signe de survie pour être auprès d’elle dans une course après le temps. Le temps qui reste.

Ce ne devait bien sûr pas être le train de la mort prochaine. Avec cette issue fatale.

Mais il fallait être là, même quand l’innommable s’est produit. Être là pour elle. Jusqu’au bout.

« Mieux vaut le vide… », dit Bernard Giusti qui sait mieux que quiconque que le vide n’existe pas… Mais le souffle est bruyant pour celui qui reste. Et dans un premier temps, il n’est possible que de se cloîtrer, s’abandonner, se fondre dans la tristesse, dénigrer tout ce qui n’est pas elle. Rien n’est plus saveur ni envie sans elle.

Pascale s’est figée et Bernard aussi, dans une union confondante, comme pour ne pas laisser l’once d’un oubli apparaître ni aucune ombre ternir l’harmonie.

Perte de repères, désarroi, incompréhension, détresse… mais jamais perte de l’être, si sensible et si proche. Dans le vibrant souvenir, la souffrance se dépasse. L’ode ravive le corps, la caresse est tendresse.

Le poète, de cette pudeur qui étreint le lecteur, tente, dans le silence assourdissant, de s’accrocher. « Je tiens ma vie en équilibre. A chaque pas que je décide. Et chaque fois que mon cœur vibre... », exprime-t-il dans son lamento d’existence, où les nuits sans rêves laissent peu à peu place aux rêves, « vers d’invisibles profondeurs », quand émerge « la beauté, surgie de l’insignifiance ».

« Je deviens toi, qui me regarde », assure-t-il, à l’affût du moindre des cillements.

Et le bal de reprendre, quand la disparue « flotte et danse », illuminant les murs d’un contour qui relève et défie le bas monde, le nôtre, abyssal.

« Il nous semblait que le voyage ne finirait jamais », se désole l’auteur, à qui ne « reste que le sable qui s’écoule entre (m)es doigts ». « Tout a disparu dans le désert ». Tout a-t-il disparu ?

Le liseur assiste à un voyage sans fin, à un élan inédit, à une aventure qui est en dehors du temps, des contingences. « Demain n’existe pas », mais la vie continue, inéluctablement, et il y aura « d’autres printemps ravissants et d’autres été torrides ».

« Avancer, marcher » vers « l’horizon lointain », « inatteignable par définition », est nécessaire. D’autant que l’être aimé au sourire tendresse nous accompagne, de sa présence éternelle, tout le long et au-delà.

L’immense « chant d’amour » de Bernard Giusti nous fait frissonner. Pascale papillon s’est envolée, mais son chemin est empreint de lumière. Celui qui a guidé son homme à écrire ce livre, après le deuil. Un grand œuvre.

 

Sarah Mostrel, 23 avril 2025

 

Bernard Giusti, Sur les murs, éd. L’Homme bleu, 2025

 

Je suis heureuse d’avoir participé à ce recueil avec ma modeste encre. Pour Bernard, et pour Pascale, une trace émise dans le jardin du silence pour que « le bonheur » l’emporte sur « la tragédie ».  Sarah

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"Un poème pour la nuit" de Jean-Michel Platier

Publié le 18 Avril 2025 par Bernard Giusti dans Poésie

"Un poème pour la nuit" de Jean-Michel Platier

Il est des blessures indélébiles qui modèlent toute une vie. Dans ce recueil émouvant dédié à Josiane, sa mère disparue en 2022, Jean-Michel Platier dresse le portrait d’une femme hantée par le souvenir d’un grand frère mort (A douze ans elle a été assassinée / Après que son grand frère soit mort), mort dont elle ne se remettra jamais et qui rejaillira sur toute son existence et sur celle de ses proches (Et cette tragédie devint nôtre / A nous qui n’étions point encore nés).

Par petites touches successives, Jean-Michel Platier retrace la vie de cette mère aimée, mais avec qui la communication restera sans cesse distanciée par la forteresse du souvenir dans laquelle elle s’est enfermée, ce qui amène le poète à ce constat amer :   L’amour la mort il faut toujours avouer / Frappent sans mégarde / Sans jamais aucun retour.

Dans toutes les difficultés traversées par Josiane au cours de sa vie, il y a une constante : la vie vécue comme une maladie, c’est-à-dire comme un combat permanent. Fille du Jura, elle sait qu’il faut

Ne rien laisser à la nuit

Et se battre tous les jours

Se battre encore

Sans jamais rien laisser

A découvrir le visage de cette mère disparue à travers les photos du recueil, mais plus encore à travers les mots du poète. Au fil du recueil, le lecteur que je suis et qui n’a pas eu de mère à aimer se prend d’affection pour cette femme qu’il n’a pas connue, cette femme écrasée par le poids du souvenir mais qui aura su faire face toute sa vie durant.

Et c’est peut-être là le legs de la mère à son fils : vivre sa vie comme un combat, un combat qui finalement fut leur lien permanent :

Tous ces silences

Entre nous

Auront été notre langue

Notre chant de résistance

 

Ainsi, Jean-Michel Platier peut-il enfin écrire :

Et maintenant on se comprend.

 

La poésie de ce recueil diffère de celle à laquelle Jean-Michel Platier m’avait habitué en ce qu’elle exprime en filigrane une douceur et une tendresse inhabituelle pour l’auteur, qui nous offre là le très bel hommage d’un fils à sa mère.

 

Bernard Giusti

 

Un poème pour la nuit – Jean-Michel Platier – Bérénice Editions Nouvelles, 2023, 54 pp.

 

"Un poème pour la nuit" de Jean-Michel Platier
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"Aspects de la religion fang" - Paulin Nguema-Obam

Publié le 13 Avril 2025 par Bernard Giusti dans Anthropologie, Ma bibliothèque

"Aspects de la religion fang" - Paulin Nguema-Obam

Société patrilinéaire, la société fang s’organise et se structure autour du culte de l’Ancêtre (Melan). Il n’existe pas de caste sacerdotale, tout Fang initié au Melan pouvant présider le culte. Chez les Fangs ; tous les membres sont égaux, il n’y a pas de distinction de classes, d’ordres ou de statuts (p.54)  

L’Ancêtre est matérialisé per le byer, le crâne d’un ancien. Différemment des crânes d’Océanie, par exemple, le byer est un crâne nu conservé dans le foyer familial dans une boîte cylindrique surmontée d’une statuette reliquaire. Par l’intermédiaire du byer, « l’Ancêtre est l’axe de la société, le garant du monde des vivants et de la vie future. A lui se rattachent, directement ou indirectement, les manières de faire, les croyences, les rites, l’organisation sociale. Avec luui, le diversité apparente devient cohérente, intelligible. » (p. 51)

Dans une première partie, Paulin Nguema-Obam se livre à une analyse ethnographique et linguistique des formules et du rituel de bénédiction, destinés à réconcilier un individu avec le représentant de l’Ancêtre, le byer, car les ennuis de la vie quotidienne (le manque de réussite,  la malchance, la maladie, etc.) sont le résultat d’une mauvaise conduite de l’individu vis-à-vis du byer. Les formules de bénédiction sont donc destinées à renouer un lien harmonieux entre l’individu fautif et l’Ancêtre. Paulin Nguema-Obam reprend et développe le rituel et les formules de bénédiction dans la dernière partie (pp.69 à 85)

Tout le monde ne peut pas devenir byer après sa mort. Il faut que le Fang l’ait demandé avant sa mort mais aussi qu’il se soit distingué de son vivant, jadis surtout par les armes, aujourd’hui surtout par la richesse (P.39).  A l’origine, le byer était propriété de la tribu sous la garde d’un seul individu. Généralement la garde était confiée à un individu socialement modeste ou disgracié par la nature. Les riches étaient écartés de cette fonction, le riche étant porté à vouloir tirer un profit personnel du byer. Il s’agissait d’empêcher un individu de dicter sa loi aux autres au détriment de la communauté. Mort, le riche pouvait servir les intérêts de la communauté et donc son crâne devenir byer (p.46)

Face à l’offensive coloniale chrétienne, les Fangs sobt devenus moins « naïfs ». Ainsi, la disparition des liturgies et rituels publicq a pu laisser penser sue le culte de l Ancêtre avait disparu. En réalité, parallèlement au rejet du christianisme, religion des missionnaires et des  colonisateurs, le culte de l’Ancêtre a continué dans l’intimité familiale, car, « les grandes manifestations ne sont pas indispensables au culte de l’’Ancêtre. »  

Si le concept de dieu fondateur est commun aux Fangs et aux Chrétiens, il n’y a pas adéquation. Chez les Fangs le dieu fondateur n’intervient ja mais dans le monde des vivants. D’autre part, comme dans d’autres religions, le dieu fondateur n’est jamais nommé  explicitement, mais par des périphrases (p.48). En outre, contrairement au christianisme à vocation universelle, pour les Fangs « L’Homme se donne les croyances, les religions et les saints en fonction de critères qui ne sont pas universels, ni valables d’une société à l’autre. Quelle supériorité aurait, sur le crâne authentique, devenu objet de culte, d’un Ancêtre connu, la relique hautement hypothétique d’un saint Joseph invraisemblable ? » (p45)

 

Ce petit livre de Paulin Nguema-Obam est riche d’enseignements, non seulement sur l’organisation de la société fang, mais aussi sur la résistance d’une société traditionnelle à l’offensive religieuse de colonisateurs occidentaux.

 

Bernard Giusti

 

Les M’fan ou Fang forment un groupe ethnique bantou que l’on trouve aujourd’hui en Afrique centrale, essentiellement en Guinée équatoriale, et au Gabon - woleu-Ntem, mais aussi au Cameroun, et à Sao Tomé-et-Principe. Le groupe des langues m'fan/fang est composé de plusieurs dialectes et créoles, dont le fang.

 

Aspects de la religion fang – Paulin Nguema-Obam, éd. Karthala, 1983, 100 pp.

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Jean Claude Ameisen, "Sur les épaules de Darwin"

Publié le 6 Avril 2025 par Bernard Giusti dans Critiques, Philosophie, bernardgiusti, Ma bibliothèque

Jean Claude Ameisen, "Sur les épaules de Darwin"

S’appuyant sur les disciplines des sciences et des sciences humaines Jean Claude Ameisen (*) nous propose une réflexion philosophique portant sur la mise question de nos connaissances à travers les nombreux aspects pris par l’évolution. Evolution des espèces, bien sûr, mais aussi évolution de l’univers, des sociétés, évolution physiologique au sein d’une même espèce (notre cerveau par exemple), etc. Une longue promenade érudite dont le principe est suivre l’évolution dans toutes ses formes.

Cet ouvrage est une mine de citations qui ont essentiellement pour objet de nous rappeler d’où nous venons pour mieux comprendre ce que nous sommes. La méthode est louable et ambitieuse puisqu’il s’agit d’étayer le discours par une approche multidisciplinaire : « Monter sur les épaules des savants, des penseurs et des poètes. Sur les épaules des géants. Pour voir plus loin. Et redécouvrir, ensemble, notre commune humanité. »

Ce qui peut arriver quand des scientifiques s’égarent dans la philosophie

Mais, tout à un parti pris « d’approche scientifique », Jean Claude Ameisen oublie, volontairement ou non, de monter sur certaines épaules, dont celles de la psychanalyse. Ainsi tout ce qui se rapporte à l’activité psychique est-il finalement ramené à des mécanismes neurobiologiques, des connexions neuronales et autres phénomènes physico-chimiques. Or, la question à l’origine de l’invention de la psychanalyse était précisément de résoudre une énigme : comment passe-t-on du somatique, des cellules et des molécules, à la pensée et au psychique ? Question à laquelle à ce jour personne n’a répondu, ni les neurobiologistes ni les psychanalystes.

Prendre le parti pris d’une approche purement somatique de ce problème sous prétexte de scientificité c’est du même coup manquer singulièrement d’objectivité. Grave erreur pour un scientifique ! Ainsi Jean Claude Ameisen évite-t-il soigneusement par exemple de prendre en compte l’inconscient (concept pourtant largement admis aujourd’hui) dans les activités cérébrales, ce qui l’amène à avancer l’existence d’une « énergie noire » à l’œuvre dans le cerveau. Energie noire en référence évidemment à la « matière noire » des astrophysiciens : dans les deux cas c’est une façon de dire qu’on ne sait pas ce que c’est. Le tour de passe-passe consiste à traiter l’énergie noire comme un élément objectif alors qu’en l’occurrence il ne s’agit ici que d’un terme visant à éviter soigneusement de parler d’inconscient.(1)

 

En fin de compte, si le discours est fluide et bien construit, cet ouvrage de vulgarisation mène souvent Jean Claude Ameisen à enfoncer des portes ouvertes et à éluder ce qui ne rentre pas dans le strict cadre de ses apriori scientifiques.

Comme d’autres avant lui, Konrad Lorentz ou Henri Laborit par exemple, Jean Claude Ameisen aurait eu tout intérêt à se cantonner à son domaine…

 

Bernard Giusti

(1) : Personnellement, je trouve toujours amusant d'assister à la contorsion intellectuelles de la plupart des neuro-quelquechose pour surtout ne pas parler d’inconscient !

Jean Claude Ameisen, Sur les épaules de Darwin, Actes Sud, 2014, 440 pages

(*)Jean Claude Ameisen, médecin, immunologiste et chercheur français en biologie. Il est directeur du Centre d'études du vivant de l'Institut des humanités de Paris de l'université Paris-Diderot et a été président du Comité consultatif national d'éthique (2012-2016). Il publie plusieurs ouvrages de vulgarisation et anime l'émission de radio de France Inter intitulée ‘Sur les épaules de Darwin’.

 

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Sur les murs - "Une présence lumineuse" par Marguerite Jargeaix

Publié le 30 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti, Photos, Peinture et dessins

Sur les murs - "Une présence lumineuse" par Marguerite Jargeaix

Saisie par l’émotion qui étrangle à la lecture de Sur les murs, cet hommage de Bernard à Pascale nous donne à entendre l’écho muet du chagrin qui rebondit sans fin sur les parois, ce désespoir infini à la perte de la femme aimée. Sans recherche d’effets, la vérité pure de la douleur de celui qui perd le vif essentiel… Pascale, j’ai vu ta présence lumineuse au travers des mots éperdus de Bernard, votre évidence…

Une femme belle, généreuse, emplie d’amour, toujours à l’assaut de l’injustice des hommes, du mépris des écartés. Projet d’une vie, partage dans la lutte comme dans la sérénité de l’intime s’affirment comme un non-sens. Tout est non-sens. Le bruit, le son, la parole, même le silence, rien ne répare l’absence.                                                                      

Le récit, les poèmes et les images de Sur les murs se rejoignent pour dire ce vertige du vide. 

Un ouvrage puissant qui dit l’absolu tout court.

Marguerite Jargeaix

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Sur les murs - "Douceur, mélancolie et révolte" par Brigitte Guilhot

Publié le 29 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, Critiques, bernardgiusti

Sur les murs - "Douceur, mélancolie et révolte" par Brigitte Guilhot

[...] J'ai bu un café avec Bernard Giusti alias l'Ours Blanc, mon éditeur de Soluble. Occasion pour moi d'acquérir [...] Sur les murs, dédié à sa compagne disparue, Pascale Cherrier, qui était tellement belle, sympa et passionnée. J'ai commencé à le feuilleter et suis déjà parcourue de frissons et d'émotions. Sans parler des œuvres d'artistes qui résonnent en écho. [...] 

Je suis dans le train qui approche de ma destination, et je viens de terminer Sur les murs, le recueil de Bernard Giusti à Pascale, son grand amour disparu. Je n'aime rien tant que l'écriture intime quand elle rejoint l'universel, et il y a dans ces lignes une douceur, une mélancolie, une révolte, et une présence-absente si étrangement incarnée, que je ne sais pas bien -de celui qui écrit , de celle à qui les mots s'adressent, et de moi qui les lis - qui console qui. Car c'est un livre qui console. Encore une fois, par-delà le choc et la sidération, la colère et la solitude, les mots coulent comme les eaux de la Moldau, apaisants puis impétueux, puis à nouveau calmes, comme pour caresser une peau blessée, redonner le goût du rire a des enfants secoués de larmes. Au-delà de la douleur et de l'immense silence, tout dans ces pages est fait pour que ce soit beau et bon pour l'Absente qui les inspire. De l'infinie tendresse poétique des mots, aux œuvres des quinze artistes-amis qui les accompagnent en étreinte chaude, on y avance doucement, en retenant sa respiration, pour ne rien brusquer, ne rien abîmer, ne pas déranger les amants, pour laisser les papillons qu'elle aimait poursuivre leurs voltiges pleines de grâce, et aux arbres qu'il a planté pour elle la chance de croître dans leur jardin aujourd'hui retourné à la friche originelle. "Trois genêts pour la pureté de notre amour et trois sauges pour purifier nos regards et apaiser nos pensées." Je ne sais pas si les petits riens qui nous font parfois aimer la vie sont là pour nous permettre d'oublier les élans qui nous brisent le cœur, mais je crois intimement que cette œuvre donne sens à l'éphémère passage d'une Humaine unique et à la folle puissance de l'amour, ce qui est un cadeau ineffable. "Et je te vois encore avancer dans la lumière d'été, sereine dans ta robe légère, suivie par tes chats..." Poussière d'étoile... Pascale, peut-être, glissera une plume ?»

Brigitte Guilhot

Sur les murs de Bernard Giusti, éd. L'Homme Bleu

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Sur les murs - "Par-delà la souffrance et le silence" par Alain Toulmond

Publié le 29 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, bernardgiusti, Critiques

Sur les murs - "Par-delà la souffrance et le silence" par Alain Toulmond

Il y a dans ces mots une douleur et un chant coloré, une révolte et un désespérant espoir, dans ces lignes surtout une présence.  C’est un texte qui submerge, la vague du souvenir, l’insaisissable avant vous emporte et accompagne à la rencontre de Pascale. Une envoutante, insistante mélopée qui inexorablement invite à la rencontre avec elle. L’être qu’elle est encore et toujours ! Par-delà la souffrance et le silence.

C’est à un voyage en mémoire d’absence que nous invite Bernard. Il délivre le silence… Le cri de n’être plus auprès, de ne pouvoir être encore, plus qu’à côté mais avec. Poésie de tendresse. Fraternité d’émotions. Chaleur de la camaraderie… Sobre intimité qui dit et accompagne une découverte, une âme dont on se prend à rêver… Être l’ami !   

L’insoutenable est difficilement partageable, la perte comme l’amour est hermétique à qui ne le vit pas… C’est là entre les lignes, au détour d’une onirique iconographie que Pascale surgit, vibrante, aimante, voltigeant et embrassant la réalité, entre sauges et genets afin de peupler l’histoire qui accompagne ceux qui se reconnaissent…  

Le temps fuit, l’image, l’âme et le sang que l’on aimait à entendre battre au rythme d’un accord se sont éloignés, mais une évanescente lueur, éphémère folie de ce qui fut, continue de tracer un sillon…

Alain Toulmond

Sur les murs de Bernard Giusti, éd. L'Homme Bleu

 

 

 

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Sur les murs - « Une incandescente beauté’ » par Danièle Gasiglia-Laster

Publié le 25 Mars 2025 par Bernard Giusti

Sur les murs -  « Une incandescente beauté’ » par Danièle Gasiglia-Laster

Des mots pour dire la prison de la douleur, des mots qui se heurtent à des murs. Qui ne serait pas bouleversé par ce livre aurait un cœur de pierre, comme ces parois contre lesquelles se cogne la souffrance. Comme le disait Philippe Forest dans L’Enfant éternel, où il parle des mots écrits par Hugo et Mallarmé après la mort de leur enfant, « L’art est l’énigme noire méditée ».  Les mots ne comblent pas le vide. Ils sont là pour témoigner, pour dire aux autres « Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi ! » car tout le monde, sans exception, se heurte à cette tragédie inacceptable, insupportable, la mort d’un être aimé.

Vide et pourtant plénitude : il s’agit, dans ce livre, de continuer à dire à la femme aimée, absente et présente, l’amour infini qu’elle inspire. À cette femme solaire, lumière, « comète évanouie après soixante-six tours de soleil », Bernard Giusti adresse un message,  déchiré, meurtri, mais d’une incandescente beauté. À travers cet hommage, l’auteur dresse un magnifique portrait de l’absente, attentive aux êtres fragiles, incarnation de la vie, de la générosité, de la lutte contre les oppressions et les tyrannies. Et surgit cette magnifique question: « que serait une révolution sans amour ? ». 

Impossible, pour celui qui reste, de conjuguer le verbe aimer. Il ne peut pas, comme le narrateur d’une célèbre chanson, dire « tu m’aimais, je t’aimais ».  Comment concevoir le passé, rejeter en arrière un amour toujours présent, toujours brûlant ?  Bernard Giusti ne cherche pas à sublimer la mort par les mots : il est conscient que la beauté de la poésie n’est pas un baume à la douleur. Juste une tentative de ne pas rester immobile. L’épigraphe laisse entrevoir un espoir ; « Et finalement, emportés dans un tourbillon incessant, les mots se glissent entre les barreaux et s’envolent avec le vent », mais la fin du recueil dit encore la solitude : « Il y aura la valse des saisons : je la danserai seul et je m’étourdirai de ton absence. », et plus loin, pour conclure :  « Écoute ce chant d’amour / désormais sans écho… ».  Qui sait ?  Pascale Cherrier éclate de rire sur la photo  ouvrant le livre qui lui est dédié et elle sourit, pensive, sur la dernière, comme si elle répondait à Bernard : « Je suis toi, je suis là ».  Je veux peut-être conjurer le sort, garder une lueur d’espoir, mais ce témoignage d’amour est si puissant et si merveilleusement écrit que je ne peux imaginer que soit perdu ce qui a lié ces deux êtres.

Quinze artistes ont donné à Bernard Giusti une œuvre pour accompagner son texte tout au long du livre : quinze témoignages d’amitié de ces hommes et de ces femmes, comme s’ils ne voulaient pas laisser Bernard seul avec son deuil. Ces images sont toutes très fortes, apaisantes ou angoissées, faisant comme une haie d’amour et de compassion à la douleur, comme pour répondre à Bernard qui a écrit « Et plus personne n’entend la musique des étoiles ».  En le lisant, on s’efforce de l’écouter, cette musique des étoiles.

 

Danièle Gasiglia-Laster

 

Bernard Giusti, Sur les murs, L’Homme bleu, 2025

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"Sur les murs",un article du poète Francis Vladimir

Publié le 25 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Critiques, Poésie

"Sur les murs",un  article du poète Francis Vladimir

Un texte rare et beau, le miroir de l’absence pour celle qui est partie vers cet ailleurs dont nous retenons le nom sur les lèvres, dans un murmure effleuré. Voilà qui, en d’autre temps se serait nommé tombeau, cette tentative poétique de dessiner la disparue. Celle-ci, je l’ai connue, Pascale Cherrier qui, douze années durant, fut la compagne de l’ami Bernardo, comme je le nomme affectueusement parce que la vie concède la joie de rencontres qui tiennent tête au temps qui passe. Les éditions de l’homme bleu ont vocation de proposer des textes qui relèvent de l’art, souvent pictural, et cette édition consacrée au souvenir de Pascale Cherrier s’inscrit dans ce choix. L’auteur a fait appel à quinze artistes-peintres-plasticiens qui illuminent de leur participation amicale, affectueuse, chaleureuse les pages de ce livre dont on n’ose dire qu’il est un hommage à l’absente. Dire avant toute chose que la première de couverture tirée d’une peinture en tonalité gris-bleu d’Annie-Roxane Maurer, dont le souvenir partagé par beaucoup encore reste inaltérable de présence artistique et humaine, restitue ce que fut Pascale, une lectrice attentive , une passionnée de la vie.

Le texte de Bernard Giusti est une adresse subtile et retenue, une lettre ouverte, à celle qui fut son amour, sa compagne, son alliée, celle qui est arrivée à un moment où chacun pourrait penser que la vie a définitivement passé, coulé sans qu’on ait réussi à en convoquer les rares instances du bonheur. Il pourrait paraître inutile de signifier son amour autrement que par les gestes du quotidien par lesquels on maintient l’approche constante de l’autre à soi, pour le sentir, le garder contre son cœur, le respirer, le caresser avidement, l’aimer toujours. Cette déclaration que d’aucuns s’essayent à offrir à l’autre en dépit justement du petit quotidien répétitif qui pourrait nous en éloigner, voilà qu’il faut en retrouver le chemin, l’énergie première sans laquelle on perdrait les couleurs de la vie. En cela, le texte de Bernard Giusti, le très beau texte de Bernardo, édifie un temps de mémoire précis, celui où la séparation s’est faite, brutale, violente, définitive, sous ses yeux dans l’affaissement de sa bien-aimée chez elle, en présence de son médecin, impuissant à la faire revenir. De cet événement que d’autres aurait rejeté, enfoui, l’auteur en fait le réceptacle d’une douleur qui, pour aussi vive qu’elle fut et reste, a été son chemin de croix mais aussi, paradoxalement, le bâton sur lequel s’appuyer pour rester debout, cheminer jusqu’au bout.

La vie est cruellement impassible à nos peines. Elle ne s’accorde que peu à nos désirs et nos espérances les plus humaines, ceux de nous restituer nos aimés.

À lire les pages de ce livre, Sur les murs, qui évoquent la force et les traces d’un amour en allé, les empreintes que les photographies punaisées entretiennent dans la mémoire de celui qui s’essaye à garder le battement de son amour fou, on se sent, à son tour, profondément concerné, pris à partie comme si la belle figure de Pascale Cherrier, du lieu où elle se tient à présent, en surplomb, nous invitait à plus d’attention à l’autre, à plus de tendresse, à plus d’amour. Pages lumineuses d’un amour réitéré dans les mots, en allégeance volontaire et nécessaire à la femme-Messie d’amour, paradoxale accalmie poétique qui n’exclut pas, en certains passages, la révolte et l’injustice face à l’abandon définitif, une traversée de la douleur. Des pages qui s’affairent autour de Pascale Cherrier qui, plus que le souvenir d’elle, tressent et filent une présence et pour ceux qui la connurent, nous redonnent son port de tête, son regard empli de clarté et de bienveillance, son front de bonté naturelle, son être chaleureux et bienfaisant, font entendre la chaleur de sa voix, son accent et son débit reconnaissables. De cela, sans aucun doute, la déclaration d’amour de Bernard Giusti est porteuse, de cet infini qu’on garde à l’autre, cette sensation d’être dans l’ombre de celle qui fut sa lumière et qui se fait alors éternelle présence. De la douceur lacérée que les poèmes, d’une simplicité poignante, lèvent comme un levain d’amour, on se laisse envahir comme si, l’amour demandait à infuser en nous en dépit de la cruauté de l’absence, comme si, finalement, les parcelles d’éternité de l’amour véritable, faisaient la nique à la dévoreuse, à la mort. « Tandis que dans mes rêves/ Ton ombre flotte et danse/ Chaque jour est un naufrage/ Une dérive incessante/ Sans but et sans escale/ A l’horizon des songes/ Ma vie à rapiécer/ Avec tous les voyages/ Que nous n’avons pas faits… » Enfin comment ne pas saluer dans le récit des événements la justesse du ton, le regard posé, par l’auteur Bernard Giusti, sur l’aimée, la délicatesse avec laquelle l’évocation coule comme une source claire, une eau d’amour renouvelé, un philtre apaisant que la poésie, la littérature, l’art tendent à des lèvres muettes, insufflent à des corps fracassés, redonnent à des âmes perdues. Un livre écrin qui dit la beauté de Pascale Cherrier.

Francis Vladimir – 11 mars 2025 -

Sur les murs de Bernard GIUSTI – éditions de l’homme bleu – 2025 – 50 pp – 10€  + 5 euros de FP

 

Article relayé sur le site La Faute à Diderot

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Rencontre avec Brigitte Guilhot

Publié le 25 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Sur la route...

Avec mon amie l'écrivaine Brigitte Guilhot au café Liberté

Rencontre avec Brigitte Guilhot
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