Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
  le blog de Bernard Giusti

Articles littéraires (romans, nouvelles, poésies, essais, sciences humaines) ) politiques et syndicaux

"Miroir de nos peines" de Pierre Lemaître

Publié le 16 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Romans et littérature générale, Ma bibliothèque, Critiques, bernardgiusti

"Miroir de nos peines" de Pierre Lemaître

Les romans de Pierre Lemaître reposent sur une base simple et efficace : l’intrication de la petite histoire et de la grande Histoire.

Au fil de ses livres, Pierre Lemaître s’est fait spécialiste de grandes fresques historiques « à visage humain » et ce roman, qui débute dans la période de la « Drôle de guerre », ne déroge pas à la règle. Avec un indéniable talent de narrateur, l’auteur dresse les portraits de personnages attachants pris dans les convulsions de l’Histoire et dans les péripéties de leur existence. On retrouve certains de ces personnages dans plusieurs romans, ce qui renforce pour le lecteur le sentiment de la continuité historique. Par exemple, cet homme qui doit porter un masque pour dissimuler la moitié de son visage arrachée durant la Grande Guerre, « gueule cassée » qui apparaît déjà dans le très bon roman « Haut revoir là-haut ».

Dans ses romans très bien documentés, Pierre Lemaître entremêle avec talent le cours des existences de chacun, ce qui produit un récit prenant qui tient en haleine le lecteur.

Bernard Giusti

 

Miroir de nos peines, Pierre Lemaître, Albin Michel, 2020,  Livre de Poche, 574 pp.

 

commentaires

Anne-Marie Weyers, peintre, poétesse et plasticienne

Publié le 4 Mars 2025 par Bernard Giusti dans Poésie, Critiques, Ma bibliothèque, bernardgiusti

Anne-Marie Weyers, peintre, poétesse et plasticienne

Dans ce petit fascicule, très agréable à lire, Anne-Marie Weyers nous livre une poésie à la fois légère et profonde, semblable aux deux dessins de l’auteure qui l’illustrent.

Légère dans l’écriture, profonde en ce qu’elle renvoie sans cesse à la dimension intime des petits riens de l’existence. Les textes et poèmes prennent parfois des airs de comptine, pour mieux faire danser sans doute les couleurs et les sentiments.

Une artiste peintre, poétesse et plasticienne, à découvrir absolument!

Bernard Giusti

Les Chants de Jane n°23 – Anne-Marie Weyers, publié par l’association Le Grenier de Jane Tony, Bruxelles, 2019, 24pp., 5 euros

©Anne-Marie Weyers

©Anne-Marie Weyers

Anne-Marie Weyers, peintre, poétesse et plasticienne
Anne-Marie Weyers, peintre, poétesse et plasticienne
Anne-Marie Weyers, peintre, poétesse et plasticienne
commentaires

"Aventures d’un jeune homme" de John Dos Passos

Publié le 9 Février 2025 par Bernard Giusti dans Critiques, Romans et littérature générale, bernardgiusti, Ma bibliothèque

"Aventures d’un jeune homme" de John Dos Passos

A  lire ou à relire, le très beau roman de John Dos Passos, « Aventures d’un jeune homme »

Le roman commence dans l’Amérique au sortir de la Grande Guerre. Le personnage principal, Glenn Spotswood, est un jeune Américain idéaliste et progressiste issu de la société traditionnelle de l’époque.

A travers la vie de Glenn Spotswood, ses expériences amoureuses et politiques, ses tribulations, ses engagements et ses désillusions, John Dos Passos dresse en fait le tableau de toute une génération qui va vivre la profonde mutation d’une Amérique victorieuse, qui s’éloigne des idéaux qui l’ont fondée pour se diriger vers ce que l’on connaît aujourd’hui, un pays impérialiste qui s’impose partout par la force.

Une fresque historique dressées par un écrivain de grand talent.

 

A la relecture, je me suis arrêté sur la présentation liminaire du roman (voir ci-après).

On y lit clairement l’image que les Américains de l’époque (et pour beaucoup encore aujourd’hui) se font de leur histoire, sorte de mythe fondateur entretenu dans la mémoire officielle : un peuple de défricheurs durs à la tâche, empreints d’idéologie humaniste et religieuse chrétienne, ces « valeurs oubliées » selon John Dos Passos.

En réalité, comme la plupart des romanciers américains, John Dos Passos y fait l’impasse sur le génocide amérindien et l’esclavage, qui furent des piliers essentiels de la fondation de ce pays. La Bible et le fusil, certes, mais une Bible qui s’est fort bien accommodée de l’extermination des uns et de l’asservissement des autres.

 

Pour ma part, je n’en tiendrai pas rigueur à l’auteur tant ce roman foisonnant est superbement écrit, et sans ce texte liminaire qui tord le cou à une histoire qui n’est pas celle du roman, ma remarque n’aurait pas eu lieu d’être.

 

Bernard Giusti

Aventures d'un jeune homme, John dos Passos, Gallimard, 1957, 350 pp.

 

"Aventures d’un jeune homme" de John Dos Passos
"Aventures d’un jeune homme" de John Dos Passos
commentaires

Retrouvé, mon portrait par Philippe Bernoud en 2010

Publié le 3 Février 2025 par Bernard Giusti dans bernardgiusti, Photos

Retrouvé, mon portrait par Philippe Bernoud en 2010
Retrouvé, mon portrait par Philippe Bernoud en 2010
commentaires

"Femmes de Lettres" de Camille Aubaude

Publié le 2 Février 2025 par Bernard Giusti dans Critiques, Histoire, bernardgiusti, Ma bibliothèque

"Femmes de Lettres" de Camille Aubaude

Les sociétés humaines se sont organisées notamment autour de règles de mariages (1) régulant les échanges entre les individus et les groupes. L’une des formes de la structuration de ces sociétés est la patrilinéarité. Cependant la patrilinéarité n’équivaut pas au patriarcat. Pour que s’impose le patriarcat au moins deux conditions sont nécessaires (2). D’une part qu’une société se transforme en société étatique (3) à partir de la constitution de stocks entraînant l’instauration d’une hiérarchie sociale basée sur les richesses (4). D’autre part l’émergence et l’instauration d’une religion monothéiste dominante qui va, dans cette société étatique, exacerber la division sexuelle du travail sous prétexte de principes religieux. C’est dans ce contexte que se sont développées les sociétés occidentales, largement dominées par un christianisme conquérant.

L’ouvrage de Camille Aubaude, érudit et très documenté, retrace l’histoire du combat des femmes en France du Moyen Âge au XXe siècle qui, prises dans le carcan social et religieux, et les mentalités qui vont avec, ont dû ruser et batailler afin de modifier un statut social qui les condamnait à la soumission et les écartait de toute reconnaissance artistique et intellectuelle.

Chacune en son temps aura peu à peu tracé le chemin et ouvert la voie aux femmes qui leur ont succédé : Héloïse, Marie de France, Christine de Pisan, Ninon de Lenclos... pour ne citer que les plus célèbres, car la liste est longue jusqu’au XXe siècle, où des femmes comme Simone de Beauvoir ou Marguerite Yourcenar par exemple s’imposeront à la fois comme intellectuelles et écrivaines.

Mais le combat est loin d’être terminé tant les mentalités liées au patriarcat ont la peau dure.et le chemin est encore long.

"Femmes de Lettres" se situe clairement dans une démarche d'étude universitaire, l'occasion pour Camille Aubaude de défendre une position féministe raisonnée et assumée, loin des dérives suprématistes de certains courants féministes actuels.

Il serait fastidieux et sans doute illusoire de prétendre rendre compte ici de toute la densité et la richesse de cet ouvrage.

A lire !

 

Bernard Giusti

Femmes de Lettres - Histoire d'un combat, du Moyen Âge au XXe siècle, Camille Aubaude, Armand Colin éd., 2022, 320 pages

 

  1. 1 - Dont la diversité a été brillamment étudiée par Claude Lévi-Strauss dans les fameuses Structures élémentaires de la parenté
  2. 2 - A mon avis interdépendantes
  3. 3 - Pierre Clastres, La Société contre l'État
  4. 4 - Établissant par là les principes du capitalisme

 

commentaires

"Femmes inspirantes" de Sarah Mostrel

Publié le 18 Décembre 2024 par Bernard Giusti dans Critiques, Histoire, Ma bibliothèque, bernardgiusti

"Femmes inspirantes" de Sarah Mostrel

Journaliste, écrivain, ingénieure, chanteuse, peintre, photographe et poète, nul doute que Sarah Mostrel se soit largement inspirée des femmes exceptionnelles qu’elle recense dans cet ouvrage !

Bien sûr toutes n’y sont pas, toutes ne pouvaient y être, parce que trop nombreuses elles ne pourraient trouver leur place que dans une encyclopédie exhaustive. Trop nombreuses aussi parce que les mentalités ont (lentement) évolué et qu’aujourd’hui la place des femmes dans l’Histoire est enfin, fort heureusement, de plus en plus reconnue et divulguée.

Sarah Mostrel a aussi fait le choix de mettre en avant des femmes qui ont dû lutter contre les contraintes sociales et les mentalités archaïques de leur temps, chacune à leur manière, pour parvenir à briser leurs entraves et à s’inscrire pleinement dans le champ social et culturel. Telles par exemple Artemisia Gentileschi (mais pas Bettisia Gozzadini qui fut professeur à l’Université de Bologne 300 ans plus tôt), ou encore Rosa Luxemburg et Marie Curie.

Autre choix de l’auteur : toutes les femmes retenues sont issues de la sphère occidentale, de l’Antiquité à nos jours.

Écrit dans un style agréable et parfaitement maîtrisé, l’ouvrage de Sarah Mostrel composé de courtes biographies, se lit d’une traite et constitue en fin de compte un plaidoyer efficace pour l’égalité des sexes.

A lire !

 

Bernard Giusti

 

Femmes inspirantes, Sarah Mostrel, éd. Non Nobis, 2023, 260 pages, 14 euros

 

4e de couverture :

« Elles ont révolutionné la pensée, été un modèle pour nos contemporains. D’Olympe de Gouges à Simone Veil en passant par Rosa Parks, Marie Curie ou Suzanne Valadon, elles ont participé à l’émancipation du genre féminin, lui ouvrant la voie en matière de politique, de science ou d’art. Défenseuses des droits fondamentaux, humanistes, ces femmes inspirantes, pionnières de la première heure, incarnent la liberté, l’égalité et un fort sens de la justice. Valeurs reprises par des leaders actuels et des anonymes, heureux de prendre exemple sur ces remarquables précurseures… Exploratrices, ambassadrices, vouant leur vie à un idéal, ces aventurières se sont démarquées par leur goût du risque et le courage de s’affirmer en bousculant une société qui ne leur laissait souvent pas de place. Entretenir leur mémoire, rappeler leurs révolutions, c’est ce que s’applique ici à faire Sarah Mostrel, journaliste et écrivain. Vivre la vie dont on rêve, accepter « la grande aventure d’être soi » (Simone de Beauvoir) n’est-il pas le plus bel adage ? »

 

 

commentaires

Le bonheur, ou l’art d’être heureux par gros temps - Jean Salem

Publié le 12 Octobre 2024 par Bernard Giusti dans Philosophie, Critiques, Ma bibliothèque, sciences humaines, bernardgiusti

Le bonheur, ou l’art d’être heureux par gros temps - Jean Salem

Une approche marxiste du bonheur

 

Paru en 2006, l’ouvrage de Jean Salem(1) reste d’une étonnante actualité et vise à répondre à la question : le bonheur est-il praticable en ces temps de catastrophe ? En cette période dominée par le capitalisme sauvage (mais peut-il être autre chose que sauvage) ?

Les philosophes de tous temps sont au moins d’accord sur une chose : nous tendons tous au bonheur, à une situation qui nous procure un maximum de plaisir et un minimum de déplaisir (Freud). Pour Epicure « Il faut méditer sur ce qui procure le bonheur puisque, lui présent, nous avons tout, et que, lui absent, nous faisons tout pour l’avoir(2) ». C’est là ce que les Anciens appelaient le souverain bien, et c’est ce qui sous-tend toutes nos actions individuelles.

 

Nous vivons aujourd’hui, en 2024, une période particulièrement instable et incertaine, tant sur le plan économique que politique, en pleine réorganisation des équilibres mondiaux, et donc avec un capitalisme exacerbant les conflits et les guerres, et menant notamment une offensive généralisée contre les travailleurs. La lutte des classes apparaît dans toute sa réalité, partout et à tous les niveaux. Pourtant beaucoup, alors qu’ils sont attaqués de toutes parts, baissent les bras, renoncent aux luttes et abandonnent leur rêve d’une société basée sur la solidarité et le partage équitable des richesses, alors que le combat semble plus que jamais nécessaire. Bref, beaucoup semblent renoncer à l’instauration des conditions objectives propices au bonheur.

C’est que Le capitalisme, désormais, nous ménage un monde dans lequel le rêve de bonheur dépassant la satisfaction des pulsions individuelles semble exclu, sauf à être singé par son succédané paléo-cervical : la pensée magique (« Disneyland ou l’utopie totalitaire : il faut choisir » semble-t-on nous dire à l’oreille) ; un monde qu’aucun autre n’est censé pouvoir remplacer [..].(3)

Dès lors, que devient l’idée même de bonheur dans un monde où tout espoir de changement de système paraît hors de portée, où cet espoir lui-même est relégué au musée des dinosaures par l’intelligentsia de la bourgeoisie dominante post-soixante-huitarde ? C’est ce à quoi l’auteur va tenter de répondre dans une magistrale démonstration.

 

D’emblée, Jean Salem pose les jalons de sa réflexion (qu’il présente comme une « promenade érudite ») : son « fil rouge » sera le matérialisme, et son point de départ le matérialisme antique, avec Démocrite ou Epicure et son disciple romain Lucrèce. A partir de cette ligne directrice, Jean Salem va puiser au fil des siècles  ses arguments chez un grand nombre d’auteurs : Tolstoï, Maupassant, Villiers de l’Isle Adam, Freud, Tchekhov, Montaigne, Descartes, La Mettrie, Diderot, Nietzche, Feuerbach, Spinoza, et bien d’autres encore.

S’appuyant sur une citation de Saint-Just, « Le bonheur est une idée neuve en Europe » (1797), l’auteur précise sa position puisque l’idée de bonheur y est liée à la Révolution : le bonheur individuel doit être pensé dans le cadre d’un idéal collectif et d’une action politique.

Pour autant la dimension individuelle du bonheur est loin d’être négligeable dans cet ouvrage et une part importante lui est consacrée. Car si le bonheur ne peut être envisagé sans sa dimension collective, sa réalité ne prend sens que dans la conscience individuelle, dans une dialectique permanente entre la pensée et l’action.

A une époque où on nous rebat les oreilles du prétendu triomphe de l’individualisme (pour mieux nous faire oublier sans doute « l’utopie » d’un changement de système), Jean Salem nous rappelle qu’on ne saurait être heureux sans les autres, que la construction du bonheur nécessite un but et une volonté, et qu’aucun bonheur individuel ne saurait perdurer dans un contexte défavorable.

 

« Alors quelle posture adopterons-nous sous un firmament que n’éclairent plus […] « les consolants fanaux du vieil espoir »(4) dans les espaces infinis que n’illuminent plus les fables de la religion ni la promesse d’une éternelle survie dans l’au-delà ?(5) »

Sauf à nous lamenter inutilement sur l’inéluctabilité du néant qui nous attend, souvenons-nous que « C’est l’espoir qui nous mobilise et c’est encore l’espoir qui nous fait gagner les combats(6) », et que, comme le stipule l’éditeur, le bonheur est dans l’action, dans la résistance, dans le bonheur de lutter, en cette époque qui finira bien par s’achever, et que nous espérons très vivement avoir le bonheur d’enterrer(7).

De nombreux auteurs, dont Goethe, ont souvent insisté sur le fait que l’important c’est le chemin, aussi continuons notre route vers notre idéal d’une société égalitaire. Car Pablo Neruda nous rappelle que : « nous avons le droit d’être heureux, à condition que nous ne fassions qu’un avec nos peuples dans le combat pour le bonheur […] »(8)

 

Bernard Giusti

 

Jean Salem Le bonheur, ou l’art d’être heureux par gros temps, Bordas, 2008, 284 pp.

 

Je conseille de compléter la lecture de cet ouvrage passionnant par celle de l’ouvrage de Valère Staraselski, Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon(9), qui notamment redéfinit efficacement les enjeux de nos combats dans le cadre de la lutte des classes.

  1. Jean Salem, né le 16 novembre 1952 à Alger et mort le 13 janvier 2018 à Rueil-Malmaison, est un philosophe communiste français spécialisé dans les courants de la philosophie matérialiste. Il a notamment été Professeur de philosophie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, où il a dirigé le Centre d'histoire des systèmes de pensée moderne de 1998 à 2013.

Jean Salem est le fils de Gilberte Serfati, professeur d’anglais et traductrice, et d’Henri Alleg, journaliste français, tous deux membres du PCF. Arrêté et sévèrement torturé par les parachutistes français, Henri Alleg est l’auteur de « La Question », un livre dénonçant la torture pendant la guerre d'Algérie.

  1. Epicure, Lettre à Ménécée, & 122
  2. Jean Salem Le bonheur, ou l’art d’être heureux par gros temps, p.252
  3. Joris-Karl Huysmans, A rebours [1884], Gallimard, 1977, p.361
  4. Jean Salem, op. cit., p.249
  5. Jean Salem, ibid., p.250
  6. Jean Salem, ibid., p.252
  7. Pablo Neruda, J’avoue que j’ai vécu, Gallimard, 1975, p.344
  8. Valère Staraselski, Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon, L’Harmattan, 2024, 158 pp.

 

Publié en version courte sur Liberté Actus https://liberte-actus.fr/idees/article/le-bonheur-est-toujours-une-idee-neuve#header

 

 

Voir aussi sur Vendémiaire :

 

Le matérialisme de Marx. Par Jean SALEM

http://vendemiaire.over-blog.org/2024/10/le-materialisme-de-marx.par-jean-salem.html

 

 

 

 

 

commentaires

Chroniques des mers du Sud - Tome II, de Michel Humbert

Publié le 1 Septembre 2024 par Bernard Giusti dans Critiques, Ma bibliothèque

Chroniques des mers du Sud - Tome II, de Michel Humbert

Michel Humbert, qui réside aujourd’hui à Paris, a vécu pendant plusieurs décennies en Chine où il a créé avec sa femme Chantal trois Bibliothèques françaises et le Cercle francophone de Yantai, qui regroupe plusieurs milliers de francophiles. Il est Conseiller de la province du Shandong.

Amoureux de la langue française, Michel Humbert poursuit avec ce deuxième tome la publication de ses chroniques, recueils de courtes nouvelles (1) qui nous plongent au cœur de la vie quotidienne et de la culture chinoises, bien loin des clichés et des poncifs généralement véhiculés par les médias occidentaux.

Dans un style alerte au vocabulaire très riche et soigneusement choisi, Michel Humbert nous montre à quel point les activités quotidiennes sont imbriquées avec l’arrière-plan culturel de la société chinoise : contes, légendes, et la prégnance séculaire du merveilleux et du fantastique (2). Les fantômes et les apparitions, personnages presque incontournables de la littérature traditionnelle chinoise, n’y sont pas rares ! La porte est toujours ouverte à l’inexplicable, ou plutôt l’inexpliqué, et c’est sans doute pourquoi les nouvelles se terminent invariablement par une même interrogation malicieuse : « Qui sait ?

Par ses nouvelles, dont la lecture pourrait paraître simplement agréable et divertissante, Michel Humbert nous amène en réalité à jeter un autre regard sur la Chine, tant il est vrai qu’on ne saurait comprendre une société sans en appréhender la dimension de l’imaginaire qui la sous-tend.

 

Bernard Giusti

 

Michel Humbert, Chroniques des mers du Sud - Tome II, Ed. pacifica, 112 pp.

 

  1. Dont un certain nombre ont été publiées dans la revue semestrielle Chemins de Traverse.
  2. Ce que Robert Van Gulik avait notamment mis en avant dans ses romans historiques de la dynastie Tang.

 

Chroniques des mers du Sud - Tome II, de Michel Humbert
commentaires

"Devant la grande patience" de Philippe Cantraine

Publié le 31 Août 2024 par Bernard Giusti dans Ma bibliothèque, Poésie, Critiques

"Devant la grande patience" de Philippe Cantraine

Une poésie profonde et envoûtante

 

La poésie de Philippe Cantraine se lit comme on regarde une toile impressionniste, ensemble de petites touches d’ombres et de lumières, d’images et sensations réunies dans un seul cadre, la vie du poète.

De fait, avec ce recueil, Philippe Cantraine nous offre en partage un voyage existentiel, avec ses gouffres et ses écueils.

Gouffres ouverts par l’inéluctable fuite du temps :

Alors je pense je pense beaucoup trop

vite pour que les vies qui au sablier se concluent

Qu’aucune main jamais ne retournera plus Je pense

comme si j’allais filer éternellement ce temps

de Parques (1)

Ecueils à partager l’indicible de la plus intime conscience de l’être :

C’est dans mon cœur que je

parle

Je suis sans voix (2)

Succession d’instants, de sensations et d’émotions, la poésie de Philippe Cantraine s’étire au fil des pages semblable à un bruissement sourd dans le vacarme du monde.

 

La grande patience se niche dans l’attente de l’avenir, de l’instant d’après, de l’instant à venir, patience semblable à ce jeu dont les cartes se dévoilent une à une et qui ne prennent leur place et leur valeur qu’une fois retournées. Ainsi les rencontres, les expériences, les images et les instants se succèdent-ils comme autant de parenthèses temporelles qui prennent leur sens dans l’après-coup et ne trouvent leur cohérence que dans l’existence même du poète.

 

Le recueil s’achève par de courts textes en prose qui prolongent les poésies et d’une certaine façon les réactualisent en les insérant dans le déroulement plus général de la marche du monde.

Le dernier texte est consacré à Léon Tolstoï, qui a inspiré à Philippe Cantraine le titre de son recueil :

« Devant la grande patience, il y a Tolstoï tout entier. […] Je vieillis ces temps-ci, enseveli dans les pages. […] Au plus profond du fourmillement des mots, cette démêlée confuse à renouer… »(3)

 

Tolstoï dont on ne manquera pas de se rappeler la fameuse citation « Les deux guerriers les plus puissants sont la patience  et le temps. » qui correspond si bien au « combat » du poète engagé dans un questionnement incessant et assujetti à un manque irréductible :

C’est quand les mains

finalement maîtrisent les

pages que pour toujours

la braise d’un gouffre luit

au fond (4)

 

 

Bernard Giusti

          

Devant la grande patience, Philippe Cantraine, poèmes, Ed. Caractères 2024, 96 pp.

 

  1. P.13
  2. P.15
  3. P.87
  4. P.32

 

Publié sur Fle et cultures francophones

Publié sur http://assocloursblanc.over-blog.com/2024/08/devant-la-grande-patience-de-notre-urside-philippe-cantraine.html

"Devant la grande patience" de Philippe Cantraine
"Devant la grande patience" de Philippe Cantraine
"Devant la grande patience" de Philippe Cantraine
"Devant la grande patience" de Philippe Cantraine
commentaires

"Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon" de Valère Staraselski

Publié le 15 Août 2024 par Bernard Giusti dans Articles, Ma bibliothèque, Critiques, Articles politiques et syndicaux

"Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon" de Valère Staraselski

L’ouvrage de Valère Staraselski est une chronique constituée d’articles écrits par l’auteur au fil des années et publiés dans différents médias.

Journaliste, écrivain, intellectuel engagé, Valère Staraselski y aborde tous les grands sujets auxquels nous sommes confrontés dans nos sociétés depuis des décennies (tant il est vrai que la lutte des classes est sur tous les fronts) et y traite donc des champs du politique, du syndical,  du culturel, du sociétal ou de l’écologie. Loin des prises de position purement théoriques ou dictées par les émotions du moment, loin des poses de salon, Valère Staraselski s’appuie essentiellement sur le quotidien, la matière brute de la réalité pour construire pas à pas une réflexion analytique qui, sur le fond, répond à deux grandes lignes directrices : l’Histoire et la lutte des classes.

Avec  cette approche de la politique par Valère Staraselski nous voilà donc très loin de la détestable moralisation de la politique, qui s’est si bien développée aux USA sous l’impulsion des églises, avant de conquérir tout l’Occident sous couvert d’humanisme pour le plus grand profit du capitalisme. En effet, lorsqu’on réduit les problématiques politiques à des notions aussi fluctuantes que celles du Bien et du Mal, on ne fait que réduire les faits sociaux à des antagonismes manichéens, et surtout – c’est bien là le but de la manœuvre - on fait évidemment l’économie de l’analyse causale des évènements en évacuant allègrement du champ de la réflexion toute dialectique historique.

En prenant résolument le contre-pied de cette vision idéaliste – et, disons-le, parfois réactionnaire – si partagée aujourd’hui dans les milieux de la « gôche », Valère Staraselski offre à tout militant se réclamant du communisme et/ou du syndicalisme un précieux guide de réflexion et un repère essentiel pour guider l’action quotidienne.

 

Mais évidemment il ne saurait y avoir de réflexion ou d’action réellement fécondes sans situer les problématiques locales ou nationales dans un contexte général historique et mondial, et pour un communiste sans penser les transformations et les héritages du communisme. Aussi Valère Staraselski consacre-t-il tout un chapitre à une présentation de l’œuvre d’un penseur majeur du communisme actuel, Domenico Losurdo. Ce chapitre, tout théorique puisse-t-il paraître, est en fait indispensable en ce qu’il redonne à l’action militante son sens et sa place réels. En dehors de l’intérêt évident qu’on portera à la lecture de ce chapitre, il nous rappelle surtout que la théorie est en quelque sorte « l’ossature » de l’action, à condition que la théorie soit sans cesse confrontée, comme l’avait rappelé Lénine, à l’épreuve des faits. Car comme me le disait souvent un de mes professeurs, réfugié argentin sous Videla car juif et communiste : la théorie, c’est de la pratique.

 

Bernard Giusti

 

Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon, Valère Staraselski, L'Harmattan, 17 euros

 

Publié sur Liberté Actus https://liberte-actus.fr/idees/article/apres-la-lecture-du-dernier-livre-de-valere-staraselski#header

Publié sur Vendémiaire http://vendemiaire.over-blog.org/2024/08/loin-tres-loin-de-jean-luc-melenchon-de-valere-staraselski-par-bernard-giusti.html

commentaires
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>