Sur les murs, j’ai envie de crier ton nom, pourrait dire le poète. Car le recueil, assemblage de douleur, de beauté, de poésie, est comme une invocation. Un cri d’amour, de l’impossibilité de dire encore l’amour à l’être aimé.
Et pourtant, par-delà la mort, le cri est adressé. Les mots circulent et l’envolée atteint son but. Un écho sur le mur, qui rebondit, dans un « tourbillon incessant » jamais perdu, même si les mots « s’envolent avec le vent ».
Et nous les entendons, ces mots, merveilleux, passionnés, implorants, réalistes, oniriques, purs et désespérés souvent. Puissance dans l’impuissance. Lumière face à l’obscurité, tandis que le soleil, inlassablement, illumine Pascale la lumineuse. Dans la vie. Dans sa mort.
Le poète n’est pas seul, il est avec son amour. L’absente est si présente dans le cœur de l’homme. L’amour ne meurt pas, seuls les êtres disparaissent, s’absentent, pour un temps, un long temps dont on ne sait rien.
Il s’exprime ici, triomphant, surplombant les rocailles, le tumulte, l’injustice.
Intact, il gagne et nous touche au plus profond.
Certes, rien ne peut ramener l’être cher, mais nul ne peut non plus l’effacer. Il vit dans le battement de cœur du poète, et l’âme de la belle salue celui qui l’honore.
Le texte est une offrande, un présent pour le lecteur qui assiste à la célébration. Partout, le sacré danse et on l’espère, adoucit le cœur meurtri.
Les murs entendent la voix, un désespoir en huis-clos où l’ombre des larmes nous inonde de leur ampleur. Imprégnés du sentiment prenant, si prégnant, ils nous enveloppent et font écho à nos propres tourments. Car les murs savent la douleur, ils l’épongent, sont réceptacle.
La conjoncture est troublante.
Avant, il s’est empressé. Il ne fallait pas le rater, le train de la vie. L’erreur d’affichage avait semé la panique. Un signe invisible, annonciateur peut-être, comme signe de survie pour être auprès d’elle dans une course après le temps. Le temps qui reste.
Ce ne devait bien sûr pas être le train de la mort prochaine. Avec cette issue fatale.
Mais il fallait être là, même quand l’innommable s’est produit. Être là pour elle. Jusqu’au bout.
« Mieux vaut le vide… », dit Bernard Giusti qui sait mieux que quiconque que le vide n’existe pas… Mais le souffle est bruyant pour celui qui reste. Et dans un premier temps, il n’est possible que de se cloîtrer, s’abandonner, se fondre dans la tristesse, dénigrer tout ce qui n’est pas elle. Rien n’est plus saveur ni envie sans elle.
Pascale s’est figée et Bernard aussi, dans une union confondante, comme pour ne pas laisser l’once d’un oubli apparaître ni aucune ombre ternir l’harmonie.
Perte de repères, désarroi, incompréhension, détresse… mais jamais perte de l’être, si sensible et si proche. Dans le vibrant souvenir, la souffrance se dépasse. L’ode ravive le corps, la caresse est tendresse.
Le poète, de cette pudeur qui étreint le lecteur, tente, dans le silence assourdissant, de s’accrocher. « Je tiens ma vie en équilibre. A chaque pas que je décide. Et chaque fois que mon cœur vibre... », exprime-t-il dans son lamento d’existence, où les nuits sans rêves laissent peu à peu place aux rêves, « vers d’invisibles profondeurs », quand émerge « la beauté, surgie de l’insignifiance ».
« Je deviens toi, qui me regarde », assure-t-il, à l’affût du moindre des cillements.
Et le bal de reprendre, quand la disparue « flotte et danse », illuminant les murs d’un contour qui relève et défie le bas monde, le nôtre, abyssal.
« Il nous semblait que le voyage ne finirait jamais », se désole l’auteur, à qui ne « reste que le sable qui s’écoule entre (m)es doigts ». « Tout a disparu dans le désert ». Tout a-t-il disparu ?
Le liseur assiste à un voyage sans fin, à un élan inédit, à une aventure qui est en dehors du temps, des contingences. « Demain n’existe pas », mais la vie continue, inéluctablement, et il y aura « d’autres printemps ravissants et d’autres été torrides ».
« Avancer, marcher » vers « l’horizon lointain », « inatteignable par définition », est nécessaire. D’autant que l’être aimé au sourire tendresse nous accompagne, de sa présence éternelle, tout le long et au-delà.
L’immense « chant d’amour » de Bernard Giusti nous fait frissonner. Pascale papillon s’est envolée, mais son chemin est empreint de lumière. Celui qui a guidé son homme à écrire ce livre, après le deuil. Un grand œuvre.
Sarah Mostrel, 23 avril 2025
Bernard Giusti, Sur les murs, éd. L’Homme bleu, 2025
Je suis heureuse d’avoir participé à ce recueil avec ma modeste encre. Pour Bernard, et pour Pascale, une trace émise dans le jardin du silence pour que « le bonheur » l’emporte sur « la tragédie ». Sarah
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